
Quelques années après être passé par le SeMo à Bex, Elliot Urben y a été engagé. Il encadre notamment des jeunes à la boutique de seconde main Les P’tits Malins, au centre du village. | P. Genet
Il nous accueille presque comme le directeur d’une enseigne nous recevrait pour une interview. Et la seule brève interruption d’entretien, en cette fin d’après-midi, servira à préciser aux trois jeunes en semestre de motivation (SeMo) les modalités de bouclement de la caisse. «Ils n’ont pas besoin de moi, ils savent comment ça fonctionne maintenant», sourit Elliot Urben. Ce Blonaysan d’origine, 27 ans, est présent le vendredi à la boutique de seconde main Les P’tits Malins, au centre de Bex, jour de congé hebdomadaire de la gérante. Le reste de la semaine, il encadre un atelier de polydesign (ndlr: conception et réalisation de décors et mises en scène en trois dimensions) dans les locaux de Plate-Forme Jeunesse, non loin de la gare de Bex.
Lancée en 1996 sous la houlette de Jean-Marc Thévenaz, l’association à but non lucratif, qui s’est muée en fondation reconnue de pure utilité publique en juin 2024, fête donc cette année ses 30 ans d’activité. Trente ans à œuvrer à l’insertion professionnelle des jeunes et de migrants, aidant notamment, via le SeMo Chablais, les 15-25 ans à trouver une place d’apprentissage ou en école professionnelle par le biais d’ateliers (bois, bâtiment, vente, commerce, vente, restauration, cuisine…), de stages en entreprise, mais également de cours et d’accompagnement dans l’élaboration de dossiers de candidature.
Ne pas rester à rien faire
C’est justement à la porte du SeMo qu’Elliot Urben a frappé il y a quelques années. «Après avoir terminé mon école obligatoire, j’ai fait une année à l’Eracom, puis trois ans pour avoir mon papier de l’École de culture générale au gymnase de Burier, raconte-t-il. Mais les études, ce n’était pas pour moi.» Un peu perdu, il s’essaie à l’ébénisterie, sur les conseils d’une orientatrice, avant de comprendre que ce n’était pas pour lui non plus. «J’ai arrêté, mais je ne voulais pas rien faire, je ne voulais pas qu’on dise <Celui-là, il ne va pas au bout des choses.> Je suis donc allé au SeMo. C’étaient les débuts de l’atelier de polydesign.»
Elliot Urben y passera trois mois, puis décrochera une place d’apprentissage de médiamaticien. «J’avais aligné pas mal de stages en tant que techniscéniste. Mais mon premier amour, c’est vraiment le monde visuel.» Après ses quatre ans d’apprentissage, l’entreprise qui l’a formé ne peut pas l’engager. Elliot part au chômage puis, soucieux d’«être utile à la société», accomplit son service civil. C’est ensuite qu’il découvre l’offre d’emploi postée par Plate-Forme Jeunesse, un poste d’encadrant de l’atelier de médiamaticiens. Il postule, il est pris. «C’est par le SeMo de Bex que j’ai trouvé un apprentissage, je reviens ensuite ici. La boucle était bouclée», sourit-il.
Un profil et un parcours de vie
Plusieurs dizaines de dossiers étaient arrivés pour le poste. Qu’est-ce qui a fait la différence? «Le premier argument pour l’engager, ça a été son âge, pour casser cette dynamique d’employeurs qui veulent <des jeunes, mais avec dix ans d’expérience>, explique Frédéric Abbet, directeur de Plate-Forme Jeunesse et président du Conseil d’administration de la Banque Raiffeisen Alpes Riviera Chablais vaudois. Le deuxième argument, ça a été son parcours. On a au SeMo des jeunes au parcours parfois atypique. Elliot est passé par là, avec courage et résilience; il sait comment on gère les périodes plus difficiles. Ce qui nous a intéressés, c’est donc à la fois son profil et son parcours de vie.» L’occasion de casser l’image selon laquelle «le SeMo, c’est pour ceux qui n’ont pas réussi»? «Oui, répond sans hésiter Elliot Urben. Je suis allé au SeMo, mais c’est moi qui l’ai voulu.»
À 35 ans, Sarah Vogt est elle aussi passée par cette structure. «J’avais fini mon école obligatoire, travaillé six mois comme jeune fille au pair, je ne trouvais pas de place d’apprentissage.» Elle passera six mois au SeMo, tournant dans les différents ateliers, apprenant à rédiger des lettres de motivation et des CV et décrochant finalement une place dans une entreprise d’architecture d’intérieur à Montreux. «Ensuite, ça s’est enchaîné, j’ai fait ma maturité commerciale, suivi une formation en cours d’emploi», avant de travailler dans un cabinet d’ophtalmologie, où elle se trouve toujours aujourd’hui. De son passage au SeMo, elle garde un souvenir reconnaissant. «Ça a été l’échelon qui manquait entre la vie d’écolière et la vie professionnelle. Je le recommande vraiment!»
Plus d’infos: plateformejeunesse.ch
Portes ouvertes vendredi 12 juin de 16h à 21h, route de Vannel 9 à Bex.
