Chaud devant ! Nos villes face aux îlots thermiques

Avec la plantation de plus de 65 arbres et le changement du revêtement du sol, la place du Marché de Vevey devrait moins retenir la chaleur à l’avenir.

Urbanisme
À l’heure des canicules à répétition, certains secteurs urbains se transforment en véritables fours. Pour lutter contre les îlots de chaleur, les Communes misent sur l’arborisation et la perméabilité des sols. Tour d’horizon de Vevey à Bex.

Depuis le début de l’été, marcher en ville signifie parfois zigzaguer d’un trottoir à l’autre pour trouver de l’ombre, ou adapter son itinéraire en fonction du soleil. Après le quatrième épisode caniculaire de l’été, la question des îlots de chaleur urbains se fait plus pressante que jamais. Ce phénomène désigne la surchauffe que connaissent les zones urbanisées par rapport à la campagne environnante, notamment en raison de la densité du bâti, de l’imperméabilisation des sols ou du manque de végétation (voir encadré).

En 2024, le Canton de Vaud a cartographié les îlots de chaleur sur l’ensemble de son territoire. Dans notre région, la Riviera est la plus concernée. Malgré sa proximité avec le lac, elle n’échappe pas au phénomène. À Vevey, où la densité atteint 8’463 habitants au km², le défi est conséquent. «Vevey est l’une des communes les plus denses de Suisse, avec un territoire largement bâti», constate Antoine Dormond, municipal chargé de l’urbanisme. «Les canicules et la sécheresse persistante de cet été nous rappellent une fois de plus l’urgence d’adapter notre ville au réchauffement climatique, afin de préserver son habitabilité.» Avec peu de grands parcs en dehors des Jardins du Rivage et du Doret, à Vevey, chaque réaménagement devient une opportunité de gagner un peu de fraîcheur.

Vevey cherche l’ombre

La place du Marché en est l’exemple le plus emblématique. Actuellement en réfection, elle est identifiée comme l’un des secteurs «bouilloire» de la ville. Sa proximité du lac ne suffit pas. «La brise lacustre peut avoir un effet rafraîchissant, mais cela dépend de plusieurs facteurs comme la direction du vent, l’heure de la journée et la distance par rapport au lac», nuance Gabriele Manoli, ingénieur environnement et professeur assistant à l’EPFL. Le projet prévoit la plantation de plus de 65 arbres. «L’îlot de chaleur sera réduit sur les franges est et ouest, mais il en subsistera un au centre, admet Antoine Dormond. C’est le résultat d’un compromis politique. La volonté de conserver du stationnement et un espace central polyvalent limite, à court terme, les possibilités d’arborisation.» Les premiers arbres sont déjà en terre, mais leur jeune âge ne permet pas encore de profiter pleinement de leur ombre. «Les riverains nous demandent pourquoi on ne plante pas des arbres plus gros. Les grands arbres arrachés en pépinière s’enracinent plus difficilement après un déplacement et demandent beaucoup d’eau. Avec la sécheresse et le stress hydrique qui en découle, leurs chances de survie sont réduites. Plantés plus petits, les arbres s’enracinent mieux et poussent plus vite.»
En accord avec le Plan climat de la Ville, les essences choisies sont résistantes aux changements climatiques et indigènes. Le Plan préconise également la végétalisation des toits et des façades.

Mais planter des arbres ne suffit pas. «Ils constituent un atout précieux pour réduire la chaleur en ville et apporter d’autres bénéfices aux habitants, mais ils ne peuvent pas résoudre le problème à eux seuls», rappelle Gabriele Manoli. Leur plantation est d’ailleurs parfois impossible en raison des réseaux souterrains. La perméabilité des sols constitue un autre levier important. À la place du Marché, le bitume sera remplacé par un revêtement perméable, permettant de limiter l’accumulation de chaleur et de favoriser l’infiltration de l’eau. 

En matière d’îlots de chaleur, Montreux semble mieux lotie. En 2023, la Commune a fait établir un diagnostic des secteurs les plus exposés. Selon cette analyse, presque l’ensemble des Montreusiens (98,8%) ont accès à un espace vert public ou à une forêt à moins de 300 m de chez eux, «ce qui correspond aux recommandations de l’OMS», précise la Municipalité. Quelques points restent toutefois sous pression, notamment le centre de Clarens, la gare de Montreux et le secteur de la rue de l’Église-Catholique. 

Les places de jeux pointées du doigt

Si les rues et les grandes places constituent une préoccupation majeure, les cours d’école et les places de jeux inquiètent également de nombreux parents. À Montreux, le parc du Donner, rénové en 2021, fait l’objet de critiques. Pour un père de famille du quartier, le parc devient difficilement praticable l’été. «Il est tout en béton et avec très peu d’ombre, il est quasiment impossible d’y rester entre 11h et 17h l’été. Les enfants deviennent vite tout rouges, regrette-t-il. Il faut malheureusement se résigner à partir assez rapidement pour protéger leur santé.» La Municipalité reconnaît les limites du site, mais rappelle sa contrainte majeure. «Sa situation est complexe car il est situé sur une dalle de parking. Il ne peut donc pas être végétalisé de manière importante car la présence de cette dalle interdit, en raison de sa portance, les grandes épaisseurs de terre et donc les arbres. C’est la raison pour laquelle les arbres sont situés sur le pourtour de la place et non au-dessus.» Une requalification de cette place est prévue pour 2027. «Une alternative existe à une minute du parc Donner, avec la place de jeux de Florimont. Celle-ci offre une oasis de fraîcheur avec un sol perméable, des arbres et de la végétation», rappelle Irina Gote, municipale chargée de la durabilité et des espaces verts. 

Le Chablais prend l’air

Du côté du Chablais, la situation est autre. Le bâti est globalement moins dense et la plaine du Rhône bénéficie de l’air frais des forêts et des montagnes environnantes. Bex, par exemple, compte une majorité de son territoire boisé, avec une surface habitée qui représente moins de 3,5% du territoire. «Selon la cartographie du Canton, les secteurs de notre territoire concernés sont la zone industrielle, la place de la gare et la place du Marché», note Michael Dupertuis, syndic chargé de l’urbanisme. La place du Marché, actuellement en travaux jusqu’au printemps prochain, illustre les solutions envisagées. «Avant, la place était goudronnée avec deux arbres. Le projet prévoit un rêvetement du sol de couleur claire et partiellement en pierres naturelles, donc moins sujet au réchauffement du sol», avance Elena Regazzoni, cheffe du Service de l’urbanisme. En plus d’une arborisation plus importante, une bâche reposant sur des poteaux est notamment prévue durant la belle saison pour un ombrage supplémentaire. De son côté, enfin, la Ville de Monthey met l’accent sur les préaux scolaires, afin d’identifier les possibilités de les rendre davantage végétalisés, ombragés et agréables pour les élèves. 

Si chaque Commune compose avec ses propres contraintes, le constat est similaire partout: il ne suffit pas de planter quelques arbres pour rafraîchir une ville. Végétation, ombrage, sols perméables, choix des matériaux et circulation de l’air doivent être pensés ensemble. 

 

4 questions à Gabriele Manoli

Ingénieur environnement et professeur assistant à l’EPFL (Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit)

Qu’est-ce qu’un îlot de chaleur urbain et quel est son impact sur les habitants?

C’est un phénomène selon lequel les villes sont plus chaudes que les zones rurales environnantes. Cet effet de réchauffement local peut rendre les vagues de chaleur plus intenses et plus longues, augmentant ainsi les risques de stress thermique, de déshydratation et de problèmes cardiovasculaires ou respiratoires, en particulier pour les personnes les plus exposées et/ou vulnérables (seniors, enfants, travailleurs en extérieur).

Quels aspects de l’aménagement urbain contribuent le plus à la chaleur en ville?

Les principaux facteurs sont la forme urbaine (la densité, la hauteur et l’espacement des bâtiments), la présence de matériaux qui absorbent la chaleur (comme l’asphalte et le béton), le manque de végétation et une mauvaise circulation de l’air. Les émissions de chaleur liées au trafic et à d’autres activités urbaines (comme la climatisation) contribuent également à augmenter les températures.

Quelles sont les solutions les plus efficaces pour atténuer cet effet?

Il n’existe pas de solution unique idéale: l’approche la plus efficace consiste souvent à combiner différentes stratégies (végétation, ombrage, surfaces perméables, matériaux innovants, etc.).

Comment les îlots de chaleur urbains sont-ils abordés dans les cours d’architecture à l’EPFL?

Cette question est intégrée dans plusieurs cursus de l’EPFL, de l’architecture au génie civil et aux sciences et ingénierie de l’environnement. Elle est renforcée par le nouveau Master en Urban Systems, lancé en 2025, qui aborde explicitement le défi des transitions urbaines durables.

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