
Le Montreusien Adrien Briffod réalisera enfin son rêve, cet été, de prendre part aux Jeux olympiques. A Paris, il concourra en solo et en relais mixte. | V. Cardoso/ 24 heures
Le mardi 30 juillet vers 10h, Adrien Briffod sera l’un des 55 meilleurs triathlètes du monde à se jeter dans les eaux boueuses et tant décriées de la Seine, sous les caméras du monde entier.
L’étudiant à l’EPFL en master de génie civil, qu’il terminera l’an prochain, monte en puissance depuis plusieurs années, encadré qu’il est par une solide équipe (lire ci-contre). Bien installé dans le peloton de tête du circuit mondial, il a notamment décroché deux médailles de bronze l’an passé aux Championnats d’Europe à Madrid et aux Jeux européens à Varsovie.
Le champion du team ATLET, qui vit désormais à Montreux, placera un peu plus nos régions sur la carte du monde, l’espace d’une course d’un peu moins de 2 heures. Et même deux courses, puisque Swiss Olympic l’a aussi sélectionné pour le relais mixte, le 5 août, avec la Vaudoise Cathia Schär, Max Studer et Julie Derron. Deux belles occasions de s’offrir un beau cadeau, lui qui est né sur la Riviera un 2 août 1994.
Adrien, tu rêves depuis de longues années de prendre le départ d’un triathlon olympique. Dans quel état d’esprit l’abordes-tu ?
(ndlr: avec un grand et beau sourire) Je me sens très, très bien. Évidemment heureux de toucher enfin du doigt le rêve de ma vie. Celui pour lequel je pratique ce sport que j’adore, qui m’apporte énormément et aussi pour lequel je me prépare à fond. Les JO sont forcément l’accomplissement de ma carrière.
Faire partie de la grande famille olympique et des plus de 10’000 sportifs venus du monde entier, ça doit donner un peu le vertige, non ?
– Mais surtout une joie immense d’être au village et de côtoyer de grands champions. Je resterai deux jours de plus après le relais et j’espère pouvoir vivre différemment cet événement, sereinement, avec beaucoup d’envie, et avec l’opportunité d’assister à de belles compètes.
Comment te sens-tu actuellement, physiquement et mentalement?
– Je me sens très fort. J’ai des résultats, ça me conforte. Les déceptions et graves blessures de 2021 et 2022 n’ont pas entamé ma détermination et mon envie. Au contraire. Je veux aussi apprécier le moment présent et le fait que je suis un privilégié de pouvoir vivre de mon sport. J’essaie de lui rendre la pareille en conseillant des jeunes du club. J’aborde la compétition pour bien figurer, mais aussi essayer de prendre du plaisir, m’amuser. Et si ça ne tourne pas à mon avantage, j’essaierai quand même d’y trouver un bien-être.
Comment te prépares-tu actuellement ?
– On n’a pas relâché la pression. Je m’entraîne dur avec de gros volumes. Énormément de foncier et d’endurance. Environ 4h30 par jour. Il y aura encore un peu plus d’intensité les deux dernières semaines, avant l’affûtage final. Je souffre maintenant pour être au point le 30 juillet. Je vais encore participer à la fin du mois au triathlon de Bordeaux.
Quelles sont tes forces?
– Je suis de plus en plus polyvalent, c’est un avantage. Je ne fais pas partie des meilleurs nageurs, mais j’ai énormément progressé. Là où je suis le plus fort, c’est à vélo. C’est là qu’il faudra tenter de faire mal à mes adversaires.
Est-ce que le parcours parisien, plutôt plat, peut niveler les valeurs?
– Il y a quand même la Seine avec le courant, puis le contre-courant, ça peut faire une première différence. Aussi des parties à vélo et en course à pied avec une répétition de faux-plats montants. Pas facile.
Ça ne s’annonce donc pas comme une partie de plaisir…
– Il y aura l’élite mondiale de mon sport, donc évidemment, de la bagarre.
Fais-tu partie des favoris?
– Non. Il y en a deux incontournables. Yee et Wilde. Ça me semble très ouvert ensuite pour la médaille de bronze. Les outsiders sont Blummenfelt – le tenant du titre -, puis Hauser, Vilaca, Pierson et les Français Coninx et Bergère. Si les circonstances de course tournent en ma faveur, et dans un très grand jour, je peux les concurrencer.
Quelle est donc ton ambition?
– Je rêve bien sûr d’une médaille… Mais si je décroche un diplôme olympique, soit dans les 8 premiers à l’arrivée, je serais très très heureux.
Adrien ne sera pas seul dans les rues de Paris le 30 juillet. Il risque même d’être en pays conquis. En effet, amis, proches, parents feront le déplacement pour encourager leur champion. «Tous installés dans le virage Briffod», annonce Lionel Sauser. Ami de longue date d’«Adri», il a décidé dès le début de l’année, avec son alter ego Quentin Bochud, de mettre les gros moyens pour renforcer un soutien indéfectible. «Nous donnerons des ailes à notre Astérix national!» «Avec Quentin, nous affrétons un grand bus de 80 places. C’était le plus simple et le moins cher. Le coût total est de 150 francs», explique «Lio». Il reste quelques tickets, mais plus des masses, tant l’engouement et l’espoir sont grands. «Nous partirons de la gare de Vevey le 29 à 20h30 avec des boissons et de quoi manger, pour revenir le 31 juillet à 2h du mat.» Entre deux, les supporteurs, vêtus d’un t-shirt à la gloire d’Adrien, s’installeront donc à un endroit stratégique, le fameux «virage Briffod». «L’avantage est que nous pourrons le voir passer 4 fois à vélo et 3 à la course à pied.» Gageons que le champion se sentira en effet pousser des ailes.
Adrien Briffod a la chance d’être très bien entouré par des pros confirmés, au sein du team ATLET, fédérés autour d’Alain Schmutz, son coach personnel et principal. Voici près de 20 ans, pour certains, que ses entraîneurs sont aux petits soins pour le champion. Citons Laurent Vouilloz et Jean-Luc Wieland pour la natation, encore Patrick Flury et Yves François pour la préparation mentale. Tête de gondole de la formation, Adrien aime à partager efforts et conseils avec 6 ou 7 jeunes confirmés ou en devenir. Alain Schmutz parle de sa pépite dans les grandes lignes. «Adrien est très organisé, travailleur et prend du plaisir à s’entraîner et performer en compétition. Il n’aime pas perdre et veut toujours être devant lors des entraînements, ce qui le pousse à s’améliorer et à prendre ses responsabilités. Finalement, une grande qualité d’Adrien est son impressionnante force de résilience lui permettant de rapidement faire disparaître les déceptions, les échecs ou les blessures et de repartir vers l’avant, encore plus motivé et fort.» «Au fil des ans, Adrien a développé une condition physique impressionnante. Il a des capacités physiologiques très élevées. Un très gros moteur», selon Laurent Vouilloz. Physiothérapeute, Alain Schmutz met en avant les qualités de base en course à pied d’Adrien. Mais encore plus sur deux-roues. «Il est devenu l’un des meilleurs cyclistes du peloton triathlétique, ce qui lui permet, le cas échéant, de combler un écart sur le premier pack ou d’arriver un peu plus frais que d’autres sur la partie course à pied finale. Moins fort en natation, il reste capable de sortir de l’eau tout près des meilleurs.» Le Boéland estime que son champion fait partie d’un peloton de 15 à 20 très forts concurrents qui peuvent décrocher une médaille. Il fait part d’une «grande satisfaction et d’une récompense pour tout le travail et l’investissement du comité, des entraîneurs et aussi des partenaires d’entraînement d’Adrien». Mais encore plus de «la joie pour ce garçon, qui a tellement mérité cette sélection, qui aurait pu participer aux JO de Rio et de Tokyo, et sera, enfin, à ceux de Paris!»
