«Dans la connaissance de l’espace, je crois avoir fait une différence»

Claude Nicollier a donné une conférence à La Tour-de-Peilz mercredi dernier pour évoquer les actualités spatiales et son expérience d’astronaute.  | K. Di Matteo

La Tour-de-Peilz
L’astronaute Claude Nicollier, 80 ans, était de retour sur ses terres mercredi dernier pour une conférence. L’occasion de se confier.

Avec ses quatre voyages dans l’espace entre 1992 et 1999, il fait partie des rares à avoir tutoyé la Terre d’en haut et à pouvoir livrer un regard unique sur notre planète. Claude Nicollier, premier astronaute suisse de l’histoire, 80 ans en septembre, était de retour sur les terres de son enfance, à La Tour-de-Peilz, pour s’exprimer devant une centaine de seniors lors d’une conférence organisée à la salle des Remparts par le centre de rencontres L’Escale. En marge des actualités de l’espace, il nous a consacré quelques minutes pour aborder les siennes. Décollage.

Claude Nicollier, que fait un ancien astronaute à la retraite?

Je suis veuf, j’ai deux filles qui sont rentrées des États-Unis et que je vois régulièrement, de même que mes quatre petits-enfants. Sinon, l’aviation toujours, j’ai eu ma licence de pilote militaire pendant 40 ans. Le sport, j’en fais un peu moins, mais je suis en bonne santé. Je vais marcher de temps en temps. Mais je n’ai pas beaucoup de loisirs. Je lis beaucoup. Mais je reste essentiellement la tête dans le spatial.

Pour être toujours à la page?

Exactement. Je me renseigne en détail, on trouve beaucoup de choses sur Internet. Les dernières nouveautés, ce qui se fait maintenant. D’où le titre de ma conférence du jour «Dernières nouvelles de l’espace», même si je vais parler aussi de mon expérience (lire ci-contre). Mais si vous parlez du lanceur Starship, de Space X, il faut être au courant, savoir ce qu’ils vont faire, être précis.

D’autant que vous enseignez toujours?

Oui, depuis que j’ai quitté l’ESA en 2007 (ndlr: European Space Agency), j’ai continué à enseigner à l’EPFL. J’ai tellement appris que je ne voulais pas que ça disparaisse et j’ai consacré jusqu’à la moitié de mon temps dans l’enseignement. Je donne aussi pas mal de conférences, dans des écoles, universités, à l’ETHZ, à Zurich, qui développe un Master en systèmes spatiaux. 

Etes-vous en contact avec votre successeur, le Bernois Marco Sieber?

Je le connais bien, je l’ai suivi durant son processus de sélection à la NASA, on se parlait souvent par Zoom. Il a beaucoup de qualifications, je l’ai vu monter et il a fini dans les 5 sélectionnés pour les prochains vols. Là, il est à Houston. Il va être un représentant tout à fait brillant de l’Europe et de l’humanité. C’est important que la Suisse continue d’être représentée dans ce cercle serré.

Vous êtes en souci pour la Terre et aimez dire que nous n’avons pas de planète de remplacement.

La planète ne va pas bien et c’est de notre faute. Certains font des efforts, d’autres beaucoup moins. D’autres encore disent que nous sommes fichus et rêvent de coloniser Mars et les satellites de Jupiter. À très long terme, peut-être, mais aujourd’hui nous ne parlons que d’exploration. Et je parle de ces prochaines décennies. Dans 500 ans, je n’en sais rien.

Auriez-vous envie de retourner dans l’espace?

Non, j’ai 80 ans, ça n’aurait pas de sens. J’ai eu une chance incroyable, notamment de pouvoir approcher le satellite Hubble. Mais si on me demandait d’y retourner, je dirais non. Je me sentirais presque mal à l’aise d’accepter. Je préfèrerais que quelqu’un d’autre ait cette chance, pour lui ouvrir les yeux sur un environnement phénoménal. Je laisserais plutôt ma place à une de mes filles ou un de mes petits-enfants. 

Vous avez dit par le passé avoir le regret de ne jamais être allé sur la Lune. 

Marco Sieber ira pour moi. Il sera probablement le premier Suisse à y aller, dans les années 2030, via le programme Artemis notamment. 

De ces 43 jours et plus de 1’000 heures de vols dans l’espace, que gardez-vous le plus chèrement? 

Le moment très fort, c’est la première fois où j’ai touché le télescope spatial Hubble avec mes mains gantées. C’était comme un ami proche qu’on serre contre soi. J’ai participé à quatre missions pour contribuer à sa bonne santé. C’est un outil fabuleux qui nous a fait mieux connaître l’univers. L’important, je crois, c’est d’avoir contribué à faire une différence. Oui, je crois avoir fait une différence.

Une conférence «particulière»

Claude Nicollier avouait mercredi dernier que «cette conférence-ci est un peu particulière, cela fait des années que je n’en ai plus donné à La Tour». Devant un public conquis, dont certaines connaissances, l’astronaute a abordé quelques «actualités de l’espace», comme son successeur Marco Sieber, Artemis, le programme qui ambitionne de réaliser une base spatiale au pôle sud de la Lune, ou les dernières grandes avancées technologiques. «Aujourd’hui, on pilote les nouveaux modules comme un jeu sur son téléphone.» Il s’est aussi dit persuadé que l’Homme aura marché sur Mars d’ici à 20 ans et a exprimé son inquiétude au sujet de notre planète et ses abords, encombrés de débris spatiaux. De la déforestation et de la montée des eaux, également, dont on voit si bien l’avancée grâce aux clichés pris depuis l’espace. Le public s’est toutefois surtout enthousiasmé pour l’expérience de l’astronaute, ses souvenirs de vols, en premier lieu sa sortie de décembre 1999, 8 heures durant au chevet du télescope Hubble. À l’heure des questions, on a voulu en savoir plus sur les vitesses, les combinaisons, les temps de récupération au retour de mission et les menus à bord. «Bœuf bourguignon, spaghettis with meatballs ou encore broccolis en gratin… lyophilisés.»

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