Aigle a le cœur lourd

L’incendie n’a fait aucun blessé, mais 35 personnes et deux établissements comptent parmi les sinistrés.  | L. Menétrey

Incendie
Une semaine après le feu du 3 août, le centre historique porte les stigmates du sinistre. Commerçants et habitants touchés font face aux pertes, lourdes démarches administratives et inquiétudes pour l’avenir.

Cinq jours après, le périmètre est toujours bouclé à la rue de Bourg et du Molage. Des barrières entourent les six bâtiments qui ont été pris par les flammes le lundi 3 août. Ce vendredi matin, sur les façades, la suie recouvre encore les étages supérieurs et les toitures disparues témoignent de la violence du sinistre. Pour les habitants du quartier, le spectacle est difficile à regarder. Une Aiglonne peine à voir le nouveau visage du centre historique. «Ça fait mal au cœur. On voit tous les incendies à la télévision, et là, c’est sous nos yeux», soupire-t-elle. Une autre habitante a suivi le sinistre depuis sa chambre. «J’ai senti une odeur de brûlé. J’ai vu les flammes partir du jardin du bâtiment d’en face, c’était terrible», souffle la seniore de la rue parallèle à celle de Bourg. Malgré les fenêtres fermées, elle raconte avoir toussé durant deux jours. 

Au pied de son bâtiment, ou du moins de ce qu’il en reste, Alfred Marcel Bossart accuse le coup. «Comme si je n’avais pas déjà assez de problèmes», souffle l’octogénaire. Ce propriétaire d’un des six bâtiments était cette nuit-là dans son logement, situé en face. «J’ai été aux toilettes et j’ai entendu des cris. C’est là que j’ai vu les flammes.» Il raconte avoir crié: «Ma maison brûle, sauvez-la!» Malgré l’intervention des pompiers, la violence et la rapidité de propagation du feu ont eu raison du bâtiment. Depuis sa fenêtre de toit, il a assisté, impuissant, à l’embrasement de sa propriété.

Pour l’heure, la Police cantonale privilégie la piste d’un départ de feu dans un cabanon de jardin. L’enquête suit son cours. 

Commerçants inquiets pour la suite

Sur les six bâtiments, deux établissements sont concernés: le restaurant café des Alpes et le bar Le Calembour. Ils sont tous deux fermés pour une durée indéterminée. Devant son établissement, le gérant du café des Alpes est en pleine paperasse entre la gérance et l’assurance incendie. Pour l’heure, il ne souhaite pas s’exprimer sur la situation, tout comme les tenants du Calembour.

À quelques pas de là, la pizzeria située en face a, elle, été épargnée. Ce midi, elle accueille des clients sur sa terrasse, à quelques mètres seulement du périmètre sinistré. Au coin de la rue, le tenancier du kiosque revient sur les conséquences immédiates de l’incendie. La coupure d’électricité l’a contraint à fermer son commerce durant toute la journée du lundi. «C’est une perte. Les frigos et congélateurs se sont éteints, nous avons donc dû jeter des aliments.» Depuis, il constate également une baisse de la clientèle.

Encore une famille sans toit

De son côté, la Commune a offert un logement d’urgence en prenant en charge trois nuits d’hôtel pour les sinistrés. Désormais, ces derniers doivent trouver une solution de relogement. La Commune appelle les gérances à faire preuve de «souplesse, de bon sens et d’humanité», afin de faciliter au maximum le relogement des personnes sinistrées, certaines ayant perdu leurs documents administratifs dans les flammes. C’est le cas d’une famille avec quatre enfants qui est toujours en recherche de logement, quelques jours avant la rentrée scolaire. Amanda Krasniqi, la mère, se démène tant bien que mal pour trouver un appartement, mais se heurte aux procédures des gérances. «Elles nous disent de suivre les protocoles, mais c’est une urgence», déplore-t-elle. Pour leur venir en aide, une cagnotte a recueilli 1’700 frs. De quoi répondre aux besoins immédiats, en attendant les remboursements des assurances, qui peuvent prendre davantage de temps. La Commune, quant à elle, «se charge de mettre en relation les personnes offrant leur aide (repas, vêtements, meubles, logements) et les personnes victimes du sinistre».

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