Sur les pas de Marie de France, Lise Favre prend la route de Jérusalem

Avec «L’an prochain à Jérusalem», Lise Favre continue d’imaginer la vie de la poétesse Marie de France.  | D. Genillard

Littérature
L’écrivaine d’Ollon sort son troisième roman historique aux éditions Infolio. Un récit d’une actualité brûlante, sur fond de croisades et de féminisme.

«La seule idée d’écrire un plan me glace», sourit Lise Favre en paraphrasant Stendhal. Dans ses romans, ce sont le plus souvent les personnes qui guident leur auteure et non l’inverse. Et c’est dans un pèlerinage vers la Terre Sainte, sur fond de croisades, que la poétesse Marie de France emmène la Boyarde et ses lecteurs, au gré des pages de «L’an prochain à Jérusalem».

Le parcours de l’héroïne était tout tracé: ce troisième roman est la suite directe du précédent, «La Colombe et l’épervier», paru en 2024. «C’est un motif très présent au Moyen Âge: on effectue un pèlerinage pour expier ses fautes, explique Lise Favre. Dans mon roman précédent, les deux personnages principaux, Marie de France et le chevalier Enguerrand de Cambremont ont découvert qu’ils sont jumeaux. Incapables de renoncer à leur amour et souffrant de leur condition, ils décident de partir pour Jérusalem pour trouver la rédemption.»

Ce voyage qui commence en 1166 transforme les deux amants incestueux: il conforte Enguerrand dans sa dévotion et le conduit à rejoindre l’Ordre des Templiers en faisant vœu de chasteté. Le parcours de Marie de France est tout autre: la poétesse s’affirme et gagne en influence à Jérusalem, elle devient la gouvernante du jeune prince Baudoin, futur roi de Jérusalem atteint de la lèpre. Lorsqu’elle repart pour la Sicile au terme de son odyssée, c’est Guillaume II qui en fait sa conseillère.

Tensions religieuses

Au milieu de cette foule de personnages historiques, l’histoire de Marie de France contée par l’écrivaine d’Ollon s’approche-t-elle de la réalité? «On sait peu de choses sur elle, mais ses poèmes l’ont rendue célèbre de son vivant; on les lit partout. De ce fait, elle jouissait probablement d’une certaine influence.»

Ce personnage n’est pas sans évoquer celui de Constance, héroïne éponyme du premier roman de Lise Favre. Celui-ci mettait en scène la trajectoire d’une jeune Chablaisienne qui quitte la région pour devenir gouvernante en Russie, brossant au passage un portrait féministe. «J’aime l’idée que le personnage de Marie de France, qui part avec de nombreux handicaps – c’est une femme et une enfant illégitime – parvient à gagner respect et confiance, dans une société essentiellement masculine.»

Difficile de ne pas tracer un parallèle entre le décor de «L’An prochain à Jérusalem» et les tensions actuelles au Moyen-Orient. «Il ne s’agit en aucun cas d’une analyse politique. Mais on ne peut que constater des similitudes entre la situation actuelle et celle qui entoure les premières croisades, marquées par une incompréhension croissante entre les communautés chrétiennes et musulmanes à l’époque.»

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«L’An prochain à Jérusalem» (2026), Lise Favre, éditions Infolio. En dédicace le 27 juin à la FNAC à Monthey.