
Déjà turbinée à Vevey, la Veveyse sera-t-elle davantage exploitée? À peine dévoilée, la perspective fait déjà beaucoup de remous. | R. Brousoz
Le nouveau projet de turbinage de la Veveyse (voir édition 234, 24.12.25) ne fait pas l’unanimité. On peut même dire qu’il irrite autant qu’il inquiète. Porté par l’entreprise boélande Zéro Net SA, ce projet prévoit de capter l’eau de la rivière juste au-dessous de Châtel-St-Denis. Après avoir emprunté une conduite sur plus de cinq kilomètres le long de la rive gauche, l’or bleu finirait dans une centrale hydroélectrique à Vevey. Coût estimé de cette réalisation: 25 millions de francs. La demande de concession est à l’enquête publique jusqu’à ce jeudi 15 janvier.
Plusieurs oppositions sont déjà annoncées. À commencer par celle de la Commune de Blonay-Saint-Légier. «Nous avons trouvé la démarche étonnante, pour ne pas dire cavalière», lâche son syndic Alain Bovay. En cause? Le fait que la Municipalité n’ait pas été consultée au préalable (voir encadré). «Alors qu’une grande partie de ce projet passerait sur notre territoire, et même sur des parcelles appartenant à la Commune. Il y a là une atteinte au droit de la propriété!»
Le même ingénieur
Le syndic s’échauffe encore d’un cran lorsqu’il évoque l’historique du projet. Et pour cause, l’ancienne Commune de Saint-Légier a déjà essayé de turbiner la Veveyse. «Une première tentative remonte à 2014. Elle a avorté après le retrait de la Commune de Châtel-St-Denis.» Une démarche a été relancée en janvier 2019. «Nous avons pris contact avec un bureau d’étude lausannois. Mais l’ingénieur rencontré alors nous a découragés de nous lancer dans cette aventure. Or, aujourd’hui, après avoir fondé Zéro Net SA, c’est ce même ingénieur qui porte ce projet. Je ne veux pas tirer de conclusions, mais je trouve cela un peu fort.»
À cette irritation se mêle la préoccupation. «Nos ambitions hydroélectriques sont toujours d’actualité. Initié sans concertation, ce nouveau projet privé risque de compromettre nos intérêts. Nous souhaitons donc qu’il soit suspendu pour pouvoir clarifier la situation et entamer le dialogue.»
Peur d’un «assèchement»
Des voix citoyennes s’élèvent également contre le projet de Zéro Net SA. Depuis mi-décembre, deux riveraines se démènent pour alerter l’opinion publique. «Nous sonnons le tocsin, car personne ne semble réellement se rendre compte de ce qui se prépare», confient-elles sous couvert d’anonymat. Elles annoncent également vouloir faire opposition au projet.
En plus des nuisances liées aux travaux – l’utilisation d’explosifs notamment – ces deux habitantes redoutent surtout l’impact écologique d’une telle installation. «La quantité d’eau détournée pour ce turbinage nous semble énorme, expliquent-elles. En resterait-il assez pour que la biodiversité puisse se maintenir?» Du côté de Pro Natura Vaud, on estime justement que la notice d’impact environnemental est «lacunaire». «Il est probable que nous fassions opposition, ne serait-ce que pour avoir plus d’informations», dit son responsable.
Malgré nos tentatives pour le joindre, le directeur de Zéro Net SA n’a pas donné suite à nos sollicitations.
C’est le 16 décembre dernier que la Direction générale de l’environnement (DGE) a mis la demande de concession à l’enquête dans les Communes de Vevey, Corsier et Blonay-Saint-Légier. «Le Canton nous a informés de ce projet le jour-même», déplore le syndic Alain Bovay. Selon la DGE, le dossier a été transmis le 10 décembre à la Commune. Or, lors de sa publication six jours plus tard, le tampon du Service urbanisme et travaux de Blonay-Saint-Légier figurait sur le document. «Ni le chef du service, ni le municipal en charge et ni moi n’avons été mis au courant de la réception de ce dossier», assure le syndic. Serait-il donc passé sous les radars? «S’agissant d’une procédure cantonale, notre bureau technique n’a fait qu’appliquer la demande du Canton en apposant le tampon communal, explique Alain Bovay. Ce sceau n’a aucune valeur décisionnelle. Il ne fait que valider la date de mise à l’enquête publique.»
Mais la Direction générale de l’environnement affirme que le service communal avait été mis au courant bien avant décembre. «Le 7 août 2025, le dossier technique préalable lui a été transmis en préconsultation par la société Zéro Net SA», indique la DGE. «Il ne s’agit pas d’une préconsultation, rétorque Alain Bovay. Notre service a bien reçu un e-mail. Il posait deux questions en vue de mutualiser des travaux pour faire passer des tuyaux en lien avec un projet de turbinage. Mais il n’y a pas eu de contact auprès de l’autorité. Pour un projet à 25 millions, la procédure aurait mérité de demander une rencontre avec la Municipalité.» Une séance qui devrait finalement survenir. «Des contacts ont déjà été pris», indique Alain Bovay.
