
Sara Gomes arbore fièrement la veste de l’École de ski G’lys depuis 11 ans. | DR
Dans le café du centre des Paccots où elle attend, Sara Gomes est concentrée sur son ordinateur portable. Même la haute saison terminée – le domaine skiable des Paccots a fermé le 8 mars – , la nouvelle directrice de l’École de ski G’lys n’a pas une minute à perdre. «C’était une saison intense! On a eu de la neige, beaucoup de clients, je ne pouvais pas espérer mieux pour une première année», sourit-elle.
Si elle embrasse sa nouvelle fonction à bras le corps, rien ne la prédestinait à enseigner le ski en Veveyse. Née au centre du Portugal, bien loin des Alpes, c’est sa passion pour le sport qui la mènera à découvrir les joies de la glisse.
Du ballon rond aux pistes enneigées
«En maternelle, je suis tombée amoureuse de mon prof de sport, raconte-t-elle en riant. J’ai annoncé à ma mère que je voulais faire le même métier.» En grandissant, elle garde son objectif en tête et entreprend des études en sport à l’université. Elle mène en parallèle une carrière de futsal (ndlr: le football en salle) à haut niveau. Sa passion pour le ballon rond ne l’a toujours pas quittée, notamment lorsqu’il s’agit de soutenir le FC Porto, au grand dam de son père. «Ma famille a toujours soutenu le Sporting. C’est mon esprit de contradiction qui m’a fait choisir Porto. Depuis, nous avons remporté une vingtaine de titres, je n’ai aucun regret!»
Ironiquement, c’est en partant étudier dans une ville célèbre pour son club de foot qu’elle se retrouvera pour la première fois sur les lattes. «Lors de mon Erasmus à Barcelone, je devais choisir un sport <extrême> dans mon cursus. Mes amis ont opté pour le ski, je les ai suivis.» Le sentiment de liberté que cela lui procure la charme immédiatement. De retour au pays, elle continue à pratiquer. Après seulement trois saisons, elle passe un premier diplôme en Espagne qui lui permet d’enseigner. Puis elle fait ses armes de monitrice dans une petite station portugaise.
Saut dans l’inconnu
Mais ce n’est pas parce que Sara s’est prise de passion pour le ski qu’elle s’imagine déménager en Suisse. C’est son partenaire de l’époque qui, en 2014, insiste pour qu’ils émigrent ensemble. Sara ne parle pas français et ne voit pas comment elle pourrait trouver du travail. Mais ses parents vivent déjà à Martigny depuis quelques années, et elle décide de tenter l’aventure. Elle pose donc ses valises en Valais.
Alors qu’elle tente de trouver ses marques dans un univers qu’elle ne connaît pas, un homme va lui donner sa chance, Christophe Grenard, qui est à la tête d’une petite école de ski aux Paccots. «Il m’a engagée pour la saison, à condition que j’apprenne le français. J’avais un mois!», se souvient-elle. Elle se met donc intensivement à la langue de Molière. Autodidacte, elle apprend par la lecture et en écoutant la radio. Et un mois plus tard, elle donne son premier cours. «C’était un peu sport au début, mais les enfants sont gentils. Ils se moquaient de mes fautes et je progressais avec eux.»
Si les petits sont bienveillants, ce n’est pas toujours le cas des adultes. Beaucoup sont surpris de voir une Portugaise enseigner le ski. Et Sara le remarque. «Je sentais certains regards, j’entendais certains commentaires déplacés.» Une seule façon de faire taire les critiques, assure-t-elle, prouver par son travail qu’elle a sa place.
Un nouveau chez-soi
Cette détermination plaît à Christophe Grenard, dont elle deviendra la protégée. Il décide d’en faire sa directrice adjointe en 2021. Puis elle lui succède au début de la saison en cours, quand Christophe prend les rênes des remontées mécaniques. Ce dernier ne tarit pas d’éloges à son égard. «J’ai adoré collaborer avec elle. Si tu ajoutes son courage et son intelligence à son éthique professionnelle, il est clair qu’elle incarne le second souffle dont G’lys a besoin pour se développer.»
Depuis l’arrivée de Sara en Veveyse, l’école de ski a bien grandi. De sept moniteurs en 2014, elle en compte aujourd’hui plus de cinquante, répartis entre Les Paccots, Rathvel et les Mosses. Ce qui explique la charge de travail de la directrice. Mais elle a su trouver son équilibre. À la fin de chaque saison, avant de reprendre son activité de coach sportive privée, elle assouvit sa passion pour le voyage en partant plusieurs semaines. «Si je travaille beaucoup, c’est aussi pour me permettre de m’épanouir de cette façon.» Partir, mais toujours pour revenir. Sara est catégorique. «Je considère aujourd’hui la Suisse comme ma maison.»
