« On nous demande quasiment de signer un chèque en blanc à 500 millions ! »

Cette parcelle des Prés-des-Fourches à Noville a été retenue parmi 27 sites potentiels pour accueillir la future station d’épuration régionale.  | L. Menétrey

Eaux usées
Le méga projet de STEP régionale prévu à Noville nécessite le déblocage d’un crédit d’un demi-milliard. Des élus de La Tour-de-Peilz critiquent la procédure choisie et la «légèreté» du document présenté.

De mémoires politiciennes, il s’agit sans doute de la plus grosse enveloppe jamais soumise au vote sur la Riviera. Au cours des prochains mois, le Conseil intercommunal du SIGE devra se prononcer sur un crédit d’un demi-milliard de francs. Un montant astronomique qui doit couvrir les dernières études et assurer la construction de la future STEP régionale, prévue à Noville. Cette installation doit voir le jour aux Prés-des-Fourches, une parcelle appartenant à la Commune de Montreux. Sa mise en service est envisagée à l’horizon 2034.
L’annonce de ce crédit de 500 millions a été faite le 30 octobre dernier aux délégués des neuf Communes de la Riviera. Au nombre de 48, ces représentants qui composent l’organe délibérant du SIGE auront la délicate tâche d’étudier le dossier. Et de donner – ou non – leur feu vert à ce projet. Cette nouvelle station d’épuration doit remplacer celles de Vevey, Montreux et Villeneuve, arrivées à saturation. Elle permettra de traiter les eaux usées de quelque 125’000 habitants, un nombre qui pourrait grimper à 190’000 d’ici à 2070.
Un demi-milliard donc. Un montant qui a de quoi impressionner. Lorsque le préavis a été déposé il y a deux semaines, il a subi d’entrée ses premières turbulences. Les critiques sont venues de la délégation de La Tour-de-Peilz, qui a réclamé ni plus ni moins que le retrait du document.
Motif principal? Une procédure jugée «inhabituelle». «Pour tout investissement de cette ampleur, il est d’usage de procéder en deux étapes. D’abord un préavis pour un crédit d’étude, puis un second pour un crédit de réalisation», a rappelé le socialiste boéland Michel Bloch. «Nous ne comprenons pas pourquoi une seule demande de 500 millions est soumise d’emblée.»

Lacunes pointées du doigt
Aux yeux de l’élu, qui dit s’être fait l’écho de son groupe, le dossier présenté – 35 pages – est également «très léger». Selon lui, il manque par exemple un tableau comparatif avec des projets de STEP similaires ailleurs dans le canton. Il souligne aussi les «grosses incertitudes sur la dépollution du site des Prés-des-Fourches», estimée entre moins de 30 millions et 74 millions de francs.
Autre lacune évoquée: l’absence d’analyse de risques dans le cas où une conduite viendrait à se rompre. Ou encore, le manque d’une étude d’impact environnemental. «En résumé, on nous demande quasiment de signer un chèque en blanc à 500 millions!», formule-t-il.
La demande boélande de retirer le préavis n’ayant pas été acceptée par le Comité de direction, le dossier suit son cours. Une commission de sept élus a été constituée pour potasser le dossier. Son rapport servira de base au plénum lorsque ce dernier devra se prononcer sur ce demi-milliard. «L’étude pour l’attribution d’une telle somme est ainsi mise dans les mains de sept personnes, ce qui est très précaire, estime Michel Bloch. Et encore plus si, comme cela peut parfois arriver, une partie des commissionnaires ne s’intéressent pas vraiment au sujet.» Le vote du crédit est espéré entre fin 2025 et début 2026.

« Nous voulions présenter un dossier accessible »

Président du Comité de direction – l’organe exécutif du SIGE – le municipal montreusien Caleb Walther répond aux critiques des délégués boélands. Pourquoi avoir mêlé le crédit d’étude et le crédit de réalisation dans un même préavis? - C’est la manière la plus sûre si l’on veut garantir l’octroi de subventions cantonales et fédérales, lesquelles devraient se monter à 70 millions de francs. Pour pouvoir les toucher, il faut que la STEP soit mise en service en septembre 2034 au plus tard. La réalisation du projet est suspendue à une suite de décisions positives – dont celles du Conseil intercommunal du SIGE – et l’on ne voulait pas trop scinder les discussions, afin de renforcer les différentes étapes. Laisser une enveloppe de 500 millions entre les mains d’une commission de sept personnes, n’est-ce pas un peu «précaire» comme le pense la délégation boélande? - Le processus est ainsi. Je doute qu’un Conseil intercommunal désigne un commissaire qui prendrait le sujet à la légère. Nous le regretterions, mais ce n’est pas de la responsabilité du Comité de Direction. Le préavis fait 35 pages. N’est-ce pas mince pour un crédit de cette ampleur? - C’est un parti pris. Nous voulions présenter un préavis accessible pour tous les élus. Le document va à l’essentiel et aborde l’ensemble des enjeux que nous avons identifiés, pour que tout le monde en prenne connaissance et se sente impliqué. Nous attendons de la commission qu’elle aille plus loin. Nous répondrons alors aux questions posées.