
Au fil des ans, le FIFALP, ex-FIFAD, a fait de la montagne une thématique qui va bien au-delà de la beauté de sa nature et des exploits sportifs. Elle est devenue une opportunité pour des régions d’altitude en mutation, notamment via le cinéma. | DR
La 57e édition du FIFAD aura été la première sous son nouveau nom, le FIFALP, pour Festival international du film alpin. Une façon de dézoomer, d’être plus conforme à l’envergure prise par le traditionnel rendez-vous estival de la station ormonanche, au succès croissant et dont le palmarès 2026 est connu (lire ci-contre).
Cet arc alpin, dont le festival se veut le garant, fait partie «de notre ADN», a rappelé son président Gilles Marchand. «La montagne devient un enjeu de société important, sur le plan sportif, environnemental, économique et humain.»
Et cinématographique. D’où le débat organisé jeudi dernier sur la thématique «Comment la montagne suisse peut attirer le cinéma mondial?», une collaboration inédite avec le Moving Mountains Forum, autre festival des Diablerets, dont la 15e édition est agendée les 7 et 8 octobre.
Des moyens limités
Les différents intervenants réunis au Centre des Congrès l’ont tous bien souligné. Désormais, la beauté et la force de nos montagnes sont devenues une opportunité à saisir pour des régions en forte mutation. Mais ces mêmes atouts suscitent des convoitises à l’international. À tel point que plusieurs d’entre eux, dont David Rihs, directeur de la maison de production Point-Prod (qui a co-produit la première série d’envergure suisse Netflix Winter Palace), ont parlé de concurrence «féroce» avec les pays voisins ou d’Asie au moment de décrocher des budgets, et même «d’industrie» du cinéma de montagne.
En termes d’incitation, la Suisse s’organise depuis une dizaine d’années malgré des réticences initiales, a rappelé la conseillère aux États fribourgeoise Isabelle Chassot, présidente de Cinéforom (ndlr: fondation qui réunit les Cantons et grandes villes romandes pour soutenir le cinéma) et ancienne cheffe de l’Office fédéral de la Culture (OFC). «C’est un soutien qui a été tout de suite très demandé.»
Mais qui a ses limites. Laurent Steiert, actuel co-directeur de la section cinéma de l’OFC, a évoqué «six millions alloués annuellement pour attirer et contribuer à des tournages, contre 50 à 60 en Autriche». La Confédération a d’ailleurs décidé de prioriser les coproductions internationales avec participation suisse.
Si comparaison n’est pas toujours raison, la série Netflix Winter Palace, tournée entre la Riviera et le Valais, a pu compter (entre subventionnements et participations de la SSR et du mastodonte du streaming) sur un budget record de 6 millions pour une série helvétique. Pour son homologue à succès mondial The Crown, produite par la même plateforme, on parle de 100 millions par saison…
Joachim Rausis, président de la Commune d’Orsières et du groupement de la population de montagne du Valais romand (qui représente les intérêts des communautés qui accueillent des tournages), n’en salue pas moins le mécanisme valaisan de remboursement des dépenses et d’incitation qu’il qualifie d’«innovant». «Le Valais est un lieu où l’on vient tourner depuis longtemps, mais ça a pris de l’ampleur. Au niveau international, nous n’avons aucune chance en termes de chiffres, mais ce n’est pas seulement une question de moyens, c’est surtout une question de volonté politique et il nous revient de la faire naître.»
Et Isabelle Chassot de rebondir: «Nous sommes d’ailleurs à un moment clé, puisque la Confédération va mettre en consultation sa nouvelle politique en matière d’aide au cinéma.»
Différents bénéfices
Comme d’autres, Tristan Albrecht, commissaire de Valais Film Commission et co-président de Switzerland film commission, a tenu à rappeler la question du «pourquoi on veut attirer des tournages». «On pense évidemment à l’économie directe générée, avec des équipes de tournage qui s’installent durant des jours ou semaines, avec des deniers qui tombent. On peut rechercher un intérêt culturel, sous l’angle des métiers du cinéma, du développement d’un savoir-faire, en proposant à des locaux de faire des expériences sur les tournages. Raison pour laquelle nous proposons une aide incitative de prise en charge d’une partie des salaires des Valaisans engagés. Enfin, il y a l’objectif touristique, qui consiste à montrer nos régions.»
Mais attention au risque de «surtourisme», a toutefois mis en garde Isabelle Chassot, en citant notamment l’exemple du village d’Iseltwald, qui a dû imposer des limitations drastiques après la folie engendrée par le tournage d’une scène clé de la série sud-coréenne Crash Landing on You sur les bords du lac de Brienz. Tous les intervenants ont acquiescé, en insistant sur la relation de confiance qui doit prévaloir sur le terrain.
Frank Senn, trente ans de réalisations à son actif en montagne, peut en témoigner. «Quand on tourne, on s’installe un certain temps et la population se sent partie prenante. À Zermatt, en tournant sur des guides de montagne, on a abouti à la création d’une société de production de fictions. Si on implique la population, elle y gagne sur le plan de l’économie, mais aussi de son imaginaire, avec la possibilité de créer une industrie qui contribue à conserver son identité.»
Le FIFALP avait le sourire samedi au moment d’honorer la sélection du jury. Plus de 15’000 festivaliers ont fait le déplacement aux Diablerets du 25 juillet au 1er août pour découvrir plus de 60 films de 12 pays programmés dans les deux salles de la Maison des Congrès. Le Grand Prix du Festival est décerné à Loving Karma, de Johnny Burke et Andrew Hinton (Inde). Deux films suisses ont été récompensés: Misol-Ha, réalisé et produit par Julien Monges, Gaspar Martinez-Aldama, Aleksander Bens (Prix de la narration, attribuée par le quotidien 24heures) et Grimper vers la lumière, du Valaisan Matthieu Fournier, une production RTS pour l’émission Passe-moi les jumelles (mention du Jury dans la catégorie «Verticale»). Les organisateurs soulignent deux autres «moments forts» de cette édition: la projection du dernier film de Vincent Munier, Le chant des forêts, et la présentation, en avant-première suisse, du film How to Live on Earth (hors compétition) en présence de son réalisateur britannique Fredi Devas. À noter qu’une sélection des films est disponible sur le Play RTS, Play Suisse et à l’antenne TV durant l’été. La prochaine édition du FIFALP se tiendra du 24 juillet au 1er août 2027.
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