Les apiculteurs vaudois sont prêts à en découdre avec le frelon asiatique

La Blonaysanne Amélie Héritier, ici auprès de l’une de ses ruches, a déjà vu des frelons asiatiques rôder autour de ses protégées. Dans sa main, le filet qui lui permet d’attraper les agresseurs. Photo: R. Brousoz

Espèce invasive
Avec un objectif de 400 nids à détruire dans le canton, cette année s’annonce comme une année charnière dans la lutte contre le redoutable hyménoptère. La population est également appelée à participer.

«Maintenant, on a besoin de l’aide de toute la population.» Vice-présidente de la Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture (FVA), la Blonaysanne Amélie Héritier appelle à ouvrir l’œil, et le bon. L’objectif est clair: le frelon asiatique ne doit plus faire un battement d’ailes sans être localisé et dénoncé. Toute personne qui pense croiser son chemin est ainsi invitée à l’annoncer sur la plateforme nationale frelonasiatique.ch, au moyen d’une photo ou d’une vidéo pour permettre l’authentification. 

Observée pour la toute première fois en 2017 en Suisse, l’espèce invasive est une grande source d’inquiétude pour les milieux apicoles. C’est que l’hyménoptère de 3 cm de long, reconnaissable à ses pattes jaunes et son corps principalement noir, est un redoutable chasseur d’abeilles mellifères. Surtout entre août et novembre, période durant laquelle il recherche des protéines pour nourrir ses larves. Sa méthode? Se positionner en vol stationnaire à l’entrée des ruches pour capturer les ouvrières qui rentrent. Imparable.

Danger pour les abeilles, et pour l’agriculture ?

«En raison de ces agressions, les abeilles ne sortent plus, et certaines colonies se laissent mourir de faim et de soif», explique celle qui possède une trentaine de ruches entre Blonay et Saint-Légier. À sa connaissance, aucune colonie n’a été décimée jusqu’à présent en terres vaudoises. Mais des vidéos tournées en France – où l’invasion est nettement plus avancée – donnent un glaçant aperçu de la menace. On y voit des ruchers entiers squattés par des dizaines de milliers de frelons. Et plus une seule abeille qui vive.  

«En s’attaquant également aux pollinisateurs sauvages, cette espèce invasive aura un impact certain sur l’agriculture si son expansion n’est pas contenue», prévient Amélie Héritier. Sans compter que pour se nourrir lui-même, le frelon asiatique optera volontiers pour des fruits mûrs, pouvant occasionner des dégâts dans les vergers et les vignobles.

Dix fois plus de nids à neutraliser

L’an dernier, une quarantaine de nids de frelons asiatiques ont été découverts et détruits dans le canton de Vaud, sur un total de 220 en Suisse. Mais ce n’était qu’un début. Pour parvenir à juguler les appétits conquérants de Vespa velutina, la Fédération vaudoise des sociétés d’apiculture, épaulée par le professeur Daniel Cherix de l’Université de Lausanne, vise un objectif de 400 nids à éradiquer en 2024. «Ce sera véritablement une année charnière dans la lutte contre cette invasion», estime la Blonaysanne.

Sur le terrain, la résistance vaudoise s’est rapidement organisée. Elle se compose d’une soixantaine d’apiculteurs, spécialement formés pour cette lutte par la task force scientifique dirigée par Daniel Cherix. Tous bénévoles, ces «délégués frelon asiatique» se partagent le territoire cantonal. La Riviera et le Chablais en comptent actuellement douze, dont Amélie Héritier. «L’année passée, nous n’étions que trois», sourit cette informaticienne de métier, pas fâchée de voir arriver des renforts.

Et hop, dans la glacière ! 

C’est que la traque du frelon asiatique est un sport à part entière. Le piégeage étant interdit dans le canton de Vaud – il s’agit de ne pas impacter d’autres espèces – les captures d’individus se font manuellement, au gré des affûts et des patrouilles. «Voici notre arme principale, lâche l’apicultrice en exhibant un grand filet à papillon.»         

Une fois la bestiole attrapée, les choses sérieuses commencent. «Nous l’endormons en le mettant dans de la glace pilée pendant environ 12 minutes», raconte-t-elle. Il s’agit ensuite de lui attacher une petite plume colorée au thorax. «J’appelle ça la méthode bout de ficelle. Ce n’est pas évident au début, il faut un peu de pratique pour être à l’aise.» Le but? Rendre le frelon visible une fois qu’il reprendra son envol. Car – et c’est ici l’une de ses failles – l’hyménoptère, secoué par sa capture, retourne en ligne droite à son nid. Il suffit donc de le suivre pour retrouver le repaire. 

Plus coûteuse que la méthode «bout de ficelle», mais plus efficace: la télémétrie est aussi utilisée pour débusquer les nids de frelons. À la place d’une plume, c’est un émetteur radio qui est attaché au frelon. 

De la patience, beaucoup de patience…

Mais il y a la théorie, et la pratique. «Honnêtement, je ne pensais pas que cela nécessitait autant de patience. On dit qu’il va directement au nid, mais en réalité, il s’arrête parfois. L’un d’eux a par exemple fait une pause d’une heure et demie dans un arbre avec son émetteur!» De la patience donc, mais aussi de la réactivité. Car quand l’insecte se décide enfin à redécoller, il ne faut pas le perdre de vue. «Durant ces poursuites, nous devons quelquefois traverser des propriétés privées», explique Amélie Héritier. D’où le port d’une casquette à logo. «C’est pour que nous soyons identifiables. Mais jusqu’ici, l’accueil a toujours été positif.»            

D’abord une balle, et puis une poire géante

Le mois d’avril sonne généralement comme le début de la chasse au Vespa velutina. «C’est à cette période que les reines sortent pour fonder un premier nid, que l’on appelle nid primaire», expose Amélie Héritier. Ces derniers sont de forme plutôt ronde, sa taille variant entre une balle de tennis et un ballon de foot. Leur couleur tire vers le brun, contrairement au gris des nids de guêpes. Vulnérables, ils sont généralement situés à l’abri: un store, un sous-toit, une cabane de jardin ou un buisson par exemple.  

Vers le mois de juillet, la jeune colonie migre pour un plus grand nid, reconnaissable à sa forme de poire. D’une taille pouvant atteindre 80 cm, ce nid «secondaire» se trouve autant dans les arbres qu’au ras du sol. Hébergeant plusieurs milliers d’individus, il servira d’abri pour des centaines de futures reines. Ces dernières passeront l’hiver en solitaire avant d’initier, chacune, un nouveau cycle au printemps. 

Passés maîtres en l’art de se cacher 

«C’est tellement gratifiant de pouvoir trouver un nid! Ils sont très forts pour se planquer.» L’an dernier, deux repaires à frelons asiatiques ont été neutralisés à Blonay et un autre à Aigle. Mais plusieurs individus ont été observés, sans trouver leur colonie. 

  Avec un plus grand nombre potentiel de nids et des renforts parmi ceux qui les traquent, le score 2024 s’annonce donc bien plus élevé. Il le sera encore davantage si la population joue le jeu.

Frelon en vue? Rendez-vous  sur 

www.frelonasiatique.ch 

Que faire en cas de piqûre ?

Équipé d’un dard, le frelon asiatique peut se montrer agressif s’il se sent menacé. Il ne faut pas s’approcher d’un nid actif à moins de 15 mètres. En cas de piqûre, il est recommandé de rester calme, d’éviter les mouvements brusques, de s’éloigner le plus rapidement du nid.
Si la piqûre est survenue sur la main, il faut retirer montre, bague et bracelet. La plaie doit être nettoyée à l’eau savonneuse. Appeler le 144 en cas d’attaque massive ou si des symptômes d’allergie apparaissent, comme des difficultés à respirer, un gonflement du visage, des démangeaisons.

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