Sous la montagne, chaque minute compte

Lors d’un secours en spéléologie, jusqu’à 40 secouristes peuvent être mobilisés, ce qui sollicite une planification importante.  | L. Montbuleau

Les Rochers-de-Naye
Dans le puits de la Perta-Decrin, les sauveteurs du Spéléo‑Secours Suisse exercent leurs techniques d’évacuation. Plongée dans un univers où chaque geste compte et où l’entraide peut sauver une vie.

Les accidents en spéléologie sont plutôt rares, maximum un par an en Suisse. Si cela arrive, il faut pouvoir intervenir rapidement. Les secours en spéléo requièrent des compétences techniques spécifiques. Raison pour laquelle les entraînements et la formation continue permettent de faire une mise à jour des connaissances et des pratiques.

Les 24 et 25 octobre derniers, à la Combe de Naye, ce savoir-faire était au cœur du stage régional du Spéléo-Secours Suisse, avec comme invités des intervenants du Secours Alpin Suisse (SAS). Le terrain de jeu? Une cavité béante située à 1’860 mètres d’altitude. Considéré comme un puits à neige, le froid fait partie de l’exercice.

Au programme samedi: évacuation sur cordes, prise en charge d’un traumatisé et hypothermie. «C’est un peu comme un téléphérique», explique Frédéric Bétrisey. Ce robuste gaillard qui explique les opérations en cours est responsable de la région 2, couvrant le Valais, Fribourg et l’Est vaudois. Pour transporter un brancard, les sauveteurs installent une corde porteuse, une traction, une retenue et une sécurité. Des palans, assemblages de cordes et de poulies, réduisent l’effort nécessaire pour hisser la charge. Les différents amarrages peuvent répartir les forces sur la roche.

Bien gérer le temps, une nécessité

En secours spéléo, il peut y avoir énormément de monde mobilisé: jusqu’à 30 à 40 secouristes. Tout doit être planifié sur plusieurs jours: le logement, la mise en place des équipes… Une grosse logistique qui requiert beaucoup d’anticipation, afin d’éviter des pertes de temps dommageables. «C’est complètement différent d’un secours en montagne où l’on part en hélico, puis on revient direct. Ici, la notion de temps est primordiale.» En fonction du type de secours à apporter, plusieurs partenaires, secours en montagne, protection civile, police peuvent aussi intervenir.

Quant au parcours, il devra être équipé avant le départ du blessé, afin de limiter son attente pendant le transport. Sous terre, une pièce oubliée peut imposer des heures d’aller-retour. Dans le puits, munis de tout l’équipement ad hoc, combinaison, casque, éclairage, baudrier et un petit sac avec le matériel nécessaire, les spéléos progressent sur des cordes statiques. Plus bas, les amarrages permettent de dévier leur parcours pour éviter les frottements contre le rocher. Ici, dans l’humidité et parfois la boue, chaque geste compte. Le matériel, poulies et bloqueurs à la remontée, doit être simple et robuste.

L’entraide avant tout

À six heures de distance de l’entrée, un accident peut nécessiter autant de temps pour donner l’alerte, puis pour acheminer les secours. En attendant, les compagnons sont les premiers soutiens. Dans les clubs, ils apprennent à dégager un coéquipier bloqué sur corde et à se protéger du froid avec un bivouac d’urgence. Sous terre, l’attente des secours peut être longue: l’entraide et la prévention sont un état d’esprit. Les sauveteurs aménagent ensuite un «point chaud», un abri destiné à protéger la victime du froid pendant sa prise en charge.

Dans les profondeurs, le téléphone portable ne passe pas. Pour communiquer, les équipes disposent notamment de systèmes filaires ou d’appareils transmettant à travers la roche. En surface, le poste de commandement coordonne matériel, missions et relèves.

Une passion et une aventure humaine

Au chalet spéléo qui fait office de poste PC, pour le repas du soir mijote un roboratif papet vaudois de circonstance. Devant un feu de cheminée, Philippe Fontaine, président du Spéléo club de Naye, évoque les beautés incroyables du monde souterrain avec ses concrétions, ruisseaux et torrents. Seules 10% des cavités accessibles aux spéléologues auraient été découvertes.

Cette passion collective exige rigueur, patience et une grande solidarité. «C’est une grande famille.» Une famille qui sait qu’au-delà du prochain passage, de l’émerveillement d’une galerie découverte, d’un secours réussi, des émotions pourront être partagées avec les camarades.

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