
De cinq jours d’ouverture, AACTS est passé à quatre, afin de garantir un accueil qualitatif et sécuritaire.
«C’est pas cool. Déjà que l’espace n’est ouvert que par demi-journée et ferme le week-end…» En «habitué des lieux», Thierry* doit trouver des alternatives pour pallier la fermeture de la Fondation AACTS (pour Addiction, Action Communautaire, Travail Social) les lundis. «Je dois donc aller sur Lausanne et je me fais amender dans le train. C’est cher payé pour se nourrir.»
Depuis plus d’une semaine, les usagers se retrouvent en effet face à une porte close le premier jour de la semaine. L’institution a décidé de réduire temporairement ses jours d’ouverture à cause d’un dérapage entre bénéficiaires aux abords de la structure. Une situation qui révèle l’explosion de la demande, générant des tensions entre les différents publics gravitant dans le quartier.
«C’est une solution du moindre mal pour garantir la sécurité de ce microcosme social», estime cette fondation, qui tient à préciser qu’elle n’est pas un lieu de consommation de drogues. «Si les travailleurs sociaux surprennent une quelconque tentative de deal, la personne est expulsée. Notre espace doit être un lieu sûr pour tout le monde», souligne le président de son Conseil de fondation, Jérémy Erismann.
Calmer le jeu
«Une escalade a eu lieu, et elle a été prise en charge par la police, poursuit le responsable. Il est important de réagir rapidement pour éviter qu’une telle étincelle ne se transforme en brasier.»
De concert avec le personnel et les bénéficiaires, la fondation a donc décidé de concentrer actuellement son énergie sur une ouverture à quatre jours, de mardi à vendredi. «La sécurité, c’est un enjeu collectif. Face à l’augmentation de la fréquentation de nos locaux, nous voulons maintenir nos missions dans des conditions plus adaptées.»
Une mesure préventive donc, couplée à une réorganisation des équipes pour permettre aux travailleurs sociaux d’être plus nombreux lors des ouvertures. Ce renforcement des effectifs va au-delà de la simple présence. Son objectif est d’améliorer et stabiliser les conditions de vie des usagers, alors que l’AACTS observe sur le terrain une augmentation de la précarité.
Un indicateur ne trompe pas: celui du nombre de personnes recourant aux prestations d’hygiène, dont la douche. «De 130 contacts mensuels, nous sommes passés à plus de 300 durant l’été. Cette fréquentation s’est stabilisée aujourd’hui, détaille Jérémy Erismann. C’est une prestation emblématique, car elle révèle le sans-abrisme des personnes.»
Comment expliquer ce phénomène?
Entre inflation actuelle et baisse des prix des stupéfiants, difficile d’avoir une réponse précise tant les situations individuelles sont complexes. Mais selon Jérémy Erismann, un fait est clair: beaucoup de personnes descendent d’un seuil social.
Face à cette hausse importante de la précarité, l’espace d’accueil a modifié son fonctionnement pour répondre à l’afflux de personnes. Ce n’est plus une logique de «premier arrivé, premier servi». Ce genre de système suscitait des attentes à l’extérieur des locaux, jusqu’à parfois trois heures avant son heure d’ouverture. Une situation propice à l’émergence de tensions.
Mesure transitoire
Mais une fois les portes closes, où vont les gens? Jérémy Erismann est bien conscient que cette mesure ne résout rien, mais qu’elle permet de temporiser. «Actuellement, nous ne savons pas si cette situation est un feu de paille ou si elle va perdurer. Nous sommes en train de réfléchir à des solutions pour obtenir des fonds supplémentaires en cas de pérennisation.»
Plus de personnes pour un espace et un personnel fixe; une problématique qui doit être examinée, notamment de la part des soutiens publics que sont la Confédération, le Canton et l’Association régionale d’action sociale (ARAS) Riviera. Et Jérémy Erismann de conclure que AACTS n’est qu’un maillon dans le filet social existant.
