
Incendies à répétition, mise aux enchères, situation de quasi-abandon: il avait fini par ne faire parler de lui que pour ses déboires. Mais la vie – ainsi qu’une dignité toute neuve – s’apprêtent à reprendre leurs droits dans les vastes salles de L’Alcazar, encore balayées par les courants d’air. Racheté en 2022 à l’État de Vaud par l’homme d’affaires Feriz Imeri pour 1,3 million de francs, le joyau Belle Époque de Territet entame ses travaux de rénovation.
«La fin du chantier est attendue pour 2026-2027», dévoile Claire Mollet, architecte basée à Vevey et chargée de cette ambitieuse restauration. L’annonce a été faite jeudi dernier, au cœur même de l’édifice montreusien classé monument historique d’importance nationale. Une visite de presse était organisée par le Canton en lien avec les Journées européennes du patrimoine.
Une galerie marchande comme à l’époque
Devisé à «plusieurs millions de francs» et subventionné à 20% par le Canton et la Confédération, le projet prévoit de recréer une galerie marchande à l’image de celle qui existait au XIXe siècle. Alors que des commerces viendront occuper les arcades du rez-de-chaussée, une dizaine d’appartements seront aménagés dans la partie supérieure. Des logements qui seront desservis par une passerelle. Première étape fraîchement réalisée: la dalle qui coupait en deux la hauteur de ce vaste espace vient d’être abattue. Plusieurs de ces logements nécessiteront que certaines grandes salles soient cloisonnées «de manière réversible», assure-t-on.
À l’étage supérieur, c’est un restaurant qui doit prendre place dans ce qui fut le «Jardin d’hiver», une immense salle dont les monumentales verrières donnent sur le Léman. «Il s’agira d’une brasserie avec mobilier à l’ancienne», révèle au téléphone le discret propriétaire Feriz Imeri, qui, pour mener à bien son projet, a créé la société «Le Rêve de l’Alcazar SA». Dans l’assiette, il faudra s’attendre à une cuisine helvétique plutôt traditionnelle.
Juste à côté, ébouriffante de décorations rococo décaties, la salle de fête conservera sa vocation puisqu’elle accueillera des événements et des réceptions.
Isoler sans défigurer
«Le plus grand défi de cette restauration? C’est le volet énergétique», affirme sans hésiter l’architecte Claire Mollet. Avec son niveau d’importance, pas question en effet de toucher à l’enveloppe du bâtiment pour qu’il réponde aux normes actuelles. Le chauffage continuera à être assuré par la chaudière à mazout. «Et nous allons floquer les toitures et intervenir sur les vitrages», précise la spécialiste, qui a également mené la réfection de l’ancien Grand Hôtel, devenu la Résidence des Alpes, qui jouxte l’Alcazar.
Si elle ne cache pas la «pression» liée à ce qu’elle qualifie de «sacré défi», l’architecte se dit aussi consciente de sa chance. «C’est exceptionnel, il n’y a pas beaucoup de bâtiments d’intérêt national où il y a un tel projet.»
«Une convergence entre l’intelligence et le talent»
Le chantier avancera évidemment sous l’œil très attentif du Canton. Conservateur cantonal des monuments et sites, Alberto Corbella salue l’équilibre du projet, qui incarne selon lui l’idée d’un «patrimoine dynamique».
«Sur un tel bâtiment, il y a évidemment des règles à respecter, mais chaque génération doit pouvoir apporter sa patte pour répondre aux besoins du moment. Et pour y parvenir, il faut une convergence entre l’intelligence du propriétaire et le talent de l’architecte.»
