«Nous refusons les amalgames entre hébergement d’urgence et criminalité»

Situé dans un abri de protection civile au parc du Panorama, l’hébergement d’urgence Le Lien-Vevey cristallise certaines tensions.  | N. Desazens

Vevey
Pour être entrée sans autorisation au sein d’une structure d’hébergement d’urgence, une conseillère communale est visée par une plainte pour «violation de domicile». Explications.

Tout a commencé par plusieurs plaintes de riverains  concernant le Lien-Vevey. Interpellée par une amie concernant des incivilités à l’entrée de ce centre d’hébergement d’urgence sous gestion communale, Sarah Dohr a voulu aller voir elle-même ce qu’il s’y tramait.

Lors de sa visite au parc du Panorama, l’élue Vevey Libre constate qu’une dispute éclate entre plusieurs usagers, avec le personnel essayant de calmer la situation. Elle décide de les suivre au sein de l’abri, «la porte étant restée ouverte et sans surveillance». Retrouvant les veilleurs face à une situation d’escalade, ces derniers lui demandent de quitter les lieux. «Cette situation a mis le dispositif sous tension et a nécessité deux interventions successives de la police», détaille la municipale chargée de la cohésion sociale Gabriela Kämpf.

À la suite de cette intrusion, la Municipalité décide de déposer une plainte pour violation de domicile. «Nous ne pouvons tolérer des intrusions de personnes extérieures au public concerné, mettant en danger l’équilibre d’un dispositif déjà très sollicité», réagit-elle.

Nouveau repaire du trafic de drogues?

Après cette incursion, Sarah Dohr décide de retourner sur les lieux, quelques jours plus tard. «J’ai à nouveau constaté des groupes importants devant l’entrée, avant l’ouverture, dont plusieurs personnes bien connues du quartier de la gare.»

Si elle reconnaît avoir entrepris une démarche inhabituelle, elle explique avoir voulu comprendre ce qui se passait «concrètement sur le terrain», après plusieurs signalements reçus de riverains. L’élue a donc déposé une interpellation jeudi dernier au Conseil communal, demandant des explications à la Municipalité. «Cet hébergement est confisqué par certains usagers, qui sont tous les jours devant la gare. J’estime qu’il y a un certain laisser-aller de la part de l’Exécutif!»

Pour l’élue, le constat est clair: dans la lutte contre le trafic de drogues, la notion de logement est essentielle. «J’ai constaté à plusieurs reprises la présence, aux abords de l’hébergement, de personnes connues dans le quartier pour être liées au deal de rue. J’agis donc comme citoyenne, afin de faire pression et ne surtout pas lâcher ce problème.»

Un «amalgame stigmatisant»

La Ville réfute cette accusation: «Ni produit stupéfiant, ni alcool, ni arme ne sont tolérés dans la structure, sous peine de sanction pouvant aller jusqu’à l’exclusion. À ce jour, il n’y a pas eu de suspicion de deal au sein de l’hébergement d’urgence et, si une situation de ce type devait se présenter, la police serait immédiatement appelée à intervenir.» Et Gabriela Kämpf d’ajouter: «Nous refusons les amalgames entre hébergement d’urgence et criminalité qui stigmatisent inutilement les personnes sans abri.»

Dès le 1er juillet, l’Armée du Salut reprendra les rênes de cette structure, dans le cadre d’un mandat cantonal, et selon ses propres règles de fonctionnement. La Ville de Vevey restera «un partenaire étroit» de cette prestation.

Risque de révocation

Et concernant Sarah Dohr, quel effet pourrait avoir cette plainte sur son mandat politique? La Direction des affaires communales et droits politiques précise que, de manière générale, un élu communal ne perd pas automatiquement son mandat en raison d’une condamnation pénale. 

«La loi sur les communes prévoit toutefois un mécanisme de suspension ou de révocation des membres des autorités communales, ajoute son directeur Vincent Duvoisin. À la demande de ces dernières, le Conseil d’État peut suspendre un élu en cas de motifs graves.»

"Nous ne pouvons tolérer des intrusions de personnes extérieures au public concerné, mettant en danger l’équilibre d’un dispositif déjà très sollicité”

Gabriela Kämpf - Municipale chargée de la cohésion sociale

"Cet hébergement est confisqué par certains usagers, qui sont tous les jours devant la gare. J’estime qu’il y a un certain laisser-aller de la part de l’Exécutif!"

Sarah Dohr - Conseillère communale Vevey Libre