
La première foire de la Saint-Martin s’est tenue en 1470. Elle se déroule depuis chaque deuxième mardi de novembre. | Archives 24 heures
La place du Marché de Vevey est l’une des plus connues et emblématiques de Suisse. Aussi à l’international, puisque ce vaste glacis à l’aspect plus ou moins trapézoïdal est la scène de la Fête des Vignerons, organisée ici chaque génération depuis cinq siècles. La première avec le couronnement public des vignerons s’y est tenue en 1797.
On entend que la Grande Place (son deuxième patronyme) est la plus ample ouverte d’Europe avec ses plus de 10’000 m2. «Je ne sais pas si c’est le cas, mais pour en connaître beaucoup, je peux assurer que c’est l’une des plus belles. Elle le doit à son cadrage particulier, son dégagement sur le lac, les montagnes et les terrasses de Lavaux, détaille Bruno Corthésy. Orientée plein sud, elle reçoit bien le soleil et le conserve. C’est une place agréable et chaude.»
Historien de l’art indépendant, ce dernier a réalisé il y a quelques années avec Giuliana Merlo l’étude la plus complète sur les aspects historiques et architecturaux de la place veveysanne. «Je me suis basé sur les documents d’archives, procès-verbaux d’assemblées, notamment politiques, aussi plans, images et gravures du Musée historique.» Rédigeant des études sur des biens généralement publics, le Vaudois a notamment publié des travaux sur la place du Marché de Bex, la gare de Vevey ou encore le patrimoine bâti de Lavaux. Ses recherches le mènent actuellement en vieille-ville de Genève et à Morges.
La place veveysanne compte des bâtiments remarquables, construits au fil des siècles et qui ne dénotent pas d’une unité architecturale. Citons l’ancienne maison de Mme de Warens – où a vécu Rousseau – le cercle du Marché, la Grenette, le château de l’Aile, le Casino, le Théâtre ou encore celui abritant le Musée suisse de l’appareil photographique.
Pour retracer la grande histoire de cette place, il est impossible d’être exhaustif. En voici, suivant les époques, quelques jalons.
Sous l’Ancien Régime
Comme pour beaucoup de places européennes, celle de Vevey naît au Moyen Âge. À l’étroit dans leurs murs de ville, les marchés connus depuis le XIIe siècle sont regroupés sur cette esplanade ouverte. Les étals y sont installés tous les mardis (jour toujours retenu complété par les samedis).
Une date très importante: 1470. C’est l’année de la première foire de la Saint-Martin, patron de la ville. Elle se déroule chaque deuxième mardi de novembre. En 1547, la Ville acquiert la maison de l’Aile pour y faire un entrepôt de marchandises. La place se fait aussi lieu… d’exécution comme en 1643 pour François Folch, un missionnaire belge accusé de prosélytisme.
Le sud en bord de lac permet aux bateaux d’y accoster, de charger et d’aller alimenter Genève, aussi la France par le Rhône. On y convoit notamment venues de Gruyères, longtemps conservables et goûteuses: les meules de fromage. «Beaucoup sont destinées aux armées en guerre. C’est la protéine des soldats», glisse Bruno Corthésy.
Après l’Indépendance
«Négligée par les Bernois, selon l’historien, la place va connaître un essor dès la Révolution vaudoise avec la construction de bâtiments marquants et utiles à tous.» C’est le cas de la Grenette et son apparence romaine en 1808, conçue pour abriter le marché aux grains, aussi le Poids public (ou Poids au Foin) en 1837.
Entre deux, des travaux d’aménagement des rives sont menés. Les premiers quais suivront, après que furent régler des conflits intenses liés à l’usage séculaire des grèves naturelles pour… la lessive et l’étendage du linge! Des rues sont tracées pour permettre de rejoindre la place.
Un aménagement conséquent survient en 1858. La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest Suisse installe un petit hangar pour vendre des billets de bateau à vapeur et de train, ainsi que pour enregistrer les bagages. Le tourisme est lancé et se dirige vers le Bosquet de Julie (Rousseau) et Chillon.
Aux alentours de 1870, le Conseil communal décide d’habiller la place. Catastrophe, le 11 mai 1877: 108 mètres du nouveau quai s’effondrent et coulent dans le Léman avec l’habillage récent: arbres, bancs et candélabres. Il n’est resté que 35 mètres de quai. Des enrochements sont créés en attendant la reconstruction… en 1934.
Hier
Le XXe siècle n’a pas été celui d’Or pour la place du Marché. Bien avant que les voitures ne l’occupent massivement et durablement, l’aviateur Armand Gay fait atterrir son Farman le 14 janvier 1922. Calme plat ensuite durant plusieurs décennies. Après la FeVi 1955, les deux voies pavées qui se croisaient au milieu de la place sont démantelées. Toute la surface est progressivement goudronnée pour y installer des places de stationnement.
Le millénaire s’achève avec l’abattage de 22 arbres voulu pour dresser les équipements de la FeVi 1999. Les 4 et 5 janvier de cette même année, la première ZAD dans la région voit le jour à Vevey avec des manifestants qui s’enchaînent aux troncs condamnés à la coupe. Ils ne devront partir que chassés par la maréchaussée.
Et demain?
Après moults études, décisions, revirements, recours, votations dès l’an 2000, pour autant d’échecs, la Grande Place va entamer une nouvelle mue. Les travaux démarreront en novembre et dureront un peu plus de deux ans. «La transformation vise à offrir à la population, aux visiteurs et aux acteurs de l’économie locale un vaste espace convivial. Plusieurs dizaines d’arbres seront plantés, des terrasses seront aménagées, du mobilier urbain installé et un espace de détente créé au bord du lac. L’éclairage sera modernisé et une zone de stationnement conservée», a récemment communiqué la Municipalité, in corpore.
www.brha.expert/_files/ugd/ab10d0_7d8d0354a2b54ce4893ca9475a1e4167.pdf
