Les métamorphoses sublimes de Meimuna

Meimuna propose avec «c’est demain que je meurs» un premier album d’une douceur limpide. | O. Lovey

Musique
La musicienne et chanteuse valaisanne au pseudonyme de cigale publie «c’est demain que je meurs», dix chansons comme autant de résistances à la violence du monde.

C’est un vacarme sourd, régulier, ponctué d’éclats. Mais non, ce frais matin de la fin octobre, ce n’est pas le parc de jeux, où s’amusent quelques rares écoliers en vacances, qui happe les regards. Près de la place Centrale de Martigny, on détruit une maison ancienne. Alors on s’interrompt un instant, se détournant de la conversation pour souligner cet étrange attrait de l’humain pour ce qui s’effondre. 

Reposant sa tasse de thé, Cyrielle Formaz a un sourire discret, celui que tracent les coïncidences. Elle qui, dans l’une de ses chansons, a «vu (sa) maison tomber», «posé (son) front dans la poussière», boucle justement le premier album de son projet Meimuna par un effondrement. «Demain le monde s’arrête / Mon ciel sera noir / Et mon cœur vide / Avec moi, tout s’éteint». 

«Aujourd’hui, être gentil, c’est être militant»

Alors oui, ces dix chansons racontent des deuils, «des fins de cycles, fins de l’enfance, de l’amour, du monde. Mais je voulais que les gens en ressortent avec un peu d’espoir», raconte la Sédunoise d’adoption, qui a grandi entre Orsières, Saint-Maurice et Choëx. «J’ai fait ce disque à destination de celles et ceux qui, comme moi, se prennent la violence du monde en pleine figure, pour leur parler de métamorphoses, de retour à la vie.» 

La somptueuse fresque qui orne le disque (voir ci-contre) illustre, par la main de l’artiste elle-même, cette parabole. «Quand la lave du volcan ravage tout, la terre après est hyper fertile», image celle qui s’y est représentée sortant d’un cercueil. Avec dans les yeux l’air pâle et serein des «gens qui doutent» – cette chanson d’Anne Sylvestre figure au panthéon de la chanteuse et musicienne valaisanne – mais la douceur de celles et ceux qui ont connu sur leur chemin les empreintes profondes d’un moi retrouvé. «Je voulais faire des vagues, pour ça j’étais prête / À vivre dans des mondes qui ne m’appartenaient pas» («fureurs secrètes») – «Mais demain j’irai / Courir entre les ronces / Oublier le nom des rivières / Marcher dans l’autre sens» («j’irai courir»).
L’autre sens, ce pourrait bien être celui qui mène à cette infinie douceur qui baigne l’entier du disque. «Aujourd’hui, dans ce monde qui tend à banaliser la violence des rapports humains et où il est tellement plus facile de se laisser aller dans un flux de colère, être gentil, c’est être militant», affirme-t-elle. 

Universel parce qu’intime

Les textes qui émaillent l’opus s’en ressentent. «Dans mes premiers EP (ndlr: mini-albums), je me cachais beaucoup derrière des métaphores, des images mythologiques, des formules alambiquées. Là, il y a dans l’écriture quelque chose de très intime, franc, concret.» Une intimité que l’on retrouve jusqu’à la graphie des dix titres, écrits sans leur majuscule initiale, comme pour aller contre «cette manie de rendre sacré l’art. J’aimerais que les gens s’approprient ces chansons.» 

Convaincue que ces dernières ne sont jamais aussi universelles que lorsqu’elles touchent à l’intime, Cyrielle Formaz a retrouvé dans les montagnes qui l’ont vue naître – «Je me souviens mal / Des enfants qu’on était / Je crois que je m’inventais / Une vie originale / Dans la terre du jardin», chante-t-elle («tomber de haut») – une paix nouvelle. «Cet album transpire de moi, c’est un immense <ego trip>, mais s’il est aujourd’hui ce disque qui me ressemble tant – grâce notamment à Ella van der Woude qui le coproduit –, c’est parce que Meimuna est devenue cette grande famille d’une trentaine de personnes en lesquelles j’ai profondément confiance. Alors oui, je suis en paix aujourd’hui», sourit-elle, laissant le mot de la fin à la chanson: «Désormais je dors dans le creux brûlant / D’une caresse au parfum de miel et de fleurs / Oui je vis mieux où poussent les lilas / Loin du ventre de l’orage / Faudra souffler nos cendres / Ailleurs / Moi je m’aime mieux quand je suis / Heureuse».

www.meimuna.ch 

La tournée de Meimuna passe par l’Autriche, l’Allemagne, la France et la Suisse, dont Lausanne le 10 décembre prochain.

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