Florilège d’accents hors des sentiers battus

Les coureurs et coureuses décryptent les cartes pour se lancer le plus efficacement à la recherche des balises.  | S. Schletti

Morgins
La région des Portes du Soleil accueille jusqu’au 18 juillet plus de 3’000 coureurs venus du monde entier. La première étape du Swiss Orienteering Week a déjà fait le plein ce dimanche.

En ce deuxième dimanche de juillet, il fait un temps superbe à La Foilleuse. Au sommet de la télécabine de Morgins, le coup d’œil sur les Dents-du-Midi est imprenable. C’est dans ce décor de rêve qu’a lieu la première étape de la Swiss Orienteering week qui tous les deux ou trois ans réunit en Suisse, une semaine durant, des milliers de mordus de course d’orientation. Et à voir la fourmilière de coureurs qui a envahi les hauteurs, on a le sentiment d’assister à un véritable pèlerinage, une sorte de Woodstock des alpages.

Cette 11e édition se déroule jusqu’au 18 juillet, une première pour la Suisse romande, toutes les précédentes ayant eu lieu de l’autre côté de la Sarine, à Zermatt, à Laax et à Flims dans les Grisons notamment. Au programme de la semaine, pas moins de six étapes en sept jours, à Morgins, aux Crosets, mais aussi côté français à Châtel et à Avoriaz.

Tout n’est pas une question de temps

Pour cette édition organisée par Les Portes du Soleil, ils sont quelque 3’000 inscrits représentant pas moins de 36 pays. Ça parle schwyzerdütsch, français, anglais, hollandais, tchèque, mais aussi chinois et japonais. Pas moins de 50 Australiens ont fait le déplacement et tous les âges se côtoient, de 10 à 96 ans pour le doyen. 

«C’est chaque fois une occasion pour eux de passer une semaine de vacances à la montagne, souvent en famille, en partageant leur passion commune», souligne Annina Müller, responsable communication de l’événement. À l’arrivée, les coureurs récupèrent à la bonne franquette. Sur des couvertures, avec leur incontournable carte à la main, ils refont leur course: «Et toi, t’es passé par où?»

Lors de cette dernière, ils sont allés puiser dans leurs ressources physiques et mentales. Les coureurs ne recevant la carte avec la vingtaine de balises à atteindre qu’au départ, rien ne peut être prévu à l’avance. «Durant toute la course, on a toujours un œil rivé sur notre plan en essayant de ne pas se tordre une cheville», sourit Sarah (40 ans), de Dijon. 

Tous les paramètres de la région traversée sont soigneusement détaillés sur le fameux document: densité de la végétation, répartition  des cailloux, clôtures, trous, arbres. Aucun itinéraire n’est imposé, chacun est libre de choisir le sien équipé d’un doigt électronique qui déclenche les balises au fil de la course. «Contrairement à des trails, ce n’est pas forcément le plus rapide qui l’emporte, le décryptage de la carte joue un rôle tout aussi important, enchaîne Sarah. Plus qu’une course, c’est une aventure en pleine nature qui nous permet de découvrir des endroits où on n’irait jamais autrement, de sortir des sentiers battus, au sens propre du terme.» 

De l’autre bout du monde

De nombreux Suisses s’alignent également lors de cette compétition, à l’instar de Franz, de Truttikon (ZH). À 79 ans, il vient de boucler les 4 kilomètres de la catégorie des plus de 75 ans, en 1h30 environ. «C’était difficile, très caillouteux, il y avait beaucoup de montées, mais j’ai eu du plaisir!» Renata, son épouse, 77 ans, court encore à l’heure de l’interview. Ce couple est un habitué des Swiss Orienteering weeks. «Renata les a toutes faites depuis le début, raconte Franz. C’est chaque fois pour nous l’occasion de quitter la maison et de passer une belle semaine les deux à la montagne.»

Géologue de 39 ans, Kevin vient lui depuis bien plus loin. Son t-shirt à l’effigie de la Nouvelle-Calédonie nous donne un indice. Passionné de course d’orientation depuis l’adolescence, il vit sur cette île paradisiaque située dans le Pacifique Sud, mais il a profité d’un séjour en Suisse pour participer à cet événement dont il avait tant entendu parler. «Un couple d’amis venant aussi de Nouvelle-Calédonie m’a rejoint cette semaine juste pour la course», raconte-t-il. Il a trouvé le parcours «piégeux, beaucoup plus pentu que ceux de chez nous». 

Susciter l’envie de revenir

Du côté des autorités et des organisateurs, on est ravis de la bonne fréquentation. Le président du Conseil d’administration de Région Dents du Midi Henri-Pierre Galletti a arraché la manifestation de haute lutte face à la concurrence d’autres stations. «C’est une très belle opportunité avec près de 30’000 nuitées sur la semaine. Comme il était impossible d’accueillir autant de monde uniquement côté suisse, on s’est associés à la Commune de Châtel. Son maire Nicolas Rubin a immédiatement été emballé par le projet et il a bien fait!»

La présidente de Troistorrents, elle, voit surtout les retombées à venir pour sa commune et toute une région. «C’est la première fois que Morgins reçoit une manifestation sportive d’une telle ampleur. Beaucoup de coureurs sont suisses-allemands, note Corinne Cipolla. J’espère bien que ces courses leur donneront envie de revenir chez nous!»

GALERIE