Au Château d’Attalens, le blindage est à trouver du côté des sacs

Sandro et Alessia Ferronato estiment que le Château d’Attalens est l’écrin parfait pour leur marque de luxe.  | L. Grabet

Maroquinerie
Depuis 2023, la Maison Ferronato investit les vieilles pierres pour y nicher une gamme de pièces de luxe. Sacs à main, porte-cartes et porte-monnaie, tous ont une spécificité: ils allient élégance, innovation et sécurité.

Il y avait un créneau à prendre dans le domaine de la sécurité et de «l’hygiène» numériques, et c’est une entreprise basée en Veveyse qui l’a fait. Et ce, en se positionnant sur le «segment luxe». «La Maison Ferronato vend des sortes de cages de Faraday portables (ndlr: une enceinte utilisée pour bloquer les champs électromagnétiques), lesquelles sont intégrées dans des sacs à main, porte-cartes, porte-monnaie ou encore sacs à dos blindés», image sa cofondatrice Alessia Ferronato.
En soit, une innovation dans le monde du luxe. Ces objets au «design sobre, épuré et intemporel» sont conçus et peaufinés dans la campagne fribourgeoise. Ils sont destinés à des privés souhaitant préserver leurs données ou éviter l’accès frauduleux à leurs cartes de crédit sans contact, mais aussi à ceux qui veulent simplement pouvoir déconnecter et s’affranchir des ondes en un geste.
Quelque 5’000 articles ont été vendus dans ce «marché de niche», depuis le lancement de la société en 2022 à Châtel-Saint-Denis par Sandro Ferronato et sa fille Alessia. Cette trentenaire a depuis déménagé à Attalens et ouvert son unique magasin suisse dans la capitale vaudoise, à la place Saint-François.

Des retouches à la pointe
Le chiffre d’affaires de la PME, dont la moitié est réalisée aux États-Unis, est tenu secret par ses propriétaires.
On saura donc seulement que l’entreprise a investi «plusieurs millions de francs» dans son projet et qu’elle emploie une vingtaine de collaborateurs, dont une douzaine en Suisse romande et trois au Château d’Attalens (voir encadré). C’est là, en effet, que ces couturières spécialisées retouchent les articles ayant échoué aux tests qualité.
«Chaque couture crée un trou susceptible de laisser passer des ondes, chose que nous ne voulons pour rien au monde. Notre objectif est en effet d’être blindés à 99,99%, et nous le tenons», explique Alessia Ferronato. Cette performance est notamment testée au pied d’antennes de téléphonie mobile de la région. Mais avant cela, un premier contrôle qualité est organisé sur les sites des trois sous-traitants en Toscane, en Vénétie et en Lombardie, régions connues pour leur expertise dans la maroquinerie de luxe. Pour un sac à dos Ferronato réalisé à la main, il faut par exemple débourser 1’800 francs. «Mais contrairement à ce que vous pourriez croire, nous faisons des marges plutôt faibles, au regard de celles qui se pratiquent dans le luxe», tempère Sandro Ferronato.

Boeing, Airbus et Apple
L’industriel est aussi et surtout président du Conseil d’administration du KGS Group, établi à Châtel-Saint-Denis depuis 1992 (sur le site de l’ancienne usine Devex), une entité employant 500 personnes dans le monde, et qui célèbre ses 120 ans cette année.
Le produit phare de l’entreprise est un tissu abrasif souple diamanté, prisé dans des applications industrielles, telles que le polissage de certains produits Apple. Mais ce tissu seul, fabriqué via un dépôt électrolytique de nickel à une densité de 70 à 80 g/m, est aussi acheté par les entreprises aérospatiales Boeing ou Airbus pour protéger leurs systèmes des interférences électromagnétiques.
C’est d’ailleurs cette propriété «isolante» qui a donné naissance à la marque Ferronato. «Elle est également utilisée dans certaines salles de conférence d’organisations internationales bien connues à Genève, afin d’éviter l’espionnage ou des fuites d’informations», révèlent les Ferronato. «On n’a pas décidé de faire des sacs pour faire des sacs! On voulait apporter une vraie plus-value et être pionniers», assène le paternel.
Pionniers? Son grand-père Giovanni l’a été en tout cas en s’installant à Lugano depuis sa Vénétie natale et en y lançant une petite entreprise qui a prospéré jusqu’à devenir KGS. Quant au sexagénaire, il a été audacieux lui aussi en reprenant les rênes à l’aube de l’âge adulte, à la suite d’un accident de voiture ayant prétérité les capacités cognitives de son père. Et l’histoire de famille se poursuit encore aujourd’hui avec la quatrième génération impliquée dans cet artisanat de luxe. L’héritage des Ferronato est donc assuré.


ferronato-switzerland.com

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