Coup de gueule de voisins contre le Bachibouzouk

Les nuisances sonores émanant des terrasses du bistrot de quartier font l’objet d’une pétition de riverains. | N. Desarzens

Vevey
En passe de pérenniser ses terrasses, le café-bar s’attire les foudres de certains riverains à cause de nuisances sonores. Le gérant veut privilégier le dialogue avec les mécontents.

«Non aux nuisances sonores des terrasses du Bachibouzouk!» Par le biais d’une pétition, certains riverains du café expriment leur ras-le-bol. Les terrasses de ce bar de quartier situé à quelques pas du lac, proche du Jardin Doret, s’attirent leurs foudres. Leurs revendications? La fermeture pure et simple de ces dernières, pour la tranquillité et la protection de la santé du voisinage.

Lancé il y a moins d’un mois, le texte a récolté une quarantaine de signatures. Habitant le quartier depuis plus de 30 ans, François* refuse que l’intérêt d’un particulier – le gérant du Bachibouzouk –, prédomine sur le bien-être de tout un quartier. «Je n’ai rien contre le bar en soi, mais contre ses terrasses qui se trouvent sous les fenêtres de riverains», confirme-t-il. 

La pétition coïncide avec une mise à l’enquête pour pérenniser et agrandir la surface
extérieure de l’établissement veveysan.  

Autre son de cloche d’un voisin dont l’appartement donne sur les terrasses. «Ce n’est pas un problème en soi, car il n’y a pas de grosses fêtes, c’est plus une ambiance de café. Il faut souligner que cet établissement amène énormément au quartier!» 

Plaintes pour nuisances sonores

Si quelques voisins témoignent d’une situation «insupportable», c’est aussi à chercher du côté du préau du collège de la Veveyse, qui se transforme en caisse de résonance des discussions tenues à proximité. «Lors de fortes chaleurs, une fois la nuit tombée, impossible de trouver le sommeil, même avec des boules Quies», s’indigne François.

Au-delà du bruit, ce qui le dérange encore plus, c’est le sentiment que ce café-bar ne respecte pas ses obligations concernant les nuisances. «Les clients sortent fumer lorsque les terrasses sont fermées et font énormément de bruit dans les rues avoisinantes lorsqu’ils quittent les lieux», se plaint-il. 

Ce riverain s’étonne aussi des horaires d’ouverture étendus, en plein quartier résidentiel. Il suspecte une erreur du Canton dans sa notification de zones de sensibilité au bruit des bâtiments avoisinant le bar. Contactée, l’Association Sécurité Riviera (ASR) confirme qu’il y a eu «quelques plaintes pour nuisances sonores cette année» du côté de la Police du commerce, et une seule intervention de police au début du mois de juin.

Gérant de l’établissement, Adrien Colin souhaite apaiser les tensions et temporise en précisant que le lieu s’adapte  aux usages de sa clientèle. «On n’annule pas les besoins d’une population en supprimant un lieu. C’est un espace qui permet de cadrer les pratiques sociales tardives. D’ailleurs, c’est lorsque les terrasses sont fermées que les nuisances peuvent devenir plus notables.»

«Il est aujourd’hui vital pour nous de proposer des places en extérieur si nous voulons avoir une chance de garder une clientèle au retour des beaux jours», ajoute le bistrotier. Avec une capacité «intra-muros» de 45 places, le Bachibouzouk compte des terrasses annuelles de 16 places au total. Sa demande d’extension concerne «30 places réparties en deux espaces», informe le Service de l’urbanisme. La police des constructions précise qu’il s’agit «d’une nouvelle terrasse annuelle de 6 places» et d’une autre «de 24 places», dont 17 seront saisonnières.

Demande d’extension de la terrasse 

Certains riverains avancent que l’établissement bénéficierait d’un traitement de faveur de la part des autorités, à majorité de gauche, Adrien Colin étant par ailleurs conseiller communal sous l’étendard de décroissance alternatives. 

À noter que la pérennisation des terrasses concerne une trentaine d’établissements disséminés dans la Commune. «On ne prend aucune décision par le biais de copinage, mais sur la base de lois, recadre le syndic Yvan Luccarini. Les éventuels opposants seront reçus. Et je tiens à préciser que l’extension de ces terrasses est une mesure de pérennisation des suites du Covid, comme on en a fait avec plein d’autres établissements.»

Un rôle de bistrot de quartier

Préoccupé par les réactions virulentes et les oppositions à la mise à l’enquête, Adrien Colin est surpris, car il entretient des relations «fluides et amicales» avec le voisinage. «En reprenant ce bar centenaire il y a bientôt 10 ans, notre intention était de revitaliser son rôle historique de café-bar du coin de la rue.»

Lors d’un atelier participatif le 22 août dernier concernant le réaménagement de la rue Louis-Meyer – où se trouve le Bachibouzouk –, le gérant a été «très touché» de constater que l’établissement occupait une place fondamentale dans l’organisation de la vie de quartier. Signe que l’établissement fait désormais partie de l’ADN de cette zone du sud de la ville. «C’était extrêmement gratifiant de constater que la communauté au sein de laquelle nous vivons et travaillons reconnaît l’utilité sociale de notre travail.»

Adrien Colin espère que cette mise à l’enquête sera l’occasion de s’expliquer et de faire connaissance avec les pétitionnaires et opposants, afin de trouver des solutions aux points de friction.

* nom connu de la rédaction