
Kyril Gossweiler, que l’on aperçoit ici au guichet, a demandé d’accéder aux images de vidéosurveillance après sa visite au poste. Problèmes décelés: les extraits qu’il a reçus ont été montés à l’aide d’un site gratuit et les autres personnes présentes (ici anonymisées par nos soins) n’étaient pas floutées. | DR
Il est l’un des plus fervents défenseurs vaudois de la transparence et de la protection des données. Alors quand Kyril Gossweiler a poussé la porte du poste de police de Vevey en juin 2025, il n’a pas manqué d’apercevoir les caméras de surveillance installées en différents endroits. «J’allais au guichet pour déposer une plainte après que la tombe de ma grand-mère a été vandalisée au cimetière de Vevey», contextualise cet habitant de Buchillon.
Peu après sa visite au commissariat de la rue du Simplon 38, ce citoyen de 66 ans demande à l’Association Sécurité Riviera (ASR) de lui transmettre les images où il apparaît. Comme ça, juste pour voir. «Le droit de pouvoir accéder à nos données personnelles n’est pas assez connu», souligne-t-il. Quelques jours plus tard, une clé USB contenant les extraits demandés arrive dans sa boîte aux lettres. Et là, il tombe de haut en découvrant les images.
Premier souci relevé? Le fait que d’autres personnes, présentes dans la salle d’attente en même temps que lui, n’aient pas été anonymisées dans le fichier qui lui est parvenu. Sur une des images où l’on voit Kyril Gossweiler au guichet, on aperçoit effectivement trois femmes discutant en arrière-plan. Deux d’entre elles sont reconnaissables. «L’opérateur a pris soin de flouter le visage de l’agent qui a enregistré ma plainte, mais pas de ces personnes. Ce qui contrevient aux principes de protection des tiers.»
Plateforme gratuite utilisée
Encore plus grave selon lui: la méthode utilisée pour traiter ces images. C’est au moyen d’un éditeur de vidéo gratuit en ligne (Video Candy) que les extraits ont été montés pour lui être remis. «Ça soulève des inquiétudes quant à la sécurité et la confidentialité de mes données, s’exclame-t-il. On ne sait rien de cette plateforme étrangère, ni de l’endroit où vont les images. Et généralement, quand un tel service en ligne est gratuit, ça signifie que le produit, c’est nous!»
«À une époque où la protection des données personnelles est un enjeu majeur, notamment en raison des abus de certaines entreprises et des attaques de pirates informatiques, la moindre des choses serait que tout le personnel policier disposant d’accès à des données sensibles maîtrise parfaitement ces règles», estime-t-il.
Caméras extérieures illégales
Dernier manquement relevé par le Vaudois, et pas des moindres: les deux caméras installées dans la cour arrière du poste de police. Le hic? Aucun panneau ne signalait leur présence, contrairement à ce qu’exige la loi. En creusant, il apparaît que l’ASR les a posées sans l’autorisation du Canton. Interpelée par Kyril Gossweiler, l’entité intercommunale se justifie: «Il s’agit d’une erreur d’appréciation, écrit-elle. Nous avons considéré à tort que, dans la mesure où les caméras filment un espace qui relève du domaine privé, l’installation d’un panneau n’était pas nécessaire.»
Après avoir été alertée par le sexagénaire, l’Autorité vaudoise de protection des données et de droit à l’information est intervenue auprès de Sécurité Riviera, lui demandant de désactiver les deux caméras et de soumettre une demande en bonne et due forme. «Nous vous rappelons que la mise en place sans autorisation préalable d’une telle installation constitue une infraction pénale», avertit-elle dans un courrier adressé à l’ASR.
Peu avant le scrutin
Détail piquant: le passage de Kyril Gossweiler au poste a eu lieu une dizaine de jours avant le vote populaire sur l’installation de 44 caméras dans le secteur de la gare de Vevey. Un dispositif qui a été refusé par plus de 60% des voix. En cas d’acceptation, l’exploitation des données récoltées par ces caméras aurait dû être confiée à l’Association Sécurité Riviera.
«Observer le travail de la police n’est pas une attaque, insiste-t-il pour conclure. C’est, au contraire, un signe d’intérêt pour améliorer la qualité de son action et la sécurité de tout le monde.»
À la suite de son expérience, Kyril Gossweiler
déplore une forme d’«amateurisme» dans la gestion des données sensibles par l’Association Sécurité Riviera. «Tout un chacun est libre d’exprimer des critiques, encore faut-il qu’elles soient toujours justifiées», réagit l’organisation intercommunale. «L’ASR, tant sur un plan institutionnel qu’au niveau de son personnel, s’efforce de respecter scrupuleusement l’ensemble des règles légales et jurisprudentielles applicables à ses domaines d’activité. Cela est aussi valable pour les dispositions relatives au traitement des données personnelles.»
Quant aux caméras extérieures posées sans autorisation, elles ont été remises en fonction. «Une demande d’autorisation a été adressée à l’Autorité de protection des données le 5 décembre dernier. Cette dernière a formulé des observations qui sont en cours d’examen par nos services technique et juridique, renseigne l’ASR. Dans l’intervalle, l’autorité nous a octroyé une tolérance jusqu’à décision finale. Les deux caméras ont ainsi été réactivées. Un floutage du trottoir a été appliqué sur le champ de vision de la caméra qui le filme.»
