La gratuité des transports publics le dimanche fait son chemin

Le postulat, transmis à la Municipalité, propose des transports publics gratuits pour les Montreusiens les dimanches et jours fériés sur le territoire communal.  | C. Dervey – 24 heures

Montreux
L’idée de faire un geste pour la population montreusienne est passée de peu au Législatif. Mais de vives critiques ont dénoncé une charge qui pourrait se reporter sur le contribuable et le travail des conducteurs.

Des exclamations de joie ont accueilli le résultat du vote, mercredi dernier au Conseil communal. Un peu à la surprise de la gauche elle-même, le postulat en faveur de la gratuité des transports publics pour les Montreusiens, le dimanche et les jours fériés, a en effet été accepté par 45 voix contre 41. Un score aussi serré que les échanges provoqués par le sujet. 

« Un pas dans la bonne direction »

Le postulat du socialiste Romain Pilloud vise à «redonner du pouvoir d’achat», en particulier aux familles, et à faciliter «l’accès aux loisirs» sur tout le territoire communal, du bord du lac aux Préalpes, en passant par les villages. 

Une «action simple, efficace et concrète», alors que le prix des transports publics a presque doublé en 30 ans, indiquait son parti. Cette mesure a aussi pour autre objectif de «contribuer à réduire le trafic des voitures» le dimanche et à «étudier des pistes», appuyait encore  Tanya Bonjour (PS).

La proposition a également été soutenue par les élus de Décroissance alternatives. «Il est du devoir du politique de trouver des solutions, et c’est là un pas dans la bonne direction», relevait Anna Krenger. Pour Quentin Talon, cet usage gratuit des transports publics le week-end est un moyen de montrer que «l’écologie est aussi possible sans restreindre».

« Trois classes de citoyens »

Cette demande a, à l’inverse, hérissé le poil de François Cardinaux. «Il est horripilant de parler de gratuité.» Le Libéral-Radical soulignait ainsi un travail supplémentaire des conducteurs qui devra d’une manière ou d’une autre être payé, et peut-être également l’engagement de renforts pour répondre à ce service. 

Également conseiller communal PLR, Simon Lepêtre s’en est aussi pris à «une illusion de la gratuité», qui engendrerait plus de charges et ne serait «qu’un transfert sur les contribuables». «Cela créerait même trois classes de citoyens, renchérissait son collègue de parti Olivier Mark. La 1re, ceux qui profitent du dimanche, la 2e, les contribuables qui payent, puis en 3e classe, les conducteurs.»

Selon le postulat, ce projet pourrait prendre forme via l’attribution d’une future carte d’habitant. Mais Jean-Marc Forclaz (PLR) a ensuite critiqué «la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité» d’appliquer une telle mesure uniquement sur le territoire communal. «Comment délivrer, et surtout contrôler», ce titre quand un groupe de jeunes ou d’enfants entre dans le bus. «Devra-t-on faire des contrôles d’identité des citoyens?», lançait-il à l’assemblée. 

Sans oublier le problème du trajet des trains, qui seraient gratuits à Montreux, mais pas avant ou plus loin, y compris aux Rochers-de-Naye, qui relèvent d’une compagnie hors accord tarifaire.

Un « effet d’aubaine »

Du côté de Montreux Libre, Susanne Lauber Fürst craint que cette gratuité ne génère «un effet d’aubaine», avec des afflux dans les bus. Elle a qualifié cette proposition partielle et localisée de «contre-productive, bling-bling et contradictoire par rapport à la responsabilité personnelle des usagers».

Dernier argument contre: son coût. Pour l’UDC Tal Luder, «dépenser 1,5 million pour un groupuscule d’environ 500 personnes qui restent à Montreux, sans étude sérieuse, équivaut à de la sculpture sur nuages». 

Pas de quoi toutefois convaincre la majorité des élus qui ont transmis le postulat à la Municipalité. Il appartient désormais à cette dernière de l’examiner avant de revenir avec une proposition devant le Conseil communal.