«J’espère que ce spectacle va secouer les gens»

Il aura fallu deux heures à Cristian Rosatti pour coucher sur papier son tumultueux récit de vie, qui lui a servi de base
à ce spectacle. | D. Hauri 

Témoignage
Alcoolique et toxicomane abstinent depuis 20 ans, le Jongnyssois Cristian Rosatti se dévoile sur scène dans «J’ai pas de problème». Sincère et bouleversant.

Bientôt 21 ans qu’il n’a pas bu une seule goutte d’alcool. Ni tiré sur un joint. Mais le temps a beau passer, rien n’émousse la tentation contre laquelle Cristian Rosatti doit lutter chaque jour ou presque. Cette petite voix qui, quand ça va mal, l’invite à se plonger dans le premier verre. De ces milliers de combats intérieurs, le Jongnyssois est – jusqu’à présent – sorti victorieux. Malgré les démons du passé. Malgré ses désillusions professionnelles. Malgré son divorce. «Je suis abstinent de 24 heures en 24 heures», sourit ce quadragénaire aux yeux doux, mais aux mots qui percent. 

C’est justement avec le verbe haut et la formule aiguisée qu’il a souhaité célébrer ces deux décennies d’une résistance acharnée. En véritable autodidacte, Cristian Rosatti a choisi de le faire sur les planches de théâtre. Un univers auquel il ne connaissait rien jusqu’à peu, lui qui a vu la toute première pièce de sa vie en 2022. «En m’y intéressant, je me suis rendu compte qu’à son origine, le théâtre servait à faire passer des messages.»

Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au fil de ce seul en scène intitulé «J’ai pas de problème», le message passe. Il vous percute même, avec une pointe d’humour grinçant et une dose massive d’émotions. «J’ai l’impression de faire un exorcisme», lâche Cristian Rosatti au milieu d’une répétition à laquelle nous avons pu assister. 

Mais celui qui fut le dernier chef de la gare MOB de Blonay refuse de se poser en donneur de leçons. Pas de diatribe anti-alcool ou anti-drogue. Avec une totale sincérité, il ne fait «que» dérouler les 27 premières années de sa vie. Ou comment il est sorti d’une enfance baignée de violences pour tomber dans l’enfer des addictions. Avant de trouver, dans une chambre d’hôtel au Costa Rica, la porte de l’abstinence. Et par là-même, celle d’une nouvelle existence.

Derrière le «bon type», la violence au quotidien 

«À ma naissance, ma mère était paumée, mon père était au bar», raconte-t-il au début du spectacle. C’est à l’âge de 8 ans, alors que la famille déménage en Valais, que sa vie «commence à devenir violence». Devenu représentant en aspirateurs, le paternel passe plus de temps au bistrot qu’ailleurs. Et quand il rentre à la maison, ce «bon type» aux yeux du monde se déchaîne sur sa femme et ses deux enfants. 

L’adolescent boit sa première bière à 13 ans avec un pote d’école. Premier joint à 17 ans, avant de se faire virer de son apprentissage aux CFF. «À la pause des 9 heures, c’était régulièrement un demi de blanc avec une portion de fromage! La direction n’a certainement pas apprécié que je leur dise qu’on m’apprenait à boire au travail.» En 1994, le jeune Cristian rebondit au MOB, grâce à un oncle qui l’engage comme contrôleur. En s’installant à Montreux, il emménage avec ses addictions. «Je fumais même des joints avec les passagers du train!»

Parti sans laisser d’adresse

«À 27 ans, j’ai eu une grosse remise en question. Mon quotidien c’était métro-boulot-apéro-bédo. Je me suis dit que ma vie, c’était plus que ça.» Alors le 1er avril 2003, il s’envole pour le Pérou. Sa mère, qui a divorcé de son père depuis dix ans, est prévenue le jour d’avant. 

Arrivé en Amérique latine, c’est tourisme et fiesta. Avec, en guise de nouveauté, la découverte de la cocaïne. «En Colombie, je me suis enfariné les narines comme jamais.» Alors que le jeune homme s’enlise dans une déchéance qui semble sans issue, c’est à cette époque qu’il commence à fréquenter des groupes de paroles, un peu malgré lui. «J’ai rejoint mon ex-copine au Salvador. C’est elle qui m’y a emmené. Au début, je m’y ennuyais et je me demandais quel était le problème de ces gens vis-à-vis de l’alcool et de la drogue.»

De passage au Costa Rica, il s’intéresse de plus en plus à ces mouvements, comme les alcooliques anonymes. «Et un soir d’octobre 2003, je me suis dit: <Je vais essayer de ne rien consommer pendant 24 heures. Depuis cette nuit, je n’ai plus rien touché>.»

De la souffrance, mais aussi de l’espoir

À deux semaines de la première à LAFABRIK Cucheturelle, Cristian Rosatti ne cache pas une certaine nervosité. Mais au moment des derniers réglages avec sa metteuse en scène, Myriam Demierre, celui qui est désormais hypnothérapeute et coach se réjouit avant tout de dévoiler son parcours au public. «J’espère que ce spectacle va secouer les gens pour qu’ils se rendent compte de ce que sont les addictions. Derrière chaque consommateur, il peut y avoir de la souffrance. Mais chacun peut décider de s’en sortir.»   

lafabrikcucheturelle.ch «J’ai pas de problème», par Cristian Rosatti, à voir à LAFABRIK Cucheturelle à Vevey, samedi 5 et dimanche 6 octobre prochains. Autres dates à retrouver sur: www.hypno-artem.com

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