
Noémy Baeriswyl a été l’une des figures principales de ce combat contre l’installation de l’antenne, photographiée ici à l’époque où la Municipalité avait refusé le permis de construire. / Rémy Brousoz
C’est ce qu’on appelle un retournement de situation. Alors qu’ils criaient victoire en début d’année, les opposants à l’antenne 5G prévue à Corsier-sur-Vevey ont brusquement déchanté aux portes de l’été. En juin dernier, la Municipalité a finalement octroyé le permis de construire pour ce mât projeté par Swisscom dans un quartier résidentiel, à quelque 150 mètres de l’école. «En apprenant ça, j’ai eu l’impression de me liquéfier», lâche Noémy Baeriswyl, l’une des figures de la lutte contre cette installation, qui avait suscité plus d’une centaine d’oppositions lors de sa mise à l’enquête.
Antennes indésirables pour raisons esthétiques
Reprenons le fil – plutôt alambiqué – de cette histoire. En mars 2023, la Municipalité refuse d’autoriser la pose de ce mât, et ce pour des raisons «esthétiques»: pas question pour elle qu’une forêt d’antennes pousse dans ce périmètre du village, «alors que les antennes râteaux ont disparu», selon les mots de la syndique Arianne Rouge. Loin de s’en tenir à ce seul cas, l’Exécutif comptait d’ailleurs instaurer cette règle dans son futur Plan d’aménagement communal (PACom), alors en cours d’élaboration.
Swisscom ne l’entend pas de cette oreille. Le géant des télécommunications fait recours, mais se voit débouté par le Tribunal cantonal. Car selon la loi, la Municipalité peut mettre son veto sur un projet «lorsque ce dernier, bien que conforme, compromet une modification de plan envisagée, non encore soumise à l’enquête publique». Comprenez ici, le futur PACom. Nous sommes en février 2024, c’est le soulagement pour le groupe d’opposants, qui pensent être arrivés au bout d’une bataille de cinq ans.
Mais quatre mois plus tard, ils reçoivent un courrier de la Municipalité. Cette dernière leur annonce que l’opérateur a fait une nouvelle demande d’autorisation, comme il en a le droit. Et qu’elle n’a pas eu d’autre choix que de l’accepter. «Le bâtiment (ndlr: sur lequel est prévu l’antenne) n’a pas de recensement architectural particulier, il n’est pas digne de protection», justifie l’Exécutif. Et ce n’est pas tout: la lettre indique aussi que le «PACom ne prévoira finalement pas de mesures interdisant l’installation d’antennes dans la zone concernée».
Une interdiction pas conforme au cadre légal
Pour expliquer ce revirement, c’est du côté du Canton qu’il faut se tourner. «Ce projet de réglementation a reçu un préavis négatif de nos services, dans la mesure où il ne respectait pas le cadre légal», déclare Fanny Mayor, responsable communication de la Direction générale du territoire et du logement (DGTL). Cette dernière renvoie à la jurisprudence du Tribunal fédéral. «L’application de normes d’esthétique ou d’intégration des constructions ne peut rendre impossible ou compliquer à l’excès la réalisation de l’obligation de couverture qui incombe à l’opérateur.»
«Ce que nous ressentons, c’est un sentiment de dégoût et de colère», commente Raphaël Despland, l’un des derniers opposants à avoir tenté – malgré cet ultime verdict – de trouver un moyen de résister encore. Mais en vain. «Nous avons dû nous résoudre à accepter la défaite.» Le Corsiéran dit regretter que la question de la 5G et de ses éventuels impacts sur la santé soit complètement «dépolitisée» à l’échelon communal. «Peut-être qu’un jour, dans 10 ou 20 ans, on se rendra compte que c’est allé trop loin.»
L’idée d’instaurer un périmètre sans antennes de téléphonie à Corsier-sur-Vevey ne sort pas de nulle part. «Nous nous étions inspirés d’autres règlements communaux, comme celui de La Tour-de-Peilz, qui date de 2019, et dans lequel il a été possible, à l’époque, de mettre ce genre de règles», explique Hervé Martinez, adjoint au Bureau Technique Intercommunal, qui élabore le futur Plan d’affectation de Corsier-sur-Vevey. Face au préavis négatif de la Direction générale de l’énergie, c’est donc la surprise qui règne. «Le Canton a visiblement modifié son approche, avec un nouveau regard vis-à-vis du droit supérieur», constate Hervé Martinez. Les futurs Plans d’affectation communaux de Corsier, Corseaux, Jongny et Chardonne, doivent être mis à l’enquête entre fin 2024 et premier semestre de 2025.
