
Philip G. Dennison a vécu plus de 50 ans dans son chalet avec de nombreux chiens. | LDD
Publié dans 24 heures, un avis de décès n’a pas manqué d’interroger. Il est fait état le 19 septembre du départ à l’âge de 92 ans du dernier «ermite du Vallon de Villard», hameau de Montreux perché à 1’200 mètres d’altitude. On y apprend que le dénommé Philip G. Dennison aimait Bach, mais pas Mozart, ni les Beatles.
Un dessin de chien et la mention «qu’il est parti en paix rejoindre ses 200 labradors» complètent l’avis mystérieux, qui mentionne que Philip aura vécu sans concession, sans femme, sans docteur, sans médicament jusqu’à la fin… ou presque. Enfin, on nous révèle que les cendres du disparu se trouvent sous une pierre symbolique.
«C’est moi qui ai rédigé cet avis de décès, déclare Lucienne Margot Joseph. Philip était mon meilleur ami. C’est ainsi que j’ai voulu lui rendre hommage.» Citoyen britannique, le nonagénaire «s’était installé au Vallon de Villard en 1970, dit un voisin. Nous avons assisté à la construction de son chalet en bois». Lucienne complète: «Il avait tout fait venir de Scandinavie et tout fait monter sur place.»
Chauffeur de John Wayne
Après des études à Cambridge et un diplôme d’ingénieur agronome, le citoyen de Sa Royale Majesté avait travaillé pour le laboratoire bâlois Hofmann-La Roche. «En Afrique», souligne Joanne Page. Cette autre amie proche se souvient d’une anecdote. «Philip avait été chauffeur de John Wayne quand ce dernier a joué dans un film là-bas (ndlr: Hatari).»
Original, l’Anglais vivait quasi reclus dans sa maison du Vallon. Plusieurs voisins contactés, aussi discrets que l’ermite, n’ont eu que très peu d’échanges; pour certains un demi-siècle durant. «Il avait néanmoins une vie sociale très riche, mais qu’il partageait avec peu de personnes. Mais là, il partageait tout. Il avait un humour fantastique, était très érudit, collectionnait tout», poursuit Joanne.
«S’il était ermite chez lui, ne recevant presque personne, jouant du piano et lisant beaucoup, il faisait partie de chœurs, notamment à Vevey. Philip ne travaillait plus, il s’était organisé en conséquence. Il avait des contacts avec des proches en Angleterre ou en Allemagne. On s’appelait tous les jours, dit encore Lucienne. Mais surtout, sauf les dernières années, il consacrait tout son quotidien aux labradors.»
Entre «Copper» le premier et «Yeoman» l’ultime, il a fait porter environ 200 chiots dans son élevage. «Philip nous dispensait tout son incroyable savoir, de la génétique à l’éducation. C’était un mentor en la matière», explique Joanne, passionnée comme lui par cette race. Tout comme Lucienne. «Philip était ce qu’il se faisait de mieux
en Suisse pour l’élevage de
labradors. Il avait glané tous les certificats de beauté pour ses chiens. C’était clairement le numéro 1.»
