
Pétasites de Christoph Rihs | D. Vaney

Jurassien d’origine et établi à Berne, Éloi Gigon est le premier lauréat du Prix Bossonn’Art 2025, doté de 5’000 francs et destiné à soutenir les artistes émergents, en formation ou autodidactes. Il présente l’œuvre qui lui a valu cette distinction, retenue sur dossier. Gros œuvre recrée un chantier en deux parties, dans le champ et sur la muraille. «Je suis très intéressé par les vestiges et par ce qu’ils racontent de notre rapport au temps. Ils se situent entre passé, présent et futur, dans un espace où les temporalités se rencontrent», explique Éloi Gigon. Face à ces installations, le spectateur est amené à s’interroger: est-ce terminé ou quelque chose est-il encore à venir? Entre pierres imitées et trou creusé dans le champ, l’artiste joue avec le trompe-l’œil et l’absurde. «Reconstruire des vestiges ou creuser un trou dans un champ, c’est une idée absurde en soi. C’est cette absurdité qui me fait marrer, parce qu’elle questionne nos élans et notre envie d’entreprendre, même lorsque cela semble dénué de sens.» Une œuvre conçue pour ce lieu et ce moment, qui sera démantelée à la fin de l’exposition.
Gros œuvre d’Éloi Gigon

Dans les vestiges d’une maison, les Éruptions s’élèvent en cercle à l’image de volcans. «C’est une visualisation des émotions humaines, de ce qui se passe dans le corps lorsqu’on est touché par quelque chose. La colère ou l’amour prennent alors une forme physique», décrit Éva Ducret. Réalisées avec des tuiles d’ardoise récupérées sur d’anciens toits, elles font aussi écho à l’idée de protection. Créée il y a trois ans, la sculpture a trouvé dans les vestiges du château un écrin sur mesure. «C’était l’idéal pour montrer ce travail. Il y a les quatre murs, mais il manque le toit. C’était un bonheur de trouver cet endroit.» Plus haut dans la forêt, Éva Ducret présente Clairière, un rideau de lunettes-loupes suspendu entre deux troncs, sur lequel sont gravés des cœurs et des noms d’amoureux. «Le verre capte la lumière et la fait réfléchir. Cela crée une clarté du cœur, une énergie positive et pleine de tendresse.»
Éruption et Clairière d’Éva Ducret

Haute de sept mètres, cette imposante sculpture mêle fer, acier, céramique, pompes à levier, tampons de train, isolateurs et paratonnerre. «J’ai fait une mise en scène de matériaux que l’on connaît. Je n’ai rien sculpté, je n’ai rien créé. Ce sont les matériaux qui me parlent, et j’en ai fait une rencontre, à l’image de la célèbre formule du Comte de Lautréamont: Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie, devenue un pilier du surréalisme», déroule Pavel Schmidt, installé à Soleure. Chaque élément prend une dimension symbolique et participe à la composition. Les quatre points cardinaux déterminent l’orientation de l’œuvre, tandis que l’eau, le feu, la terre et l’air sont incarnés dans le dispositif. La sculpture devient ainsi un champ de forces, à la fois physique et symbolique.
Cordiaux – les points cardinaux - cardiaques de Pavel Schmidt

Posées sur la colline de la tour ronde, de grandes feuilles blanches attirent immédiatement le regard et éveillent la curiosité. «J’ai reproduit des feuilles de pétasite, une plante qui compte une quinzaine d’espèces dans les régions tempérées de l’hémisphère nord et qui se caractérise par ses larges feuilles. Elle m’intéresse parce qu’elle se développe par ses racines et se multiplie en famille. J’utilise les nervures des feuilles comme une architecture que je déploie à grande échelle pour montrer quelque chose qui dépasse la nature», détaille Christoph Rihs. Son réseau de racines fait écho aux fondations souterraines de la forteresse, tandis que ses nervures rappellent ce qui subsiste du château, notamment les murailles et les fondations des maisons. «La plante devait d’abord être présentée debout. Mais face au manque d’eau de cette année, j’ai choisi de la poser au sol, dans une apparence desséchée», précise l’artiste installé à Berne. Double renversement, le géotextile synthétique utilisé pour la sculpture contraste avec sa forme végétale.
Pétasites de Christoph Rihs
Welcome Back 👋
Sign in to access your account and continue where you left off.
Welcome aboard 🚀
Create your account to access everything you need.
