Le Chablais a trouvé son «Mr. Propre»

En deux mois, Alexandre Nick a récolté plus de 1’000 litres de déchets dans le Chablais.  | L. Menétrey

Aigle
Depuis deux mois, le Vuargnéran Alexandre Nick consacre ses journées à nettoyer sa région de ses déchets plastiques. Il espère pouvoir légitimer cette activité et en faire son métier.

Depuis 7h30, il est au charbon. Ou plutôt… au plastique. Comme chaque jour depuis deux mois, Alexandre Nick enfourche son vélo et sillonne le Chablais à la recherche du moindre détritus. À force, il a développé un véritable radar à déchets.

En ce jour de mi-juillet, on le retrouve au Parc du Fahy, à Aigle. Son sac poubelle de 35 litres est déjà rempli de moitié, alors qu’il est à peine 9h30. «J’ai ramassé ça sur le chemin entre Yvorne et ici», explique-t-il en montrant son butin: canettes, bouteilles, mégots, emballages, fil dentaire… Rien ne lui échappe. Muni d’un gant, il débarrasse minutieusement l’herbe de toute impureté.

Auxiliaire de santé, le Vuargnéran de 29 ans a récemment perdu son emploi. Dans le cadre de ses fonctions, il accompagnait un homme atteint de la maladie de Charcot, à Monthey. «Il est malheureusement décédé. J’ai ressenti un grand vide après, j’avais besoin de poursuivre une activité qui ait du sens. De servir une cause plus grande que moi», confie-t-il.

Soucieux de l’environnement, Alexandre Nick s’est lancé dans la récolte de déchets avec sérieux et assiduité. Il se met à l’œuvre quotidiennement et remplit chaque jour entre un et trois de ses sacs. «Depuis le début, j’ai récolté plus de 1’000 litres de déchets», se réjouit le jeune homme. Depuis, il partage quotidiennement des photos de son butin sur les réseaux sociaux et espère sensibiliser ses abonnés.

«Un complément au travail des voiries»

Le déclic remonte à cinq ans. En se mettant à pratiquer la randonnée, le trail et le vélo, il prend conscience de la quantité de déchets abandonnés dans la nature. «En voir autant dans la montagne, ça me désolait… Comment un environnement aussi pur peut-il être souillé de la sorte? Les animaux, eux, n’ont rien demandé. Un jour, j’ai ralenti, je me suis arrêté pour ramasser un déchet, puis un autre, etc.» En Suède, cette activité combinant jogging et ramassage de déchets se nomme le plogging. «Je suis à moitié suédois, ça vient peut-être de là», sourit Alexandre.

S’il reconnaît que la Suisse est globalement plus propre que de nombreux autres pays, le Chablaisien assure qu’il y a à chacune de ses sorties toujours de quoi remplir plusieurs sacs. Au fil de ses tournées, les réactions des passants sont largement positives. «Beaucoup de personnes sont reconnaissantes et me remercient. D’autres disent que je les inspire à faire pareil et se joignent à moi, c’est gratifiant!»

D’aucuns estiment toutefois que cette mission relève principalement des Communes. «Beaucoup de zones sont oubliées par ces dernières. Les employés de voirie font un super travail, mais leurs tâches sont multiples. Ils n’ont pas toujours le temps de s’attarder sur des déchets plus petits, estime Alexandre Nick. Je ne vois donc pas mon action comme un remplacement de leurs services, mais plutôt comme un complément. J’essaie d’agir à mon échelle, plutôt que de ne rien faire ou d’attendre je ne sais quoi.»

De nature introvertie, le Vuargnéran n’en est pas moins déterminé. Son objectif est désormais de transformer cette démarche citoyenne bénévole en véritable activité professionnelle. Après avoir pris contact avec plusieurs Communes, souvent freinées par des contraintes budgétaires, il a décidé de lancer une cagnotte en ligne. «J’espère que ça pourra être reconnu à terme comme un vrai travail. Idéalement, je vise 100’000 francs pour pouvoir faire ça à 100% pendant deux ans.» Attaché à sa région, Alexandre Nick est bien décidé à faire du Chablais un jardin d’Eden, un déchet après l’autre.

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