
Les laurelles ne seront plus vendues, plantées ou données dès dimanche. | LDD
es et autres clôtures différentes plantes dites invasives. Selon la Confédération, des espèces exotiques entraîneraient des dommages écologiques. L’ordonnance en la matière a été modifiée et sera appliquée le 1er septembre.
Parmi les végétaux bannis des jardins, le buddleia de David, le paulownia et le palmier-chanvre – plus connu sous nos contrées comme «tessinois». La plus emblématique, car peu onéreuse, est la laurelle (également appelée laurier-cerise). En tout, une trentaine de plantes étrangères sont exclues du territoire helvétique. La nouvelle règle interdit d’en vendre, d’en importer ou d’en donner.
Décision contestée
Producteur et spécialiste de plantes en extérieur, Grégory Udry comprend la mesure annoncée depuis au moins un an. «Si ce type de plantes importées sont mal entretenues, elles peuvent se propager. Mais en même temps, elles ne sont pas nocives pour la santé…» Le patron de Point Vert se dit aussi «hébété par cette décision qui est quand même assez dirigiste et sans distinction».
À Saint-Triphon, Urbain Girod fait partie de la 4e génération de pépiniéristes de la famille. Il trouve aussi cette disposition «radicale et imposée par des gens peut-être pas assez informés». Pour lui, «certains croient promouvoir et faire de la biodiversité, tout en limitant la diversité. Ce sont deux choses différentes. Dans beaucoup de villes, on ne plante même plus de fleurs».
Paysagiste, Patrick Bertschy se dit «par principe peu favorable aux interdictions de toute nature» et estime que l’on a voulu «appliquer le principe de précaution, ce que l’on peut comprendre, parce que des haies sont mal entretenues et que les effets propagent ces plantes étrangères. Ce qui sanctionne ceux qui maintiennent correctement leur clôture, en la taillant régulièrement».
Pertes engendrées
Exit donc les plantes dites invasives comme la laurelle, verte toute l’année, avantageuse, absorbeuse de gaz carbonique et pourvoyeuse d’oxygène. Les producteurs ont anticipé cette interdiction. «Nous avons des productions de champs de laurelles et palmier-chanvre en Italie. Avec des stocks considérables. Nous avons échangé avec d’autres espèces sur place. À perte…», confie Grégory Udry. Il estime le manque financier à «environ 300’000 francs».
Producteur «indigène», dans la plaine du Rhône, Urbain Girod, qui a devancé la mesure depuis «trois ou quatre ans», peine lui à chiffrer précisément la perte de gain.
Outre sa mesure, la Confédération privilégie les espèces dites indigènes, car non importées et élevées en Suisse. Mais aussi certaines non invasives comme le laurier du Portugal. Le pépiniériste de Saint-Triphon les met en avant, avec pour exemples, la photinia, le chêne vert et le buis.
La plante lusitanienne et la photinia ont aussi les faveurs de Point Vert, «ou encore elaeagnus et le palmier Wagnerianus, en espérant que ces espèces ne seront pas interdites dans 10 ans…» Patrick Bertschy, enfin, vante la photinia comme les haies de fusain, «sachant que selon l’emplacement, il n’est pas toujours évident de remplacer une plante existante par une autre plus difficile à tailler».
Aide au remplacement
La décision de Berne ne contraint pas à déraciner les haies invasives déjà en place. Des Communes, comme Nyon ou Renens, ont déjà annoncé une aide par subvention à ceux qui se délestent de leurs plantes invasives pour les remplacer par des locales, entre autres.
Dans la région, Monthey s’y emploie aussi. «Nous avons déjà mis en place une aide financière, annonce Léonard Luisier, chef de projet Durabilité de la Ville. La subvention allouée est de 25% jusqu’à concurrence de 4’000 francs.»
Montreux à l’automne 2022 a, elle, remplacé 150 mètres linéaires de haies de laurelles par des arbustes indigènes. Si elle n’a pas encore décidé d’une aide spécifique à ce sujet, les autorités ont établi récemment à titre plus large une stratégie en matière de biodiversité urbaine. «Elle permettra de guider la réalisation de mesures sur le domaine privé par le biais de subventions issues du fonds de développement durable.»
La Commune de Vevey propose une subvention pour la plantation d’arbres majeurs, de vergers hautes tiges et de haies vives. Elle couvre 20% des coûts jusqu’à 5’000 francs et s’adresse à des propriétaires qui mettent en place une nouvelle haie sur leur parcelle ou qui arrachent une haie qui n’a pas de forte valeur écologique.
