Les élèves des Ormonts en ont marre de passer leur vie dans le train

Emmie Tschäppät (à g.) a décidé de se battre pour les élèves des Diablerets qui doivent encore passer plusieurs années à Burier, comme Audrey Bard et Victoria Machado Oliveira.  | Y. Genevay – 24heures

Mobilité
Pour rallier le gymnase de Burier, les jeunes des Diablerets doivent dépenser un temps considérable dans les transports publics. Conséquence: leurs journées deviennent des marathons. Une étudiante se mobilise pour améliorer la situation.

«Il faut vraiment que les choses changent!» Sur sa chaise de la cafétéria du gymnase de Burier, Emmie Tschäpätt déborde d’énergie et de révolte. Malgré une longue journée de cours derrière elle. Malgré un réveil qui a sonné à 5h ce matin. Car comme la plupart des autres gymnasiens et gymnasiennes venus des Ormonts, cette résidente des Diablerets a dû se lever avant l’aube. «On subit ça depuis très longtemps et tout le monde se tait», bouillonne l’étudiante de dernière année en biochimie.
Selon la jeune femme de 19 ans, une vingtaine d’élèves sont contraints de passer une bonne partie de leur journée dans les trains. Ou à devoir les attendre entre deux quais. «Le matin, nous partons à 6h07 des Diablerets et nous arrivons à 7h40 à Burier pour un début des cours à 8h20, détaille-t-elle. Et le soir, nous sommes généralement de retour vers 18h30 à la maison.» Emmie a fait le calcul: en trois ans de cursus, un élève venu des Alpes vaudoises passe environ 2’000 heures dans les transports publics. «C’est trois fois plus qu’un étudiant qui habite en plaine!»

Pas le temps de souffler
De véritables journées-marathons qui ne sont pas sans impact sur son quotidien et sur celui des camarades dont elle se fait la porte-parole. «On nous dit qu’à l’adolescence il est recommandé de dormir au moins sept heures par nuit. Mais avec ces horaires, ce n’est pas évident. On se lève super tôt, on arrive fatigués en classe. Le soir, à peine le temps de souper qu’on doit encore travailler pour nos cours. Et au milieu de tout ça, il est impossible d’avoir une vie sociale.»
Bon, mais tant qu’à passer autant de temps sur des banquettes, pourquoi ne pas en profiter pour potasser? «J’aimerais bien, mais il y a parfois du chahut et… je suis incapable de lire dans le train qui relie Aigle aux Diablerets, il y a beaucoup trop de contours et ça me rend malade.»

Une flexibilisation des horaires
Alors il y a un peu plus d’un an, Emmie Tschäppät a décidé de se rebiffer contre cette malédiction pendulaire. Elle a créé un groupe WhatsApp, mobilisé ses camarades ormonans pour faire entendre leurs voix. Une rencontre mêlant étudiants, autorités communales, cantonales et Transports Publics de Chablais (TPC) s’est tenue en septembre 2024 pour ébaucher des solutions. En vain. «Les TPC avancent un horaire inchangeable, ainsi qu’un budget hors de portée (voir encadré).»
Autre piste envisagée: que le Gymnase de Burier consente à une légère adaptation des horaires. «Les élèves venus de Château-d’Œx ont l’autorisation d’arriver 10 minutes après le début des cours. Nous, si nous prenions le train suivant, nous arriverions un quart d’heure après le début. Ce serait un peu trop», admet-elle.
De l’avis de ces élèves pendulaires, la clé du problème se trouve plutôt en fin de journée. «L’idéal serait de pouvoir partir sept minutes avant la fin des cours, afin de pouvoir attraper le train de 15h59. Nous pourrions ainsi arriver une heure plus tôt à la maison, soit à 17h30.» Emmie dit en avoir parlé avec l’établissement. «On m’a répondu qu’ils ne pouvaient pas faire de traitement de faveur», s’agace l’Ormonane, qui – dans ce cas – ne comprend pas la flexibilité accordée aux élèves du Pays-d’Enhaut.
Directrice du Gymnase de Burier, Suzanne Peters confirme: «Nous avons en effet dû refuser cette demande. La raison est que ce cours débute à 15h20 et dure 45 minutes. Pour pouvoir prendre ce train, les élèves commencent en réalité à préparer leurs affaires dès 15h45 et quittent la salle vers 15h50, car il faut plus de deux minutes pour rallier la gare. Ce départ signifie donc une absence – ou une présence qui n’en est pas une – sur plus d’un tiers de la leçon.» Une formule inenvisageable au quotidien, selon elle, «au vu du programme très lourd des classes».
Et concernant les étudiants de Château-d’Oex? «Aucun élève n’a le droit à 10 minutes de retard tous les matins, répond Suzanne Peters. Il arrive cependant que les transports publics ne soient pas à l’heure, tant depuis le Pays-d’Enhaut que depuis les Ormonts. Dans ce cas, les étudiants doivent le prouver et ne sont pas sanctionnés puisque ce retard n’est pas de leur fait.»

Vivement le nouveau gymnase!
À moins d’un an de mettre le cap sur l’université, Emmie Tschäppät est bien consciente qu’elle ne profitera sans doute jamais de l’amélioration pour laquelle elle se bat. «Je le fais pour les élèves qui risquent de devoir subir cela plusieurs années.» Le futur gymnase du Chablais, dont la construction vient de démarrer à Aigle, devrait mettre un terme à ce désavantage qui pèse sur les étudiants des Alpes vaudoises depuis très longtemps. «Il y a dix ans, ma sœur vivait la même chose», soupire Emmie. Le gymnase de Burier ayant ouvert ses portes en 1977, des générations d’élèves pourraient elles aussi soupirer.

Plusieurs alternatives étudiées

Du côté des Transports Publics du Chablais, on confirme que cette situation est «connue et a été traitée dans le cadre de la mise en place de l’horaire 2025». Différentes solutions ont été discutées. «La première solution consistait à retarder le premier train au départ des Diablerets d’environ 30 minutes, explique son porte-parole Armand Goy. Ce décalage n’a pas été souhaité par les Communes d’Aigle et des Ormonts, car il n’aurait pas permis aux étudiants se rendant à Sion ou Lausanne d’arriver à l’heure.» Deuxième solution étudiée: un transport routier. «Les TPC ont analysé la possibilité de mettre en place une course spéciale avec un petit bus de 24 places. Les coûts pour réaliser cette prestation se sont toutefois avérés prohibitifs dans les contextes budgétaires actuels de la Confédération et du Canton.»