Deux jeunes hommes seront jugés pour des arnaques au faux policier

L’an dernier, 925 cas d’escroqueries au faux policier ont été recensés dans le canton de Vaud. En 2024, ce nombre s’élevait à 369 cas.    | Adobe Stock

Justice
Les prévenus, qui sont issus de la Riviera, sont accusés d’avoir perpétré une vingtaine d’escroqueries. Leur butin total se chiffrerait à près de 100’000 francs.

Le téléphone sonne. À l’autre bout du fil, un «policier» vous informe qu’il y a un problème avec votre compte bancaire. Par exemple, qu’un retrait frauduleux a été constaté. Il vous indique qu’un de ses collègues va passer chez vous pour régler le problème. Dix minutes plus tard, un «agent» se présente effectivement à votre porte et vous demande de lui remettre vos cartes bancaires pour les besoins de l’enquête. Autant dire que sa destination réelle sera le bancomat le plus proche…

Tel est le mécanisme de base de l’arnaque dite du «faux policier», qui s’est propagée ces dernières années en Suisse. En 2024, 369 cas ont été annoncés à la police vaudoise, dont 140 ont permis aux escrocs de dérober de l’argent à leurs victimes, le plus souvent des personnes âgées. L’an dernier, le nombre de signalements a presque triplé, atteignant 925 cas pour 257 réussites. 

À Vevey, Bulle et Bussigny 

Le procès prévu le 29 juin prochain au Tribunal correctionnel de Vevey permet de lever un coin de voile sur ce type de larcins. Issus de la Riviera, Hugo* et Fernando* seront jugés pour une vingtaine de cas qui leur sont imputés. Âgés de 20 ans, ces deux individus de nationalité portugaise comparaîtront dans le cadre d’une «procédure simplifiée». Ce qui signifie qu’ils ont «reconnu les faits déterminants pour l’appréciation juridique», comme le stipule le Code de procédure pénale.

Les délits reprochés s’étalent d’octobre 2024 à mars 2025, selon l’acte d’accusation du procureur Olivier Buttet. Plus de la moitié de ces escroqueries ont été commises sur la Riviera, essentiellement à Vevey. Les autres ont été perpétrées en régions lausannoise et bulloise. Certains cas n’impliquent qu’un seul prévenu à la fois, tandis que dans d’autres cas ils ont opéré en duo. Bien souvent, un autre complice est à l’origine du coup de fil qui amorce l’arnaque. 

«Train de vie dispendieux»        

Leurs victimes? Des personnes âgées entre 69 et 95 ans, à qui ils sont parvenus à dérober des sommes allant de 1’000 à 12’000 francs. Au total, le butin amassé s’élève à plus de 97’000 francs. «Une partie des sommes étaient remises à un autre individu, qui sera jugé séparément, précise le procureur. Ces montants ont servi à financer le train de vie dispendieux qu’ils menaient, notamment en louant des véhicules de luxe, en s’achetant des habits de marque ou en dépensant de fortes sommes d’argent en soirée.»

Parmi les cas relatés, on citera celui de ce nonagénaire veveysan, survenu en octobre 2024. Après être parvenu à se faire remettre sa carte pour délester son compte de 12’000 francs, Hugo serait revenu le lendemain en uniforme de policier. «Il a informé la victime qu’un taxi allait l’emmener au poste de police pour qu’il puisse déposer plainte.» Ce n’est toutefois pas au commissariat que le «taxi» l’emmène, mais dans une succursale de sa banque. L’employée au guichet dissuade le nonagénaire de retirer 25’000 francs en liquide «pour les sauver», et le convainc plutôt de bloquer son compte. 

Le Ministère public requiert trois ans de prison, dont 18 mois ferme contre Hugo, lequel s’est aussi fait pincer pour des infractions routières et d’autres délits. Contacté, l’avocat de ce dernier n’a pas souhaité faire de commentaire avant l’audience. Pour Fernando, c’est une peine de 20 mois, dont huit mois ferme, qui est réclamée. À noter que l’un et l’autre ont déjà été détenus durant respectivement 330 et 228 jours durant la procédure préliminaire. 

*Prénoms d’emprunt 

La règle ? Être vigilant et ne pas se précipiter

Dans un récent message de prévention, la Police cantonale vaudoise rappelle qu’elle «ne se rend jamais chez des particuliers pour récupérer des biens, des cartes ou de l’argent». Elle insiste: aucune information personnelle ou bancaire ne doit être donnée à quiconque vous contacte par téléphone, tout comme il ne faut jamais remettre vos cartes bancaires (coupées ou non), ni votre code secret à un inconnu. En cas de doute, appelez le 117 ou votre banque. Selon la police, même si plusieurs auteurs ont été interpellés, «l’argent qui a été subtilisé est très souvent irrécupérable».