
Pierre-Alain Maïkoff aux abords du pré non loin duquel a eu lieu l’attaque. | F. Cella – 24 heures
«Ça surprend quand même de savoir qu’il y a un loup qui se promène devant la maison. D’habitude on voit ça dans les journaux!» Agriculteurs à Chardonne, Isabelle et Pierre-Alain Maïkoff se seraient bien passés de ce nouveau voisin dans les parages. Et pour cause, en début d’année, le prédateur a tué leurs trois alpagas en une nuit.
Les camélidés andins, cousins du lama, n’étaient pas des animaux de rente. Mais le couple les appréciait pour leur côté original. «J’avais craqué pour ces alpagas il y a une vingtaine d’années, raconte Isabelle Maïkoff. C’était sympa d’avoir des bêtes un peu différentes.» Et son époux de compléter: «Les écoles venaient les voir, les enfants les nourrissaient, ils étaient un peu l’attraction du Mont-Pèlerin.» Des animaux qui avaient l’habitude de paître dans les prés environnants, «presque en semi-liberté».
Une dépouille devant la boîte aux lettres
C’est au matin du 28 janvier dernier que les Maïkoff ont fait la découverte des trois dépouilles. Les cadavres étaient éloignés les uns des autres d’au moins 200 mètres. «Quand j’ai vu le premier cadavre, dans un verger, j’ai pensé qu’il était mort de vieillesse, se souvient Pierre-Alain. Et puis j’ai aperçu les dégâts. Il y avait beaucoup de sang.» Un deuxième alpaga est retrouvé mort devant la boîte aux lettres de la ferme. Quant à la troisième victime, c’est sur un sentier non loin qu’elle sera découverte.
Immédiatement appelé, le garde-faune s’assurera très vite que l’attaque est l’œuvre d’un canidé, et ce en raison des traces de crocs laissées à la gorge des camélidés. Les analyses ADN confirmeront ensuite la signature du loup. «Ce qui est impressionnant, c’est que l’on n’a absolument rien entendu, poursuivent les propriétaires. Et pourtant, les alpagas c’est un peu comme les lapins, on croit que c’est toujours silencieux, mais en cas de panique, ils se mettent à sicler.»
«La nature, c’est aussi ça»
Une fois passée l’émotion de cette perte brutale, pas question pour les fermiers du Mont-Pèlerin de verser dans une quelconque psychose. «C’est un acte isolé. Et ma foi, la nature c’est aussi ça», relativise Pierre-Alain Maïkoff, qui tient à rester sobre dans un débat hautement émotionnel. Celui qui élève une trentaine de vaches allaitantes ne cache toutefois pas une légère appréhension pour la période de vêlage à venir. «Mais les troupeaux savent protéger leurs petits», ajoute-t-il, confiant.
Pourra-t-on revoir des alpagas à la ferme des Maïkoff? «Non, nous n’allons pas en reprendre.» Pas de rapport direct avec l’attaque de janvier, selon eux. «Nous nous disions que c’étaient les derniers. C’est aussi du travail et on n’est plus tout jeunes.»
Un loup au Mont-Pèlerin donc. Oui, mais lequel? «Les analyses ADN réalisées n’ont pas permis d’identifier l’animal responsable de cette attaque», indique Denis Rychner, responsable communication de la Direction générale de l’environnement (DGE). «Il s’agit vraisemblablement d’un individu isolé, sans qu’il nous soit possible de certifier que ce soit M121». Auteur de plusieurs attaques de moutons principalement dans la région d’Oron, ce dernier fait l’objet d’une autorisation cantonale de tir jusqu’à mi-juin. Le Mont-Pèlerin est compris dans le périmètre.
«Que ce soit sur le Plateau, les Alpes et le Jura, la présence ponctuelle d’individus isolés en terres vaudoises est en train de perdre son caractère exceptionnel, poursuit Denis Rychner. Et ceci vient du fait que la population de loups augmente en Suisse et qu’il y a un nombre croissant de jeunes canidés à la recherche d’un nouveau territoire.»
