
Christophe Grenard assume la double casquette de directeur des remontées mécaniques Destination Veveyse SA et de l’École suisse de ski Veveyse. | B. Fellay
Le soleil brille sur les Paccots, les files de skieurs s’étirent et Christophe Grenard a le sourire. «La neige est bonne, en haut ça carve super bien!» C’est son premier hiver en tant que directeur de la société de remontées mécaniques Destination Veveyse SA, dont il a pris les rênes cet été. Jusqu’aux récentes chutes de neige, les téléskis n’avaient pu être utilisés que deux week-ends entre fin novembre et début décembre. Depuis le 10 janvier, ils tournent à plein régime.
Christophe Grenard touche du bois pour le reste de la saison. «Quand tu loupes Noël et Nouvel An, tu ne peux pas faire une saison parfaite… Notre bilan va se jouer sur la semaine de relâches de février, qui tombe en même temps pour les Fribourgeois et les Vaudois cette année. Si la neige tient jusque-là, nous pourrons tirer notre épingle du jeu.»
Pour l’heure, les pistes sont ouvertes quotidiennement, et tout va être accompli pour que cela dure. «Nous avons l’habitude de travailler les pistes, de pousser la neige pour tenir le plus longtemps possible.»
Coût élevé des fermetures
Car chaque journée compte. Il y a 20 ans, les Paccots pouvaient miser sur plus de 100 jours d’ouverture par saison. Aujourd’hui, 70 sont considérés comme un très bon résultat. C’est donc une trentaine d’ouvertures en moins pour éponger les frais fixes de la station qui, eux, ne diminuent pas. Ils comprennent les salaires des deux mécaniciens employés à l’année, ainsi que la location des deux dameuses sur la saison. On peut y ajouter l’entretien des installations, deux câbles de téléski devront par exemple être changés l’année prochaine pour un prix total de 25’000 francs chacun.
La préparation des pistes a également un certain coût. Et de temps à autre, plus que prévu. «Il faut réaliser que quand on ouvre le domaine, il y a déjà des dizaines d’heures de machines pour préparer les pistes. Parfois, il commence à pleuvoir et on doit recommencer le travail», explique Christophe Grenard. Les dameurs travaillent sur demande, comme les employés d’exploitation, le personnel des caisses et les moniteurs de l’École suisse de ski qui appartient aux remontées mécaniques. Ils sont 50 à travailler simultanément quand toutes les pistes sont ouvertes.
Pour le reste de la station aussi, les fermetures du domaine skiable représentent un manque à gagner. À commencer par l’École de ski G’lys, concurrente de l’ESS, qui emploie une quarantaine de moniteurs sur appel. Les deux restaurants des pistes, accessibles en voiture, voient leurs chiffres baisser drastiquement sans les skieurs. Dans le village, les différents commerces profitent également du passage de ces derniers.
Solidarité régionale
Si les commerçants ressentent l’impact des fermetures des remontées, c’est qu’en cas d’enneigement, le public est au rendez-vous. Le premier dimanche après la réouverture, les routes de la station ont été complètement saturées, le parking de 570 places ne permettant pas d’accueillir toutes les voitures.
La proximité des Paccots avec plusieurs grandes villes, la croissance démographique de la commune de Châtel-Saint-Denis, mais surtout l’attachement particulier des habitants de la région pour leur station expliquent cet engouement. Louis Monney skie aux Paccots depuis plus de 55 ans. «C’est un endroit important, nos enfants y apprennent à skier, on croise toujours des gens du coin et on s’arrête pour boire un verre!»
Et ce lien émotionnel se traduit en soutien concret. En décembre 2024, dix entreprises actives dans le district sont entrées au capital de Destination Veveyse, lui permettant de survivre à un hiver 2023-2024 catastrophique. Cette aide publique avait été déclenchée après une perte de 324’000 francs. Les remontées mécaniques peuvent également compter sur l’aide des collectivités, l’Association des communes de la Veveyse et la Ville de Châtel-Saint-Denis participant aux déficits potentiels de l’entreprise à hauteur de 150’000 francs chacune depuis fin 2024.
Destination Veveyse entame une transition vers un tourisme quatre saisons, qui devrait lui permettre d’étaler la charge des frais fixes sur l’année. Un nouveau télésiège est par exemple à l’étude. Il devrait partir de La Cagne pour permettre notamment l’accès à la luge d’été et à un chemin dans la canopée. Cette nouvelle offre s’inscrit dans le projet du Monde des Géants visant à dynamiser le tourisme d’été (voir édition 219, 10 septembre 2025).
