
Les acteurs de la filière se sont réunis en association l’automne dernier pour assurer la pérennité d’un abattoir régional. | Adobe stock
Proche de fermer il y a deux ans, l’abattoir intercommunal géré par le Service intercommunal de gestion (SIGE) n’est aujourd’hui plus condamné. Du moins à moyen terme, un projet de nouvel équarrissoir étant amené à remplacer celui de Clarens.
«Nous sommes aujourd’hui bien loin des chiffres de 2023 et du risque de déficit de 250’000 francs qui avait mis en danger notre abattoir, détaille Caleb Walther, président du SIGE. Nous avons finalement réussi à enchaîner avec deux exercices faiblement positifs.»
Au-delà de l’abattage en soi, ce sont surtout les services annexes proposés ces dernières années qui ont permis de faire pencher la balance du bon côté. «Pour être rentable aujourd’hui, on ne compte plus uniquement sur le volume de bêtes abattues. Les bouchers de l’abattoir intercommunal proposent directement aux éleveurs de la découpe sur mesure et de la mise sous vide pour leurs clients».
Autre point positif – on l’apprend dans un récent communiqué du SIGE – les acteurs de la filière se sont aussi réunis pour assurer la pérennité d’un abattoir régional. «Face au risque de fermeture, plusieurs bouchers-charcutiers et éleveurs se sont déclarés prêts à s’investir davantage. À l’avenir, ils ne seront plus uniquement des clients, mais bien des partenaires privilégiés, poursuit Caleb Walther. Ils seront partie prenante dans le projet de développement du futur abattoir, pour l’instant prévu dans le district d’Aigle, d’ici à au moins cinq ans (la date du droit de superficie de l’abattoir de Clarens prend fin en 2031).
Vers une transmission d’exploitation?
L’ACAR – l’Association pour la construction d’un abattoir régional dans le sud-est vaudois– a été créée en octobre dernier. «Nous sommes en discussion avec elle pour élaborer des conventions avec le SIGE. L’idéal serait de pouvoir, à terme, lui transmettre l’exploitation de l’abattoir intercommunal.» C’est en tout cas le scénario favorisé, selon Caleb Walther. «Si cela se concrétise, cela se fera petit à petit. On ne va pas lui remettre les clés du jour au lendemain.» La nouvelle directrice du SIGE, Danila Aimone, précise quant à elle que «plusieurs scénarios organisationnels restent à l’étude et qu’aucune décision définitive n’a encore été arrêtée».
Une transmission d’exploitation progressive à la faîtière pourrait toutefois inciter le Canton à entrer en matière pour de potentielles aides financières. Dans sa stratégie sur la politique des abattoirs de proximité, il incite à la mutualisation des ressources. Dans une réponse à un postulat de l’écologiste Anna Perret, le Conseil d’État précisait fin janvier «avoir un rôle pour accompagner les initiatives privées et faciliter la transition vers un réseau durable et performant». Pour ce qui est des soutiens financiers étatiques, il indique «qu’ils sont envisageables pour des projets de construction ou de rénovation, notamment lorsqu’ils favorisent la collaboration entre agriculteurs et bouchers».
De son côté, l’ACAR se montre enthousiaste et compte déjà plusieurs dizaines de membres à son actif. «Nous sommes d’avis qu’il faut maintenir un abattoir régional, ceci pour ne pas perdre le savoir-faire et la centaine d’emplois qui sont liés à la découpe et fabrication qui suivent l’opération d’abattage», commente son président Xavier Menoud.
Le chemin est encore long jusqu’à ce que ce projet prenne forme. Son organisation et son financement restent encore à déterminer. «Mais le plus difficile sera surtout de trouver le terrain pour accueillir une telle structure, évalue Caleb Walther. Il n’est pas rare dans ce type de projet de devoir être confronté à plusieurs oppositions. La population peut parfois être réticente, par crainte de nuisances comme le bruit ou de potentielles odeurs générées par les abattoirs.»
Il s’agit du plus grand abattoir du canton en termes de tonnage annuel en poids mort.
En 2025, près de 2’000 tonnes de viande ont été produites au sein de la structure intercommunale:
-1’044 t de porcins
-771 t de bovins
(y.c. veaux)
-151 t d’ovins
-15 t de chevaux
-4 t de caprins
-3,5 t de cervidés
Après un risque de perte de 250'000 francs en 2023, l’abattoir intercommunal a présenté des bénéfices lors des deux derniers exercices: 96’720 francs en 2024; 6’952 francs en 2025.
