
Le Tympan est la partie supérieure et triangulaire de La Porte de l’Enfer. | Musée Rodin – J. Manoukian
Figure emblématique de la grande épopée de la sculpture mondiale, Auguste Rodin retrouve les ors de la Fondation Pierre Gianadda. C’est même la quatrième fois que les œuvres du «Bouc Sacré» (1840-1917) seront exposées dans le musée octodurien. «Auguste Rodin a rendu la vie à la sculpture. Son œuvre immense, et d’une grande intensité, captive toujours autant le public. «Le Baiser» et «Le Penseur» sont ainsi des icônes connues et appréciées dans le monde entier», explique Sophia Cantinotti, historienne de l’art à la Fondation Pierre Gianadda.
Cette nouvelle mouture est organisée sous un angle aussi original qu’inédit. Cet été, avec la collaboration du Musée Rodin (Paris), la direction de Gianadda propose en effet de découvrir les sculptures et dessins de Rodin à travers le regard et les mots du poète Rainer Maria Rilke.
«L’année 2026 commémore les 100 ans de la disparition de Rilke, qui a passé les dernières années de sa vie en Valais, dans le Château de Muzot. L’occasion était donc toute trouvée pour réunir, à la Fondation Pierre Gianadda, deux hommes liés par une admiration réciproque et une étroite entente artistique», poursuit Sophia Cantinotti. Pour rappel, le grand poète autrichien a fait de longs séjours à la clinique de Valmont (Montreux) pour se faire soigner d’une leucémie avant d’y décéder le 29 décembre 1926.
Révélation pour le poète
Le premier contact de Rilke avec Rodin date de 1900 quand son épouse, la sculptrice Clara Westhoff, fréquente l’Institut Rodin. Deux ans plus tard, le poète reçoit d’un éditeur allemand la commande d’une monographie dédiée à l’artiste parisien. Un lien privilégié se crée entre les deux hommes et Rilke réside chez le sculpteur à Meudon pour écrire une partie de l’ouvrage.
Publié en 1903, le livre se révèle un véritable hymne au génie de Rodin. Cette monographie s’impose comme un texte fondateur et compte parmi les ouvrages – sur le père de la sculpture moderne, connu pour avoir brisé l’académisme – les plus traduits dans le monde. Rodin en reçoit un exemplaire, qu’il se fait traduire. À sa lecture, il découvre le talent du poète, lui témoigne sa reconnaissance, et en fera son secrétaire. Le partage et l’émulation seront au cœur de leurs échanges, qui se poursuivront jusqu’en 1913.
À partir de «morceaux choisis» parmi les écrits de Rilke et plusieurs chefs-d’œuvre de Rodin, l’exposition propose un itinéraire poétique des sculptures en bronze et marbre de l’artiste à travers les mots du poète.
Le public pourra y admirer, dans l’atrium, un plâtre du Penseur; probablement la création la plus connue de Rodin. Développée par l’artiste en sculpture monumentale, en hommage à Dante Alighieri, elle est à l’origine un élément de La Porte de l’Enfer, monument qui aura occupé Rodin durant 30 ans. Plusieurs moulages en bronze existent dans le monde, dont un devant le Kunsthaus de Zurich. Gianadda en expose un autre extrait: Le Tympan. Parmi les autres bronzes, plâtres et dessins célèbres exposés, notons encore La Tête de Georges Clemenceau, La Danaïde, La Cariatide et Méditation sans bras.
Plus d’infos: www.gianadda.ch/?view=article&id=1010:rodin-selon-rilke&catid=79
«Rodin selon Rilke», 26 juin-22 novembre, tous les jours de 10h à 18h.
Exposition du Musée Rodin (Paris), organisée avec la Fondation Pierre Gianadda, rue du Forum 59, Martigny.
