La laiterie de Fenil gagne un round devant la justice

La firme allemande, dont on aperçoit le Biotech Developement Center juste derrière, devra réévaluer «objectivement et sérieusement» la situation de la bâtisse avant d’en demander la démolition. | R. Brouso

Corsier-sur-Vevey
Le permis de démolition vient d’être annulé par le Tribunal cantonal. L’entreprise Merck, qui souhaite raser la bâtisse, est sommée d’étudier à nouveau les possibilités de réhabilitation.

L’ancienne laiterie de Fenil a encore un espoir de rester debout. Et pour cause, la balance de la justice vient de pencher en sa faveur. Délivré en août 2023 par la Municipalité de Corsier-sur-Vevey, le permis de démolition accordé à l’entreprise Merck, actuelle propriétaire, vient d’être annulé par le Tribunal cantonal. L’autorisation communale faisait en effet l’objet d’une dizaine de recours. 

Dans son arrêt publié jeudi dernier, la Cour vaudoise estime que – bien qu’elle ne soit classée qu’en note 4 au recensement architectural – la laiterie est «bien intégrée à son environnement en amont, constitué de champs et de quelques bâtiments anciens». Elle rappelle aussi que «l’intérêt patrimonial» de cette bâtisse de 1901 a été confirmé par la Direction générale des immeubles et du patrimoine (DGIP).    

Un rapport jugé «lacunaire»  

Mais c’est surtout la question d’une potentielle réhabilitation qui a fait tiquer le tribunal. Datant de mars 2021, un rapport d’architectes mandatés par Merck émettait un «avis très défavorable» quant à la possibilité que l’ancienne laiterie puisse être utilisée pour les activités de la firme. Or, cette analyse est considérée comme «lacunaire» par la justice, qui relève que d’autres affectations pourraient être envisagées, comme des «activités d’artisanat».  

Les juges cantonaux déplorent également que l’option d’un déplacement de la maisonnette n’ait pas été étudiée, comme Merck s’était, selon eux, engagée à le faire. Enfin, ils ont estimé que les coûts d’une remise en état n’étaient «pas étayés». 

Avant que la Municipalité puisse à nouveau se prononcer sur la démolition de la bâtisse, le géant pharmaceutique devra lui fournir une étude «objective et sérieuse» prenant en compte ces différents points. 

Abribus pas problématique

Les défenseurs de l’ancienne laiterie se sont aussi opposés à la construction d’un abribus prévu une dizaine de mètres en contrebas. Motif: Merck prévoyait d’utiliser pour ce faire du bois de la petite bâtisse «en mémoire de son histoire». Leur recours sur ce point a été jugé irrecevable. Aux yeux du tribunal, la plupart des recourants n’avaient pas qualité pour agir. La justice estime par ailleurs que la construction de l’abribus n’est pas liée à la question de la démolition de la laiterie. La Municipalité a d’ailleurs indiqué que, même si l’utilisation de ce bois était mentionnée dans la mise à l’enquête, ce n’était pas une condition du permis de construire, l’abribus pouvant être réalisé avec d’autres matériaux.