Quel est cet intrigant géant qui trône sous la gare ?

Haute de 2m50 et juchée sur le toit d’un garage, la sculpture ne passe pas inaperçue.  | R. Brousoz

Clarens
Depuis plusieurs mois, un imposant personnage surveille la sortie du passage sous-voie. L’habitante à l’origine de cette installation explique sa démarche.

Les passants et les usagers de la gare de Clarens l’auront sans doute aperçue: depuis quelque temps, une étrange sculpture trône à la sortie du passage sous-voie, côté lac. Avec ses 2m50 de haut et ses 2m30 de large, difficile de ne pas voir cette imposante œuvre, qui représente un personnage transpercé par ce qui semble être un poisson. Ou un missile?  

«Vu l’actualité de ces dernières années, c’est ce à quoi on pourrait penser, mais il s’agit d’un exocet, un poisson volant», éclaire Geneviève Capitanio, propriétaire du petit hangar sur lequel se tient ce géant de 200 kilos fait de béton, de polystyrène expansé et de résine. «Je l’ai installée au printemps, après la construction du garage.» 

Baptisée «Somme d’eau», la sculpture a été réalisée par son compagnon Florent Merminod il y a déjà une vingtaine d’années. Pour la petite histoire, elle figurait dans l’exposition en plein air «Waterproof», qui avait été organisée à l’automne 2007 à la piscine de Monthey. 

Pourquoi l’avoir dressée au pied de la gare de Clarens? «C’est l’occasion d’amener de l’art dans un quartier austère et visuellement hostile, flanqué contre les voies de chemin de fer et le mur de soutènement», explique Geneviève Capitanio, elle-même artiste-peintre. Elle y voit là un clin d’œil fait à une «ville qui se targue d’être culturelle».

Muet, mais questionnant 

Depuis son apparition, le géant au poisson ne laisse pas indifférent. Sur Google Maps, un internaute l’a récemment localisé et répertorié en le qualifiant de «sculpture angoissante». «L’œuvre plaît ou ne plaît pas, mais elle n’est pas offusquante, estime Geneviève Capitanio. Des gens m’ont même remerciée de l’avoir installée, me disant qu’elle les questionnait à chaque fois qu’ils passaient. Je trouve bien que l’art pousse à réfléchir.»

Seule ombre au tableau selon elle: le fait que cette initiative artistique nécessite une mise à l’enquête publique. Ou plutôt, une «mise en conformité», puisque la Clarensienne l’a installée sans consulter la Commune, avant de se faire remettre au pas. «Une telle procédure pour une sculpture, c’est disproportionné», s’agace la propriétaire, qui évoque un «mépris de la culture». De son côté, la Ville de Montreux met en avant la loi sur l’aménagement du territoire et rappelle que «tout type de travaux nécessite une autorisation avant toute intervention».     

Les personnes qui voudraient s’y opposer ont ainsi jusqu’au 24 septembre pour se manifester. Une perspective qui n’effraie pas la propriétaire de 62 ans. «Je serais enchantée d’avoir une discussion avec ces gens!»