
Du 2 au 8 mars 2025, 300 athlètes issus de près de 40 nations s’affrontent à Morgins lors de la 13e édition des Mondiaux de ski alpinisme. | G. Premand – Région Dents du Midi
C’est sous un soleil éclatant et devant le décor de carte postale des Dents-du-Midi que se sont ouverts lundi les Championnats du monde de ski alpinisme à Morgins.
Sur la ligne de départ, la tension est palpable pour l’épreuve du relais mixte. Les ultimes ajustements effectués, les dernières peaux de phoque fixées sous les skis et c’est parti. Le groupe des femmes élites s’élance en flèche, attaquant la pente. Arrivées au sommet, place à un moment décisif, où chaque seconde compte: les «manip’». Il s’agit de retirer rapidement les peaux et de les ranger avant d’entreprendre la descente. Une fois arrivées en bas, les skieuses ne s’arrêtent pas là: arrivant dans la zone de portage, skis au dos, elles montent à pied un couloir étroit avant d’entamer la dernière descente et de passer le relais à leur coéquipier masculin. Soit un parcours de plus d’un kilomètre pour quelque 145 mètres de dénivelé – un tracé effectué deux fois par chaque athlète.
La course au billet pour les JO
Dans cette course haletante, les espoirs suisses Marianne Fatton et Robin Bussard n’ont cessé de faire vibrer le public. Au moment du dernier passage de relais, la Neuchâteloise réalise une transition sans faute, envoyant son coéquipier en tête pour l’ascension. Mais c’était sans compter sur les redoutables transitions du champion du monde en titre de la discipline, le Français Thibault Anselmet, qui reprend la tête. À quelques mètres de la ligne d’arrivée, les supporters suisses voient alors leur espoir de médaille d’or vaciller. Robin Bussard, alors deuxième, est dépassé par l’Espagnol Oriol Cardona à quelques secondes de la fin. Encouragé par sa coéquipière à l’approche de la ligne d’arrivée, le Fribourgeois, à bout de souffle après l’effort fourni, s’effondre au sol. L’enjeu était de taille: dans un an, le ski alpinisme fera son entrée aux Jeux olympiques en tant que nouvelle discipline et seuls les médaillés d’or et d’argent obtiennent leur billet direct pour l’Italie. Les Français et les Espagnols ont donc assuré leur place pour Milan-Cortina en 2026.
«On n’a jamais été aussi proches de la médaille d’or!»
Quelques heures après, nous retrouvons le duo romand près de son lieu de séjour au centre de Morgins. Le sourire aux lèvres et bien dans ses baskets. «On n’a jamais été aussi proches de la médaille d’or. J’étais devant, je me disais qu’il fallait que je tienne cette place, jusqu’à ce que je ne puisse plus. J’avais déjà tout donné…», nous confie Robin Bussard. Pour autant, pas de déception: «Non, on ne peut pas être déçus après une si belle bataille», admet-il. Quant à Marianne Fatton, elle se félicite du «meilleur relais» de toute sa carrière. «J’ai bien géré mon effort, et à la fin, j’ai pu finir très fort, donc je suis contente.» La Neuchâteloise et le Gruérien font équipe depuis le début de l’année 2025 et ce relais marquait leur troisième course en commun. S’ils n’ont pas obtenu leur billet d’or pour les JO 2026, Marianne Fatton a toujours grand espoir. «Ce ne sera pas compliqué de décrocher une place, parce qu’on peut les avoir grâce au classement général; et pour l’instant, on est deuxièmes.» Pour l’heure, ils se réjouissent de leurs deux jours de repos bien mérités avant d’attaquer, jeudi, l’épreuve individuelle du Sprint.
Côté juniors, le duo composé de la Leysenoude Robyne Deseyn et du Châtelois Malik Uldry s’est classé 5e.
Charly Rey-Mermet, président du comité d’organisation, a déjà accueilli plusieurs compétitions de ski alpinisme ici à Morgins, dont les Mondiaux en 2008. Mais cette fois, l’envergure est différente. Les compétitions comptent désormais cinq épreuves et s’étendent jusqu’aux Crosets. «Il y a plus d’espace ici, tant pour les athlètes que pour les spectateurs», précise-t-il. Les épreuves longues, typiques du ski de randonnée, ont laissé place à des formats plus dynamiques. Aujourd’hui, ce sport doit «devenir télévisuel, c’est du ski alpinisme moderne, presque nerveux», déclare Charly Rey-Mermet. Montée, descente, portage, tout ça en une trentaine de minutes. «Les puristes contestent, mais si ce sport veut survivre, il a besoin des deux», conclut-il.
