
| C. Dervey – 24 heures
Avant les vacances, le Parlement vaudois a soutenu à l’unanimité un texte du PLR Maurice Neyroud. Le vigneron et député de Chardonne était avant le vote déjà appuyé par 32 collègues (plus d’un cinquième de l’hémicycle). Pourquoi un tel engouement? Cette démarche touche à l’un des pans les plus importants de la culture et économie vaudoises: la viticulture.
Maurice Neyroud a voulu apporter sa pierre à une politique très active du gouvernement axée sur l’œnotourisme. Et ce d’une manière originale, simple, pragmatique. «Tout simplement pouvoir permettre l’exploitation de nos capites pour y vendre le vin produit sur nos domaines.»
Proposer une autre expérience
La capite est incontournable dans le paysage viticole – qu’il soit en terrasses à Lavaux, en pente plus ou moins dure à Montreux, Yvorne ou Ollon. Inscrites pour beaucoup à l’inventaire cantonal, ces cabanes en dur ou en bois servaient depuis plus de 100 ans au vigneron. «Il allait à pied à sa vigne pour y passer la journée entière et où tous les travaux se faisaient à la main. Elles permettaient d’entreposer les outils nécessaires à la culture», explique Maurice Neyroud.
Ces constructions en règle générale de 6 à 9 m2, avec une terrasse devant de même superficie, avaient également pour utilité d’abriter le vigneron de la pluie ou de lui permettre de prendre son casse-croûte à l’ombre. «On pouvait encore protéger le cheval, animal alors essentiel pour accéder aux chemins de vignes», souligne Willy Deladoëy, vigneron à Bex.
Avec la mécanisation et les accès facilités, les chevaux et capites ont perdu petit à petit leur utilité. D’où l’idée de donner un second souffle à ces cabanes qui offrent très souvent un point de vue incomparable sur le Léman, la plaine du Rhône et les montagnes. «Outre le fait de pouvoir assurer la promotion de nos vins, ce serait aussi la possibilité de proposer à l’amateur une autre expérience, didactique et ludique au cœur du vignoble», résume Alexandre Favre à Aigle.
Législation complexe
Le hic, c’est que la réglementation actuelle est très cadrée. Les demandes d’autorisation sont difficilement accordées. «Les services cantonaux ont, dans certains cas, refusé l’utilisation des capites pour la vente en s’appuyant sur la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT), alors que dans d’autres situations, en application d’autres articles, la promotion a été autorisée», poursuit le député chardonneret. Surtout, c’est, ici en la matière, la législation fédérale qui prime.
L’initiative parlementaire renvoie la balle à l’Exécutif. Le Grand Conseil l’a chargé de lui «soumettre un projet législatif permettant, dans la mesure permise par le droit fédéral, l’exploitation des capites en vue de la commercialisation». En plénum, la conseillère d’État Christelle Luisier Brodard a déclaré que l’État examinera comment exploiter la marge de manœuvre laissée par le droit fédéral et assouplir la manière de valoriser ces capites.
Exception chexbrisienne
Eric Bovy représente dans cette sphère une véritable exception, puisqu’il est le seul vigneron à pouvoir exploiter sa capite. Située à Chexbres, sur le balcon du Léman, elle permet à l’amoureux de vin de se poser un verre à la main devant un panorama à couper le souffle. «J’y ai pensé il y a près de 20 ans. Il y a eu pas mal d’embûches et d’aller-retours, mais j’ai réussi à obtenir une autorisation et une licence d’exploitation. Elle est ouverte depuis 2017 d’avril à octobre et par beau temps.»
«J’ai des visiteurs tous les jours et je vends plus de 1’000 bouteilles par saison», poursuit Eric Bovy qui espère que ses collègues demanderont et recevront des autorisations. «Plus on sera nombreux, plus notre activité sera mise en avant et offrira des rentrées.» Maurice Neyroud, lui, n’est pas encore candidat. «J’ai initié cette démarche dans l’intérêt de tous les professionnels de la vigne, pas pour en tirer un avantage personnel.»
Sur la colline de Chiètres, la capite de Willy Deladoëy date du début du XXe siècle. Le Bellerin se tâte. «J’étudie la question et j’aimerais la rénover entièrement. Si la législation évolue dans le bons sens, alors je pense que je me lancerai.»
Alexandre Favre n’en est plus à l’hésitation. «Je prépare les documents nécessaires pour demander l’autorisation d’exploiter avant la fin de l’année. Je le fais pour développer mon commerce et offrir une expérience à mes clients actuels et futurs. Je veux faire quelque chose de beau, en rénovant le four à bois du XVIIIe siècle et en proposant un banc sous le bel arbre devant ma capite. Il faut que les gens se sentent bien un verre à la main!»
