Philippe Katerine, le dandy dans l’arène symphonique

Dans son spectacle Aux Anges, les chansons de Philippe Katerine sont «très contentes d’être sublimées», elles «jubilent».  | R. Thenadey

Montreux
L’Auditorium Stravinski s’apprête à accueillir l’artiste français pour son unique date en Suisse. Accompagné de l’orchestre Sinfonietta de Lausanne, le musicien reprendra ses tubes qui l’ont révélé au grand public.

«C’est génial d’avoir le privilège de chanter avec un orchestre!» Accompagné de la soixantaine de musiciens du Sinfonietta de Lausanne, dirigés par Bastien Stil, l’auteur-compositeur Philippe Katerine devient chanteur lyrique, interprétant son propre répertoire. Avec une douzaine de dates effectuées depuis la rentrée, Aux Anges fait une escale le 5 novembre sur la Perle de la Riviera.

«Je suis toujours heureux de revenir en Suisse, cela me rappelle mon premier concert à la guitare à Lausanne, en 1991, face à une douzaine de personnes. C’était la première fois que je prenais l’avion, à 22 ans, et que je voyais les Alpes.» Une vision «marquante», qu’il est très heureux de retrouver à l’occasion de cette date helvétique.

Ce concert proposera donc une relecture orchestrale de son œuvre, révélant une autre facette de son univers. «Mes chansons sont très contentes d’être sublimées, elles jubilent», nous confie l’interprète. Car entre ironie et poésie, Philippe Katerine reste aussi ce même chanteur qui sait si bien faire dialoguer l’absurde et le sublime.

Entouré d’un orchestre, ça donne quoi de «remettre le son» avec des cordes, des cuivres, et des bois?

– On a l’impression d’avoir un pouvoir très conséquent! Mon père aurait voulu être chef d’orchestre, et je le comprends. En réalité, le pouvoir, c’est le chef d’orchestre qui le détient, ainsi que la personne derrière la table de mixage de sons. Dans ce spectacle, je suis soliste, comme un chanteur lyrique. Je suis prêt à prendre cette place. 

Cet arrangement orchestral vient-il amener une nouvelle dimension à vos chansons?

– La plupart des chansons interprétées dans ce spectacle proviennent de Le Film (ndlr: paru en 2016), composé après le décès de mon père. Ce sont des textes accompagnés uniquement par des mélodies au piano. Alors que mes chansons font souvent intrusion dans mon esprit, tels des flashs ou des visions, dans cet album je me livre comme dans un journal intime. Accompagné d’un orchestre, ce récit romanesque devient tout à coup un film d’action. On change de dimension. C’est pour cette raison que mes chansons sont toutes contentes. 

Comment percevez‑vous cette rencontre entre votre univers teinté d’absurde et l’art lyrique?

– Mes chansons restent les mêmes. Prenez cette image: c’est comme si l’on était habillé d’un simple t-shirt et, le jour d’après, on porte un manteau Yves Saint Laurent. On n’a plus du tout la même dégaine, mais on garde le même corps. Avec cette orchestration, mes chansons sont vêtues d’Yves Saint Laurent.

35 ans et 15 albums plus tard, vous revenez avec un nouveau , Planète Bleue, sorti le 23 octobre, qui se démarque par une certaine noirceur. Un reflet de votre état d’esprit actuel?

– J’ai toujours été un être mélancolique. Pour cet album, j’ai travaillé sur des instrumentations de Nk.F (ndlr: compositeur et ingénieur du son qui a travaillé avec la fine fleur du rap francophone ces dernières années, à l’instar de Damso, Orelsan ou Niska). Sa composition a forcément orienté mon écriture. Ses mélodies sont comme des rubis sombres, et elles correspondent à ce que j’avais sur le cœur. À savoir que depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, l’autoritarisme et la vulgarité sont décomplexés. J’éprouve du dégoût et de la honte pour le monde adulte.

Comment résister à cette morosité ambiante?

– Dans le titre Planète bleue, je cite des personnalités qui ont réussi à transformer l’horreur en feux de joie. L’art prend une valeur inestimable en ce moment, car c’est ce qui permet de tenir le choc. Le tableau qui est devant nous ne fait pas très envie. Aux artistes de le transformer pour tenir le coup.

Plus d’infos: lasaison.ch/spectacles/philippekaterine/

«Aux Anges, Philippe Katerine Symphonique», jeudi 5 novembre (20h), Auditorium Stravinski, Montreux.