La fin de l’ère Vallélian aux Faverges

Le père et le fils: Gérald et Fabien Vallélian s’occuperont pour la dernière année du Domaine des Faverges.  | C. Jenny

Saint-Saphorin
C’est une page de l’histoire de l’un des plus prestigieux vignobles de Lavaux qui se tourne: Gérald Vallélian, vigneron-caviste du Domaine des Faverges, s’en ira cet automne. Une décision du propriétaire, l’État de Fribourg.

llélian est toujours sous le choc et amer lorsqu’il évoque une décision prise «d’un commun accord», selon l’annonce officielle. «Les guillemets s’imposent» nous confie le vigneron, sans vouloir s’étendre sur le pourquoi de cette séparation. Elle ressemble au divorce d’un vieux couple. Inutile d’étaler la liste de chamailleries… «Il semble évident depuis un moment que la Direction des vignobles de l’État de Fribourg voulait prendre une autre voie pour la gestion du Domaine des Faverges. Le changement est acté. Mais ce n’est pas comme ça que nous imaginions la suite de notre carrière.»

Personnalité forte et reconnue en Lavaux, le vigneron-caviste s’occupait de ce domaine de 15,4 hectares – le deuxième plus grand du vignoble vaudois d’un seul tenant – depuis 22 ans, d’abord en binôme avec la dynastie Regamey, puis en solo. Il a aussi introduit en précurseur la culture biologique en Lavaux. Et avait bâti un autre scénario. Il espérait se retirer et céder sa place à son fils Fabien, actif sur le domaine depuis 2017. 

« Une décision stratégique »

Le propriétaire en a décidé autrement. Sur un marché viticole tendu, les responsables de la viticulture de l’État de Fribourg ont estimé qu’un changement de structure était nécessaire. «C’est une décision stratégique. Après analyse, nous sommes arrivés à la conclusion que le modèle actuel – avec un prestataire qui s’occupe de toute l’exploitation de la vigne, mais pas de la commercialisation et de la promotion – avait ses limites. D’où la décision d’engager un administrateur qui gérera toutes les activités liées aux vignes de l’État de Fribourg, à partir du site des Faverges, explique Peter Maeder. «Il existe un beau potentiel. Nous devons chercher à mieux l’exploiter», ajoute encore le secrétaire général de la direction de tutelle des vignes étatiques.

Le nouveau poste a été récemment mis au concours. La personne recherchée devrait prendre le relais au départ des Vallélian, après la prochaine vendange. Le nouveau patron des Faverges devra avoir le profil d’un professionnel de la viticulture (œnologue HES), mais également avec une formation dans le management et le marketing. Pour coiffer toute l’exploitation, de la vigne à la bouteille, mais aussi la promotion et la commercialisation des vins produits à Saint-Saphorin et dans le Vully. 

Les Vallélian, eux, vont non seulement perdre leurs postes respectifs, mais ils devront aussi déménager, puisque père et fils habitent sur le domaine. Les deux veulent rester dans la région. Gérald Vallélian restera un fidèle défenseur des richesses de Lavaux, notamment comme syndic de Saint-Saphorin et comme vice-président de Lavaux Patrimoine mondial, mais aussi – nous annonce-t-il – en œuvrant en tant que conseiller indépendant pour aider ses collègues qui désireraient se lancer dans la culture biologique. Fabien, lui, espère trouver un autre domaine à cultiver, toujours en Lavaux. 

Une carte à jouer pour l’œnotourisme

Vendre une production de 120’000 bouteilles par an n’est pas aisé par les temps qui courent. Cette commercialisation est actuellement assurée depuis l’Institut agricole de Grangeneuve. Mais après les travaux en cours aux Faverges, tout sera rapatrié sur place. Un nouveau bâtiment est en construction pour abriter toute la partie exploitation, ainsi qu’un magasin. Le bâtiment historique sera rénové pour permettre de favoriser l’œnotourisme: dégustations, réceptions, mariages, etc. Une salle de 60 places sera aménagée sous les combles pour attirer des séminaires dans un paysage de carte postale. Les Faverges n’offriront par contre pas de possibilité de logements sur place. Le Grand Conseil fribourgeois a voté un crédit de presque 20 millions pour l’ensemble de ces travaux qui devraient être achevés l’année prochaine. S’il dit regretter le départ de Gérald Vallélian, André Bélard, président de l’Association des vignerons de l’appellation Saint-Saphorin, est par contre convaincu que l’œnotourisme a une carte importante à jouer dans le contexte actuel. Il prend pour preuve une statistique récente: l’année dernière, en neuf mois, 27’000 personnes ont fréquenté le Chemin des Grands Crus entre Rivaz et Epesses.