
Aux abords de la place du Marché à Vevey, le Château de l’Aile a retrouvé sa splendeur originelle grâce à la dernière rénovation terminée en 2017.
| O. Meylan – 24 heures
Propriété de l’industriel et homme d’affaires Bernd Grohe, l’édifice s’apprête à monter en grade. La raison? Le propriétaire a demandé au Canton de le classer comme monument historique, «tout à fait conscient de la valeur exceptionnelle de son bien», précise le Département du patrimoine.
Mis à l’enquête, ce projet de décision de classement ne devrait susciter aucune opposition, le propriétaire de ce bâtiment étant l’instigateur de la demande de protection.
Un scénario somme toute théorique, car la réalité a court-circuité les pronostics. Une fois le délai de la mise à l’enquête échu (ndrl: jeudi dernier), une seule opposition a été déposée. Et, surprise, l’opposant n’est autre que… Bernd Grohe.
Contacté, l’homme d’affaires allemand préfère rester discret. Il parle ainsi «d’un délai trop court» pour étudier pleinement la décision de classement, tenant toutefois à souligner qu’il va «probablement la retirer». Une opposition qui a «surpris» le Département du patrimoine, qui ne souhaite pas commenter davantage pour l’heure.
Château «avant-gardiste»
Recensé à l’inventaire cantonal depuis 1985, «cet ensemble possède toutes les caractéristiques requises pour justifier un classement comme monument historique», estime le Canton. Situé au sud-ouest de la Grande Place, le château «constitue une œuvre <d’avant-garde>» et «l’un des tout premiers édifices civils de ce style à être bâti dans notre pays», précise l’autrice de la fiche de recensement Noémie Descoeudres.
Tourelles, sculptures en molasse et jardin d’agrément: outre les façades et leur décor spectaculaire, l’intérieur du Château de l’Aile rivalise de détails somptueux. Que ce soit un pavage de marbre noir et blanc, des stucs ou encore des lambris à moulures peintes, la métamorphose de l’édifice, achevée en 2017, en fait une construction majeure du néo-gothique vaudois.
En cas de classement, le propriétaire sera tenu de veiller à la conservation du bâtiment dans son intégrité et de pourvoir à son entretien. «Toute intervention sur cet objet devra être préalablement autorisée par le département, et pourra être soumise à des conditions spécifiques», précise la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP).
En résumé: les réaménagements ou modifications architecturales devront être préalablement approuvés par le Canton.
Outre ce cas veveysan, le Canton a aussi décidé d’étendre le classement de l’Église Saint-Vincent et de sa chapelle à l’ensemble de la parcelle. Ces dernières sont inscrites comme objet d’intérêt national depuis plus d’un siècle, soit la note 1, la plus haute. Le projet actuel est d’y incorporer la terrasse supportant les édifices ecclésiaux, les murs et la fontaine. Une manière de reconnaître la valeur historique et paysagère de cet ensemble. Vaste balcon en tuf (ndlr: roche poreuse) dominant le sud-est du village des Planches, cette esplanade offre une vue imprenable sur le Léman et les Alpes. Il s’agit de l’un «des rares plans horizontaux naturels de toute la région», précise le DGIP. Propriétaire de l’église, la Commune de Montreux devra aussi veiller à la conservation de ces constructions. Une mesure qui ne va pas impliquer de grands changements, selon les autorités. «La parcelle fait déjà l’objet de mesures de conservation et de protection particulières en raison du classement en note 1.» Ce projet d’extension de classement n’a pour l’instant suscité aucune opposition.
