
Gauche: Alizée Delgado ne connaît pas la date exacte du début de son périple d’avril, mais elle ralliera Vanne, en Bretagne, depuis Leysin. | DR
Droite: Katia Maffli s’envole pour la Nouvelle-Zélande. Là-bas, la Veveysanne prévoit un périple de 3000 kilomètres en solitaire de Cap Reinga à Bluff. | DR
Quand on a tant d’énergie à dépenser, autant faire coup double. À quelques kilomètres de distance, Katia Maffli, la Veveysanne, et Alizée Delgado, la Leysenoude, ont décidé de sortir de leur zone de confort pour relever un défi de taille: parcourir des centaines, et mêmes des milliers de kilomètres, à la force des mollets.
Si elles entendent repousser certaines limites personnelles, une motivation plus altruiste les animera: apporter leur contribution à la lutte contre deux fléaux des temps modernes, à savoir le suicide et le harcèlement scolaire.
Alizée Delgado allie grâce et volonté
Elle aime s’imposer des défis et déjouer les pronostics. En 2024, Alizée Delgado avait pris son courage à deux mains pour s’inscrire au casting de Miss Suisse francophone et incarner les belles de podiums (voir édition 156, 29 mai 2024). Changement de registre en avril prochain: l’assistante de direction d’une clinique de la station des Alpes vaudoises, 33 ans, ralliera à vélo la Bretagne de son enfance au départ de Leysin, soit 963 km. D’où lui est venue cette idée, elle qui n’a jamais fait de vélo? «Mon père prépare son propre road trip sur deux-roues. S’il le peut, moi aussi.»
Elle aussi a décidé d’ajouter une dimension caritative à son aventure. Ce faisant, elle a jeté son dévolu sur l’Association VIA, qui s’engage pour prévenir le harcèlement scolaire (association-via.ch). «Je n’en ai pas été victime, mais c’est un thème qui me bouleverse plus que d’autres. J’ai par ailleurs rencontré l’étudiant en psychologie qui a co-créé VIA et je l’ai trouvé très inspirant.» Hasard du calendrier, un mois après Alizée, les participants au Ki-Bike Tour 2025 mouilleront eux aussi le maillot pour cette association (voir encadré).
Alizée ne connaît pas encore sa date exacte de départ, qui dépendra de la météo. «J’ai deux semaines maximum pour mon projet, obligations professionnelles obligent. Je me laisse entre sept et dix jours pour faire le trajet en vélo, mais ça ne sera pas une course contre la montre non plus, même si je me réjouis de retrouver quelques amis et membres de ma famille à l’arrivée. Je posterai des vidéos quotidiennement pour qu’on puisse me suivre dans mon périple.»
À l’entendre, les nombreux encouragements de ses amis et proches sont un carburant nourrissant, de même que le soutien économique de plusieurs entreprises locales et d’un grand magasin d’articles de sport.
Si le monde du deux-roues lui est quasiment inconnu, sa condition physique reste enviable. Course, danse, cardio: elle s’entraîne quotidiennement. «Même si j’avoue qu’après ma première sortie de 15 km à vélo, j’ai eu mal partout!», grimace-t-elle.
Du reste, si elle est résolue, elle n’est pas téméraire: elle sera constamment géolocalisée via trois bornes GPS. «Plusieurs personnes me suivront en ligne, dont la police au besoin.»
Tout de même: son absence d’expérience cyclophile ne lui fait-elle pas craindre d’échouer, sachant qu’elle veut s’imposer des journées de minimum 100 km? «J’ai une petite force, mais une grande obstination. Et plus j’entends certaines personnes me dire que je n’y arriverai pas, plus je suis motivée.»
Katia Maffli aligne les kilomètres pour briser le silence
Il est des épreuves qui bouleversent et qui inspirent à la fois. À 29 ans, Katia Maffli va enfourcher son vélo pour un périple à travers la Nouvelle-Zélande. 3’000 kilomètres en solitaire de Cap Reinga (Nord) à Bluff (Sud) à la seule force de ses jambes. Un défi physique immense, porteur d’un message fort: libérer la parole sur une thématique dure, le suicide.
Derrière cette aventure se cache une douleur immense. À la fin de l’été dernier, Katia a dû affronter une épreuve à laquelle personne n’est jamais vraiment préparé. Après plus de cinq ans de relation, son compagnon a mis fin à ses jours. Une tragédie aussi brutale qu’incompréhensible qui laisse un vide abyssal pour cette jeune Veveysanne. «Je n’aurais jamais imaginé vivre une perte comme celle-ci… je suis passée par plusieurs états et j’en ai beaucoup parlé avec mes proches. On se demande toujours ce qu’on aurait pu faire pour l’éviter.» Une fois le premier choc passé, Katia a reçu énormément de soutien de la part de son entourage. Et toujours cette même question: et maintenant, que retirer de cette épreuve?
Très rapidement, Katia s’est rendu compte qu’il y avait en elle un gouffre qu’il fallait combler. Comme il fallait aller loin, l’idée de la Nouvelle-Zélande s’est imposée comme une évidence. Mais c’était surtout un projet de voyage qu’elle partageait avec son allié de toujours. Le vélo s’est ensuite assez logiquement intégré à son périple. Katia a préparé la monture de ses rêves pour l’occasion. «Je vois mon vélo comme un compagnon et comme un moyen de me retrouver avec mes pensées et je sais que c’est ce qu’il me faut.» À travers cette démarche, la Veveysanne veut libérer la parole et briser les tabous qui entourent le suicide. «Personne ne devrait culpabiliser ou avoir honte de ne pas aller bien ou de traverser une phase difficile, et encore moins d’avoir des idées noires. Personne ne devrait se sentir seul avec tout ça», confie-t-elle non sans émotions. Alors oui, ce voyage est une thérapie personnelle, une aventure, mais aussi un appel à parler de la santé mentale en général.
Katia partira ce samedi pour la Nouvelle-Zélande. Elle emporte son vélo et son paquetage de 26 kilos et espère boucler son périple entre un et deux mois.
Parrainez ses kilomètres
Si Katia Maffli décide d’entreprendre seule ce voyage, tout le monde peut participer en la parrainant. Un montant est défini pour chaque tranche de 100 km. Le total sera ensuite reversé à l’Association Stop Suicide, qui œuvre depuis 25 ans pour la prévention et la sensibilisation auprès des jeunes.
Si vous vous inquiétez
pour vous ou un de vos
proches, contactez de manière
confidentielle, 24h/7j.
147 : ligne d’aide Jeunes (147.ch)
143 : la main tendue, ligne d’aide Adultes (143.ch)
144 : urgences médicales
Trouver le bon interlocuteur pour un enjeu en particulier :
www.santepsy.ch / www.stopsuicide.ch
Comme Alizée Delgado, tout un chacun pourra rouler pour l’Association VIA le 11 mai en participant à la première édition du Ki-Bike Tour sur la Riviera et en Veveyse. Organisé par le Kiwanis Vevey-Montreux, avec le soutien de la Commune de Blonay-Saint-Légier, vous aurez l’occasion de parcourir 29 km (parcours découverte) ou 39 km (parcours aventure) au départ de Blonay, Montreux ou Vevey, jusqu’à Châtel-Saint-Denis, avec étape gourmande à Châtel (et une deuxième à Blonay pour les «aventuriers»). Tarifs: 40 francs adulte, 20 francs de 14 à 18 ans, gratuit en dessous de 14 ans (accompagné). Possibilité de sponsoriser l’événement. L’entier des rentrées ira à l’association. Le Kiwanis organise en parallèle des Tables de soutien les 8 et 9 mai midi et soir, le 10 le soir, au Pré des Oches. L’événement se greffera sur la journée Vivre Ensemble organisée par Blonay-Saint-Légier.
ki-bike.ch
