
Après 36 ans sur le petit écran, Yves Debonnaire a fait ses adieux à la RTS en tant que consultant sportif. | DR
Cet éternel amoureux du ballon a tout vécu: joueur à Vevey, formateur à l’Association suisse de Football, entraîneur des sélections juniors. Rencontre sur une terrasse de la place du Marché à Vevey, sa ville de toujours.
On vous a senti ému, sur le plateau de la RTS, lors de vos adieux comme consultant durant la finale de la Coupe du monde.
– Ému? Ce n’est pas vraiment le mot. J’ai surtout trouvé très sympa l’hommage qui m’a été rendu. Sur les séquences, on voyait à mes débuts un jeune homme aux cheveux noirs et le même jeune homme avec des cheveux gris aujourd’hui.
Vous avez débuté en 1990 dans un service des sports dirigé par le légendaire Boris Acquadro. 35 ans comme consultant, c’est digne du Guiness Book.
– Il faut relativiser, c’était une dizaine d’émissions par année. Mais cela m’a permis de vivre sur place de nombreux grands événements. Je garde un souvenir inoubliable de la finale de la Champions League 2011 à Wembley, remportée par l’extraordinaire Barça de Messi, Iniesta et Xavi sur Manchester United (3-1), le plus beau match que j’aie jamais vu.
Une rencontre vous a plus marqué que les autres?
– J’ai assisté à plusieurs Coupes du monde en Allemagne, en Russie, en Afrique du Sud. J’étais à Rio lorsque le Brésil en 2014 a subi sa fameuse humiliation 7-1 contre l’Allemagne en demi-finale de sa Coupe du monde. Le soir, il n’y avait personne dans la rue. Tout le pays était en deuil, c’était saisissant.
Qu’avez-vous le plus aimé dans ce rôle de consultant?
– Les échanges, la réaction des gens. Pas sur les réseaux sociaux. Mais dans la rue, partout, où les gens m’ont approché pour parler, discuter foot, qu’ils soient d’accord ou non avec moi.
Que tirez-vous de ces échanges?
– Une forme d’humilité. Un jour, alors que j’avais été sévère avec un défenseur de Liverpool, un supporter de ce club m’a dit que j’avais été injuste et un long dialogue s’était ensuivi. Une autre fois, un spectateur m’a lancé en pleine rue: «Je ne vous aime pas.» On ne peut pas plaire à tout le monde.
Vous avez dit que, retraité, vous vous réjouissez d’aller voir des matches juste pour le plaisir.
– Absolument! Sans mon carnet de notes, libre, appuyé sur une barrière, pour voir évoluer des jeunes. Retrouver ces sensations toutes simples.
D’où vous vient cet amour pour le football?
– Tout petit, je rêvais déjà d’entrer à l’école de foot, mais Monsieur Rouiller, le responsable de l’époque, m’avait dit que c’était seulement à partir de 6 ans. Mon enfance, je l’ai passée dans la grande tour du quartier populaire des Crosets, sur les hauts de Vevey. On jouait tous les jours avec les copains dans le quartier, à la place Robin notamment et ses deux buts en métal. On osait tout, on essayait tout.
Quel est votre premier souvenir du terrain?
– Je me souviens de la première fois qu’on s’est trouvés dans un vestiaire: on était si heureux qu’on criait comme des fous. À un moment, la porte s’est ouverte et on a entendu une voix avec un gros accent yougoslave nous tancer: «Un vestiaire, c’est comme une église, on reste silencieux.» C’était Miroslav Blažević, à la fois entraîneur de la Une et des juniors. On avait perdu 10-1 notre premier match à Aigle.
Comme esthète, vous avez dû apprécier le récent sacre de l’Espagne?
– Cela a fait beaucoup de bien au football. Une équipe qui respecte le jeu, fait aimer le ballon. Avec l’Espagne, c’est la technique qui parle, conjuguée à une inégalable intelligence dans les déplacements. Tous les gamins aujourd’hui ont envie de jouer comme l’Espagne.
Et la Suisse et son quart de finale historique?
– Magnifique. Son plus grand exploit est d’avoir maintenu éveillé tout un pays à 3h du matin. Mais attention, cette équipe est un peu vieillissante. La nouvelle génération aura besoin de 2, 3 extra-joueurs, comme Xhaka, pour se maintenir à ce niveau.
On pense forcément à Johan Manzambi, élu révélation du Mondial par L’Équipe, rien que ça.
– Son explosion a été extraordinaire. Il amène de la légèreté, tente des choses, percute et toujours dans les 35 derniers mètres, la zone juste. Il me fait un peu penser au Shaqiri que j’avais chez les M17, tout petit, mais osant tout balle au pied.
Vous avez joué dix ans de 1975 à 1985, avec la Une de Vevey, dont quatre en LNA sous la conduite du mythique Paul Garbani. Une période inoubliable?
– Tout le sport veveysan vivait une époque bénie. Le samedi, les mordus allaient voir à 17h30 le Vevey Basket de Jim Boylan, champion suisse, puis ralliait le stade de Copet. À la maison, nous avons battu le GC de Heinz Herrmann, le Servette de Barberis en Coupe devant 3’000-4’000 spectateurs, tous les ténors, sauf Sion. Avec Garbani, cet homme merveilleux, on pouvait passer des entraînements entiers à enchaîner des petits matches, comme des gamins.
Vos trois garçons ont-ils suivi vos traces?
– Yann, l’aîné, était très doué lorsqu’il s’est déchiré les ligaments croisés du genou. Matthias a disputé quelques matches comme gardien du LS en LNA, Sébastien, le cadet, a aussi joué. À un moment, comme on était les quatre dans le foot, on ramenait nos habits à la maison, j’étais souvent absent, et c’est Anne mon épouse qui gérait tout. Elle a été phénoménale.
Aujourd’hui, vous pouvez mieux profiter de la vie avec elle?
– En novembre passé, on est partis un mois les deux au Vietnam puis au Japon, ce qui ne nous était jamais arrivé. Quel contraste entre ces deux pays. Et bientôt, ce sera la Laponie. On retrouve nos moments à nous.
Vous êtes toujours resté fidèle à la Riviera.
– Ce matin, depuis La Tour -de-Peilz, je suis venu à pied à notre rendez-vous. On ne se lasse jamais de se promener au bord du lac. Né à Vevey, j’aime sa vieille ville, ses boutiques, ses petits bistrots. C’est beau, tout simplement.
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