
Après s’être emparée de «Ruy Blas» de Victor Hugo, puis des «Trois Mousquetaires» d’Alexandre Dumas, la Cie Les Exilés s’attaque cette fois au film réalisé par Marcel Carné, sur un scénario de Jacques Prévert. Un long-métrage classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. | C. Alex
Un monument du cinéma français dans un décor enchanteur: voilà de quoi marquer le 20e anniversaire de la compagnie les Exilés. Spectacle phare de la manifestation qui se déroule dans la Tour vagabonde, la troupe s’empare des «Enfants du Paradis». «Nous avons bien sûr ajusté le film pour le transformer en spectacle théâtral, mais tout le texte c’est du Prévert», précise d’emblée le comédien Steve Riccard, aussi metteur en scène.
Chef-d’œuvre du réalisme poétique, cette superproduction française affiche une durée de plus de 3 heures, qui peut en refroidir certains. «L’adaptation théâtrale pour grand public impliquait forcément des coupures. Idéalement, nous visons un spectacle de moins de 2 heures», détaille Laurent Weber, président du festival. «Mais attention, parce que si on coupe trop Prévert, ça devient moche!», prévient Steve Riccard.
Faire vivre un scénario sur les planches
Dans une tour en bois d’inspiration anglaise du XVIIe siècle, la Cie les Exilés invite le public à faire un voyage dans le temps pour se plonger dans le Paris sulfureux du XIXe siècle. Un travail important de la mise en scène va se concentrer sur le jeu avec et dans l’espace. «Les comédiens se retrouveront dans le public, dans les étages de la Tour, poursuit le comédien et metteur en scène. La mise en scène vise à créer un environnement propice à l’immersion.»
Un voyage temporel, un dialogue entre les siècles. Et surtout une ode à la beauté éternelle de l’art dramatique. Retranscrivant les liens unissant théâtre et cinéma, «Les Enfants du Paradis» se focalise aussi sur une histoire d’amour impossible et meurtrière. Un engouement passionnel qui réassène avec force «que le théâtre c’est la vie et que la vie est un théâtre», sourit le comédien Olivier Lambelet.
«Nous allons favoriser un décor minimaliste, car la Tour vagabonde est un cadre suffisamment grandiose en soi, détaille Steve Riccard. Une attention particulière sera portée sur les éclairages, afin de signaler les différents lieux de l’histoire.» En outre, des projections habilleront la scène. Un générique de film débutera et clôturera la pièce, en clin d’œil au long-métrage de Marcel Carné qui s’ouvre, lui, sur une scène de théâtre.
Histoire d’amitié
À l’origine de cette aventure un peu folle, il y a une pièce passion, «Cyrano de Bergerac» d’Edmond Rostand, montée il y a dix ans. «C’est l’œuvre fétiche de Steve Riccard. Il vit Edmond Rostand!», glisse Laurent Weber. Une fulgurance qui motive ensuite la compagnie à créer un festival de théâtre dans leur région. «Avec un projet d’une telle envergure, nous avions envie d’avoir une grande production pour recréer l’esprit de troupe», poursuit Olivier Lambelet. Une belle occasion aussi de marquer les dix ans de la compagnie et de remotiver les troupes.
Fondée à Paris, cette dernière est le fruit de quatre comédiens dont font partie Steve Riccard et Olivier Lambelet. Deux Suisses «exilés» dans la capitale pour parfaire leurs études théâtrales et qui se retrouvaient régulièrement dans l’appartement d’un certain Laurent Weber, autre expatrié dans la métropole. «Cette compagnie, c’est surtout l’histoire d’une amitié. On habitait la même région et on se connait depuis notre adolescence», souligne Olivier Lambelet. Les Exilés reviennent s’installer dans la région il y a une quinzaine d’années pour ne plus la quitter, toujours avec le même amour du texte.

Après deux éditions en 2018 et 2021, «l’âme du festival demeure, mais avec une baisse de voilure». Président de de la manifestation, Laurent Weber se réjouit de réinvestir la Tour vagabonde dans la cité boélande.
Quelles sont les différences avec les deux éditions précédentes ?
- Nous avions organisé beaucoup plus de concerts après les pièces de théâtre et il y avait aussi davantage de spectacles. Nous avons désormais trois semaines de festival, au lieu de quatre en 2018. Nous avons préféré, pour renforcer notre structure après la pandémie, nous focaliser sur une programmation plus restreinte mais toujours aussi qualitative, qui place le texte et le verbe au centre.
Votre objectif est-il
toujours d’inciter le grand public à venir écouter du théâtre ?
- Bien sûr! Le fait de poursuivre notre collaboration avec la Tour vagabonde est significatif à ce niveau. Cette magnifique structure en bois, qui fait écho au célèbre théâtre élisabéthain de Shakespeare à Londres, crée l’événement et draine un public plus large. Avec cet événement théâtral ponctuel, nous aimerions devenir un peu au théâtre ce que Knie est au cirque, un événement emblématique qui draine un public de tous horizons.
Comment constituez-vous votre
programmation ?
- Nous tenons à avoir des troupes régionales. Ainsi, 80% des artistes proviennent de Suisse et 20% sont des compagnies francophones, soit de Belgique, soit de France. Mettre en lumière la richesse théâtrale locale, ça fait toujours partie de l’ADN du festival.
