
150 portraits d’artistes ornent les pages de «The Elegance of Time», dont celui du chanteur britannique Seal. | Studio Muoto
À l’aube de la 60e édition du festival de musique international (3 au 18 juillet), l’unique portraitiste des stars, Anoush Abrar, a sélectionné une centaine d’images d’artistes pour son premier livre. Le photographe d’origine suisse et iranienne nous en dévoile les coulisses.
«The Elegance of Time» est votre premier ouvrage. Comment est-il né et que contient-il?
– Je photographie les artistes du Montreux Jazz Festival depuis sept ans. Au départ, je pensais publier un ouvrage après 10 ans. Mais là, les 60 ans c’était l’opportunité idéale! Cela a été un travail de titan, mené main dans la main avec l’équipe du festival. Il a fallu sélectionner 150 clichés parmi 12’000 images de 400 artistes. Le livre, comme son titre, reflète l’élégance du festival.
Décrivez-nous les coulisses de vos shootings. Comment se déroulent-ils et quel est votre secret pour convaincre les plus réticents?
– Je me renseigne rarement sur qui je vais photographier. Je veux voir la personne avant tout. Au fil des ans, j’ai peaufiné toute une stratégie, presque de séduction. L’équipe de l’artiste est informée en amont du festival, mais le jour-même j’ai toujours des photographies imprimées pour montrer au manager. On leur fait comprendre que c’est essentiel pour les archives du festival. L’énergie avec laquelle j’approche les artistes est essentielle. Il faut créer un lien de confiance. Parfois, je n’ai que quelques secondes pour capturer le portrait. 14 secondes pour Carlos Santana par exemple. Mais c’est aussi ça qui est excitant. Il faut être prêt. Ceux qui me consacrent 10 ou 15 minutes, c’est un vrai luxe! Rapidement, j’essaie de repérer un accessoire sur lequel jouer. Par exemple, Seal et sa bague en forme d’œil. Son tour manager avait initialement refusé la séance photo. Mais j’ai tenté ma chance. Je l’attrape à sa sortie de scène, on discute d’artiste à artiste. Je lui demande de poser avec sa bague, il accepte.
Est-ce que, parfois, cela ne suffit pas? Et y a-t-il une personnalité que vous rêvez encore de photographier?
– Bien sûr. Je n’ai pas réussi à photographier Jorja Smith par exemple. Tout était prévu, puis elle a décliné au dernier moment. Il faut savoir accepter ces situations. On ne sait jamais par quoi ils passent. Ce sont des êtres humains qui sont constamment sur-sollicités. Celui que je souhaite photographier? Iggy Pop, sans hésiter!
En 2024, les travaux du 2m2c vous ont contraint de quitter votre studio intérieur au Stravinsky pour un autre en plein air: «Une liberté dont vous rêviez depuis le début.» Pourquoi?
– Le studio en extérieur (à la Scène du Lac) m’a obligé à sortir d’un cadre contrôlé. J’ai dû composer avec la lumière naturelle et le paysage. Tout était plus spontané. J’ai mis des choses en place et développé un nouveau concept, et ça a pris. Maintenant, c’est le retour au Stravinsky, il va falloir encore une fois se réinventer. C’est super, mais l’inconnu fait peur.
Après ce livre anniversaire, quel sera votre prochain défi?
– Mon rêve serait de retrouver l’intimité des photographies d’artistes des années 60-70. Ils étaient photographiés dans leur chambre d’hôtel par exemple ou en pleins préparatifs. J’aimerais pouvoir montrer cette réalité. Ça va prendre des années. Mais j’ai déjà réussi à avoir Grace Jones sur son balcon, et c’était formidable!
