
Les participants s’entraînent à lire en patois, sous l’œil bienveillant de leur professeur Jean Dénervaud (en bout de table), avec l’autrice
Ana Cardinaux-Pires à sa droite. | É. Dottrens
20 heures tapantes ce jeudi soir à Porsel lorsque Jean Dénervaud, ouvrant son livre de contes fribourgeois en patois, salue la tablée. Ce soir, ils vont, les uns après les autres, lire quelques extraits. D’abord en langue originale, pour ensuite traduire en français phrase par phrase. Un exercice auquel ils s’attellent avec entrain et entraide. Et s’ils sont là, c’est par amour de cette langue, et leur envie de la préserver.
Car le patois n’est plus monnaie courante dans le quotidien des Fribourgeois. Comme de nombreuses langues vernaculaires, il est même en grave danger de disparition. Si peu de chiffres existent pour connaître ses derniers locuteurs, leur distribution géographique ou leur âge, il reste que parmi le groupe présent ce soir-là, on se fait du souci pour la relève.
«Il y a eu quelques jeunes, au début, mais ils n’ont pas fait long feu», se souvient Jean Dénervaud. «La langue se perd, parce que les anciens disparaissent! Ma génération l’a beaucoup entendue, sans jamais bien la parler. C’était un peu ringard, mais il y a un regain d’intérêt depuis que les gens se sont rendu compte qu’il serait vraiment dommage de la perdre.»
«Un kalindrê» bien chargé
Autrice d’un livre jeunesse (voir encadré), l’écrivaine Ana Cardinaux-Pires était aux manettes de cet atelier de patois. «C’était une demande de la population. Ils voulaient se mettre au défi de transmettre leur langue.» Si les plus jeunes ne viennent plus aux cours, les plus anciens sont fiers de continuer à lire et à partager ce dialecte.
Une initiative chapeautée par la Société cantonale des patoisants fribourgeois, elle-même divisée en quatre amicales régionales. Celle de la Veveyse, surnommée «Lè Takounè», «les tussilages» en français, propose aussi des cours pour les élèves intéressés au cycle d’orientation. «Beaucoup des élèves présents ont fait d’énormes progrès depuis le début, il y a deux ans!», se réjouit Jean Dénervaud.
Parmi les autres activités proposées par l’amicale, il y a également la comédie «Tyè por on patyè?» qui tournera aux quatre coins du canton durant le mois de mars. Des verts pâturages de la Veveyse aux feux de la rampe, le patois semble bien parti pour se tailler une place de choix sur la scène régionale.

«Puédè-vo m’idji a rètrovâ le tsemin dè ma méjon, chôpyé?», demande Lobo, un petit husky perdu dans les alentours de Porsel, qui cherche à retrouver sa maison. Publié en octobre passé, «Lobo, le petit husky et la forêt magique» est un livre bilingue pour enfants, rédigé par Ana Cardinaux-Pires. Une première publication de la Société cantonale des patoisants fribourgeois, fondée en 1960. Véritable travail de groupe, le livret a également bénéficié de la participation de l’illustratrice Déborah Maradan, d’Anne-Marie Balma pour la traduction, et de la voix de Pascal Ducret pour la version audio.
"La langue se perd, parce que les anciens disparaissent!"
