Les champignonneurs dénoncent une mesure «inutile»

Comme pour de nombreux amateurs de bolets et autres chanterelles, la restriction passe mal aux yeux de Patrik Wuillemin (à g.) et Jean‑Pierre Fontanellaz, contrôleurs de champignons. | Rémy Brousoz

Fâchés
L’interdiction de cueillette instaurée pour chaque première semaine du mois suscite colère et incompréhension dans les milieux mycophiles. Coup de gueule de deux passionnés de la région.

Combien étaient-ils, sourire aux lèvres et panier à la main, à retrouver leurs coins secrets ce lundi matin? Sans doute nombreux. Car depuis le 1er juillet, les champignonneurs et champignonneuses du canton de Vaud sont tout bonnement privés de cueillette chaque première semaine du mois. La mesure, qui découle de la nouvelle Loi vaudoise sur la protection du patrimoine naturel et paysager, doit aider à améliorer la conservation de la biodiversité.
Une nouveauté qui – on pouvait s’en douter – passe plutôt mal dans le milieu. «Il y a une grande incompréhension face à cette restriction», confirme le Saint-Légerin Patrik Wuillemin, contrôleur de champignons. «Il s’agit d’une mesure complètement inutile», abonde son homologue de Vevey Jean-Pierre Fontanellaz.

Et les coupes de bois alors?
C’est dans un bout de forêt du Mont-Pèlerin que les deux spécialistes nous ont donné rendez-vous. L’endroit porte encore les stigmates de récents travaux de bûcheronnage. «Si l’on veut protéger la biodiversité, alors il faut aussi interdire ça», lâche Patrik Wuillemin, en désignant les souches d’épicéas abattus et les branches qui se sont amoncelées après le passage des machines.
Pas de doute selon eux: les coupes de bois telles que celle-ci sont bien plus néfastes aux bolets et autres amanites que le passage des cueilleurs. «Les engins lourds éclatent le mycélium en sous-sol et les déchets d’abattage laissés en forêt empêchent le développement de certaines espèces», exposent-ils. Sans compter que bon nombre de champignons vivent en symbiose avec les arbres. Des bolets à pied rouge? Plus vus dans le coin, déplorent-il. Tout comme les bolets appendiculés.
Un peu comme une pomme
Les deux passionnés pointent du doigt un «manque de coordination» entre la politique forestière du Canton et sa volonté de protéger l’environnement. «Et si l’objectif est de réduire la pression sur la faune, il faudrait aussi limiter la présence des promeneurs, des truffiers, des VTT ou des cavaliers», égrène Patrik Wuillemin.
Mais pour ce qui est des champignons à proprement parler, les deux contrôleurs sont formels: le piétinement des cueilleurs est sans effet sur leur mycélium. «Une étude sur de longues périodes l’a démontré.» Et la cueillette? «Le champignon que l’on voit est l’équivalent d’un fruit, compare Jean-Pierre Fontanellaz en guise de réponse. Si vous cueillez une pomme, vous n’allez pas tuer le pommier!»
Selon Patrik Wuillemin, qui est aussi secrétaire romand de l’Association suisse des organes officiels de contrôle des champignons (VAPKO), cette interdiction mensuelle risque même d’avoir un impact sur les forêts des cantons voisins. «Cela ne peut qu’inciter au tourisme des champignons.»

Pas de marche arrière prévue
Du côté du Canton, on tient bon. Malgré les vives réactions que suscite la mesure, il n’est pas prévu – pour l’heure – de revenir en arrière. «Cette démarche vise à augmenter le succès de la reproduction sexuée des champignons par le maintien de carpophores matures (ndlr: partie visible des champignons), explique Catherine Strehler Perrin, cheffe de la Division biodiversité et paysage. Et d’en référer à la même étude scientifique que ses contradicteurs, laquelle recommande d’instaurer des «saisons fermées» par mesure de précaution.
Soit. Mais les travaux de bûcheronnage? «Le spectre et les besoins des champignons sont très divers, répond la responsable. Il convient de tenir compte aussi des champignons lignivores, dont la survie est tributaire de bois et branches mortes laissés sur place jusqu’à la décomposition.»
Selon elle, des mesures comme le maintien des déchets de coupes en forêt ont été discutées au sein de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). «Elles tiennent compte autant que faire se peut de la conservation des champignons en plus de celles des autres espèces.»

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