Des œufs à ta coque? Bouge pas le bateau!

| R. Brousoz

Environnement
Actuellement en pleine période de nidification, certains oiseaux aquatiques apprécient les ports lémaniques pour pondre. Conséquence: des embarcations sont parfois immobilisées durant plusieurs semaines.

Ils sont blancs, fragiles et pas bien gros. Mais ils ont le pouvoir de paralyser les plus grands bateaux. «La règle est simple: dès qu’il y a des œufs dans un nid, on ne peut plus toucher ce dernier ou le déplacer», expose Serge Broggi, le garde-port de Vevey. Comme dans tous les ports lémaniques, les grèbes huppés et les foulques sont en pleine période de reproduction. «Actuellement, il doit y avoir sept ou huit nids de grèbes ici», évalue le responsable, qui renvoie tout plaisancier contrarié au garde-faune.

Que ce soit sur l’hélice d’un moteur, entre deux cordes d’amarrage ou même sur la plage arrière d’une embarcation, ces couples d’oiseaux ne s’embarrassent pas de savoir s’ils gênent ou non. «S’ils bloquent un bateau, il y en a au moins pour trois semaines», dit le gardien. Pour éviter ce genre de mauvaise surprise, il recommande aux plaisanciers de passer tous les deux ou trois jours. «Le nid peut être construit en moins d’une journée!»

L’enlèvement ou le déplacement des œufs est puni par la loi (voir encadré). Ce qui n’empêche visiblement pas certains de passer à l’action. Sur les pontons de la Riviera, il se murmure que la pratique est assez répandue. «Je pense que neuf fois sur dix, les nids et les œufs sont bazardés en douce, estime un navigateur. Pour ma part, j’essaie d’éviter qu’ils s’installent.»

Un œil attentif sur les nids

Au port de la Pichette Est, les familles d’oiseaux ont leur ange-gardienne. Propriétaire d’un bateau amarré ici, Valérie Dini veille sans relâche. «Regardez, des Charlie!», lance-t-elle en désignant un couple de foulques occupé à tenir un cygne à distance. «Je les appelle comme ça, car avec leurs couleurs noir et blanc, ils me font penser à Charlie Chaplin.»

En marchant sur les docks, elle nous montre les nids cachés ici ou là, dont certains sont détruits. «Tenez, on voit les œufs au fond de l’eau.» Le vent, les vagues ou les prédateurs peuvent être mis en cause. Mais à ses yeux, ce sont bien souvent des «fautes humaines». «Vous voyez comme les nids sont gros? Selon moi, c’est rare qu’ils se défassent tout seuls…» Alors en fervente protectrice, la quinquagénaire n’hésite pas à sensibiliser les plaisanciers qui pourraient être tentés par de tels actes. «Je les rends attentifs à la réglementation.»

Des îles flottantes artificielles

Pour améliorer encore la cohabitation entre oiseaux et humains, Valérie mise aussi sur des nids artificiels. «J’en ai fabriqué quelques-uns avec des matériaux flottants que je suis allée acheter au magasin. Celui-ci a fonctionné», dit-elle en montrant une femelle grèbe juchée sur une sorte de radeau recouvert de brindilles et de déchets plastiques. «J’ai également proposé à la Société coopérative du port d’acheter trois plateformes spécialement conçues, ce qui a été accepté», se réjouit la navigatrice. Des éléments flottants en liège que propose la start-up romande Birds&Co.

En cheminant le long du ponton, on aperçoit, entre les coques, quelques oisillons piaillant entourés de leurs parents. Un délicieux spectacle dont les goélands et les corneilles perchés sur les mâts ne perdent pas une miette. Mais à ce stade, ça ne regarde plus que la nature.

«Les dénonciations restent souvent sans suite»

«Les nids contenant des œufs ou des oisillons sont strictement protégés et ne peuvent être ni enlevés ni endommagés, quelle que soit l’espèce concernée», indique Marco Danesi, porte-parole de la Direction générale de l’environnement (DGE). Une disposition inscrite dans la Loi vaudoise sur la faune. Toute personne contrevenante est passible d’une amende, dont le montant est fixé en fonction du cas. Des sanctions qui restent toutefois rares, selon la DGE. «De nombreuses infractions sont constatées ou signalées chaque année à la Police faune-nature, poursuit Marco Danesi. Toutefois, en l’absence de flagrant délit, les dénonciations sont souvent sans suite.»

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