
L’artiste-bijoutière Lucie Weber crée principalement des colliers, des bagues et des boucles d’oreilles avec ses boutons. | X. Crépon
À quelques pas de la gare de Montreux, une porte entrouverte laisse passer un filet de lumière automnale. Placées dans les vitrines, les belles parures en laine et en soie attirent tout de suite le regard. Ces pièces de l’artiste Erika Méan côtoient celles non moins chatoyantes de Lucie Weber.
Dans son atelier-boutique qu’elle partage avec sa collègue, cette créatrice autodidacte confectionne son dernier bijou. Sise à sa table de travail, elle manie sa pince avec précision. Les milliers de boutons couleur arc-en-ciel qui la surplombent semblent n’attendre qu’une chose: faire partie de sa prochaine création.
Des pièces uniques
Architecte de formation, cette maman de six enfants a ajouté il y a plus de 20 ans une nouvelle corde à son arc, celle de l’artisanat. «D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé les objets que l’on peut découvrir sur des marchés ou lors de voyages à l’étranger», se souvient la Montreusienne. Justement, c’est au retour d’un périple en Côte d’Ivoire à la fin des années 90 qu’elle décide de prendre un tournant dans sa vie. Les colliers africains en perles de verre l’inspire, tout en la titillant. «Je les trouvais magnifiques, mais comme je suis perfectionniste, je voyais aussi que ces perles n’étaient pas alignées. J’en ai donc acheté et j’y ai intercalé des boutons. L’ensemble se mariait très bien et apportait même une touche originale au produit fini.»
Depuis, elle a agrandi sa gamme. À commencer par les boutons eux-mêmes. «Un brocanteur lausannois vendait un stock de près de 3 millions de pièces, environ un quart de sa collection. J’en ai finalement pris 300’000 afin de laisser libre court à mes idées.» Lucie Weber réalise principalement des colliers – la partie centrale contient une superposition d’un ou plusieurs boutons sur un disque de céramique, de bois ou de pierre, percé au préalable – des boucles d’oreilles et des bagues.
«Quand je vois une femme dans la rue porter l’un de mes bijoux, cela me fait quelque chose. Ce sont des pièces uniques, tout comme ces dames! Dans mon précédent métier, j’étais une bâtisseuse dans un milieu principalement masculin. J’ai aujourd’hui beaucoup de plaisir à créer pour des femmes, de pouvoir partager mon art avec elles.»
Au-delà du bouton
Ses préférés? Ce sont probablement ceux en verre, une matière qu’elle qualifie de «noble et naturelle». Lucie Weber apprécie également le bois, le métal et la nacre. «Cette substance calcaire a par exemple beaucoup été utilisée pour de la literie ou des habits très chic. J’aime bien savoir que je vais leur donner une seconde vie.»
Et la Montreusienne ne s’arrête pas uniquement au matériau: «On m’apporte beaucoup de boutons. Dans les boîtes de grand-mère, il faut un peu trier. Mais au final, je garde tout, car chaque pièce peut toujours être utile. On peut parfois tomber sur la perle rare!», s’enthousiasme-t-elle.
Elle imagine aussi souvent l’histoire qui se cache derrière chaque bouton. D’où vient-il? Par qui a-t-il été porté? Dans quel contexte? Autant d’éléments qui peuvent la guider dans ses créations. «La forme, la matière, l’époque… cela m’ouvre de multiples horizons, mais c’est aussi le ressenti qui compte. Car un bouton c’est quelque chose d’assez émotionnel!»
Ce tout petit objet dépasse alors sa simple fonction pour l’artisane. Et justement, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «On peut faire plein de choses avec les boutons, tant ils sont différents. J’ambitionne désormais de réaliser avec eux des tableaux et des lampes». De quoi encore puiser dans sa réserve, qui semble être inépuisable.
Les vendredi 13 (16h-20h) et samedi 14 novembre (10h-18h), Lucie Weber et Erika Méan organisent des portes ouvertes, à l’avenue des Alpes 90 B, à Montreux. Le public est invité à venir y découvrir l’artisanat sur bouton ainsi que le feutrage. L’occasion pour ce binôme de présenter également ses nouveaux ateliers qui démarreront fin novembre. «On se réjouit de transmettre notre savoir-faire, de donner des idées ou tout simplement de laisser celles des participants émerger», conclut Lucie Weber.
Plus d’infos: www.bijoux-fous.ch
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