
Christian Desclouds (président du comité d’organisation du 450e), Sandra Pasquier (syndique), Christelle Luisier-Brodard (présidente du Conseil d’État), Jean-Pierre Schwab (municipal) et Timothée Vodoz (président des Mousquetaires). | Toujours Mieux à Deux.
La résonance des cuivres célèbre les détonations de plomb ce samedi matin à la Salle des Remparts. Les musiciens du Brass Band de l’Arquebuse sont venus de l’autre bout du lac pour célébrer le jubilé des Mousquetaires boélands, le temps d’un concert ouvert au public. Puis, vers midi, la musique laisse place à une cérémonie privée à l’Hôtel Bon Rivage. Le lieu est tout trouvé pour la partie officielle du 450e anniversaire.
En effet, à l’instar de la société de tir, l’établissement est une institution historique pour sa région, ayant servi de pension pour d’illustres hôtes, comme Richard Wagner. La terrasse surplombe l’emblématique château, l’ancien stand de tir des Mousquetaires, et le lac. C’est sous le soleil et dans une ambiance à la fois solennelle et conviviale que petits et grands bourgeois boélands fêtent leur abbaye, la plus ancienne société de la commune. Celle-ci constitue par sa longévité et sa tradition un monument du paysage associatif vaudois. Sociétés amies et politiciens ne s’y sont pas trompés, lors de leur allocution.
Ancrée dans ses traditions
Le président de la Fédération des abbayes vaudoises Charles-Henri Kohli évoque devant les quelque 150 invités le contexte historique dans lequel sont nées les sociétés de tir du canton. Les abbayes fondées au XVIe siècle comme celle des Mousquetaires de La Tour-de-Peilz (1574) ont vu le jour sur autorisation de Leurs Excellences de Berne, qui occupaient alors le pays de Vaud. Il s’agissait de permettre aux citoyens de s’entraîner au tir en se mesurant l’un à l’autre, et d’inviter à festoyer.
La société boélande se distingue toutefois par des pratiques bien à elle, comme l’annuelle fête du Papegaye (de l’allemand Papagei). Lors de celle-ci, les Mousquetaires tentaient dans le temps de toucher un perroquet de bois, troqué aujourd’hui pour un simple dessin de l’animal sur une cible, à 300 mètres de distance. Mais ce qui fait surtout la particularité de ces tireurs, c’est leur «mousquetariat» transmis de père en fils. Le statut est en effet restreint aux familles bourgeoises de La Tour-de-Peilz. Une tradition qui demeurera inaliénable, selon le président du comité d’organisation Christian Desclouds. Quitte à constater un nombre de membres qui s’effrite, et se demander parfois comment la société va bien pouvoir perdurer.
Mais pour l’heure à La Tour-de-Peilz, l’on se réjouit surtout de voir un demi-millénaire de patrimoine, d’union et de camaraderie encore porté par une cinquantaine de membres actifs, sur 126 au total. «La cohésion sociale ne se décrète pas, mais est rendue possible par ce genre d’association», relève la présidente du Conseil d’État vaudois Christelle Luisier-Brodard. Pour Gilbert Vodoz, l’un des doyens nonagénaires, l’abbaye est même «vitale».
Du bastion masculin, aux Reines du tir
La société a jusqu’à récemment réservé aux hommes son fameux statut de mousquetaire. Les femmes y ont accès depuis 2014, après avoir obtenu le droit de concourir près de 20 ans plus tôt. Désormais, elles «tiennent la dragée haute à ces messieurs», s’est amusée la syndique boélande Sandra Pasquier. Le concours de tir dont le gagnant remporte le titre de Roy voit désormais également des Reines s’approprier la couronne tant convoitée. Et sans forcer son talent pour la lauréate 2023 et 2024, Anne-Aurélie Vodoz qui confie ne «tirer qu’une fois par année».
La vieille garde, elle, ne semble pas réfractaire à cette nouvelle inclusion. Bien au contraire. «C’est bien, car la société périclitait», souligne Gilbert Vodoz. La présidente du gouvernement vaudois s’en est elle aussi félicitée sur le ton de l’humour lors de son allocution. «Visiblement la société des Mousquetaires a survécu à l’ouverture aux femmes. Je vais peut-être prendre un ambassadeur ici pour expliquer à l’abbaye de Payerne (ndlr: sa commune d’origine) comment ça marche.»
